Les exemples de dirigeants dont le comportement destructeur ont entraîné la faillite de l’entreprise ne manquent pas. Ces histoires concordent avec les données scientifiques selon lesquelles les dirigeants imprévisibles, trop sûrs d’eux, arrogants, manipulateurs, trompeurs et excentriquement irréalistes causent la perte des entreprises. Ces comportements défraient la chronique et font les gros titres en France et ailleurs. Au sein des organisations, il existe néanmoins un problème plus insidieux et dont nous entendons moins parler : le leader absent.

 

Les dirigeants absents sont ceux qui ont été promus à une fonction de leadership — généralement cadre intermédiaire — mais qui ne dirigent pas. Ces dirigeants profitent de tous les privilèges du leadership mais ne s’impliquent pas auprès de leurs équipes, et parfois même s’en désintéressent totalement. Pire encore, ils font souvent obstacle à l’amélioration des performances et aux progrès car ils refusent tout simplement d’agir ou de faire remonter les problèmes organisationnels. Cela entraîne une frustration, une aliénation et un désengagement du personnel, et nombre d’entre eux tentent alors de décrocher d’autres fonctions au sein de l’organisation, voire de la quitter.

La nature du problème du leadership absent est insidieuse. Contrairement aux problèmes associés au leadership toxique, grandiloquent et destructeur, le leadership absent est par définition difficile à détecter. Du point de vue des personnes extérieures à l’organisation ou à l’équipe, ou même de la direction de l’organisation, les dirigeants absents semblent aptes : la direction les juge souvent faciles à manager tout en appréciant leur efficacité. Mais les équipes elles, ne sont pas dupes. Malheureusement, leurs voix sont souvent étranglées par le dirigeant absent ou ignorées par la direction, plus occupée à gérer des affaires prioritaires.

Ainsi, le leadership absent est comme une petite fuite d’eau sous votre maison, qui érode progressivement les fondations, tandis que tout le monde s’occupe à repeindre les murs extérieurs. Si elle n’est pas prise à temps, la fuite s’étend et les dommages pour les fondations sont irréversibles. Et s’il n’est pas détecté à temps, le leadership absent use les fondations de l’organisation. Mais cette analogie ne parvient pas à capturer entièrement le problème car la recherche indique que le leadership est plus fréquent qu’on ne le pense.

À l’instar des tuyaux qui fuient, la clé pour contrer le leadership absent, c’est la détection. L’un des moyens de détecter les dirigeants absents est d’interroger les employés en toute confidentialité bien sûr pour éviter la crainte de représailles. Malheureusement, même dans des circonstances optimales, les employés peuvent se montrer réticents à dire des choses négatives sur leur supérieur. L’autre moyen alors de détecter le leadership absent est d’utiliser des évaluations scientifiques conçues pour identifier des schémas de réflexions, d’émotions et de comportements associés au leadership absent. Une fois identifié, les organisations peuvent choisir de travailler avec ledit dirigeant absent, à travers un coaching personnalisé pour l’accompagner dans ses fonctions de management ou le déplacer vers un autre un rôle plus en phase avec sa personnalité.

Compte tenu de la prévalence du leadership absent et de ses effets nocifs, les organisations ne se doivent pas seulement de garder l’œil ouvert – car le leadership absent est, par nature, difficile à détecter, les
retours des employés ou des évaluations scientifiques constituent le moyen le plus sûr à mettre en place pour identifier les dirigeants absents.

 

Tribune rédigée par : Dr Ryne A. Sherman, Directeur Scientifique chez Hogan Assessments

 

<<< À lire également : “De quoi suis-je responsable ?” C’est la question clé pour le leadership ! >>>