En pleine tempête, Air France pourrait trouver un « second souffle » auprès de l’entité AccorHotels qui a officiellement fait part de son intérêt pour récupérer la participation de l’Etat au capital du fleuron national. Décryptage. 

Une fausse bonne idée ? A en juger par les trajectoires radicalement opposées des cours de bourse respectifs d’AccorHotels (-4,29%) et d’Air France-KLM (+6,93%) les investisseurs  et autres analystes semblent plutôt partagés à l’éventualité de voir AccorHotels se substituer à l’Etat au capital de la compagnie française. Doux euphémisme « Nous pensons que l’opération fait du sens pour Accor qui renforcerait ainsi son empreinte dans l’industrie du voyage et intensifierait l’écosystème de la marque dans le sillage d’initiatives récentes prises par le groupe hôtelier », estiment, pour leur part, les analystes de Raymond James, cités par Reuters. En revanche, Kepler se montre plus circonspect sur cette initiative du groupe hôtelier. « Nous pensons que l’achat d’une participation dans une compagnie aérienne augmenterait la volatilité du bénéfice par action et serait contre-intuitive », écrivent-ils en disant préférer un partenariat commercial entre les deux sociétés plutôt qu’une prise de participation. Statu quo. Selon Les Echos, qui ont dévoilé l’information ce dimanche soir, trois « portes de sortie » s’offriraient à l’Etat actionnaire : se délester de la totalité de ses titres (soit 14,3% du capital de la compagnie) au profit d’un rachat par AccorHotels, une cession partielle, et enfin,  un « swap » dans lequel l’Etat recevrait des actions AccorHotels en échange de ses titres Air France-KLM.

Si financièrement cette participation (14,3 %, soit l’équivalent de 430 millions d’euros) de l’Etat ne pèse pas bien lourd, un retrait de celui-ci, alors que le groupe est en pleine tempête ne serait pas du plus bel effet du point de vue de l’image, pouvant donner l’impression que l’Etat « se débarrasserait » de la compagnie et d’un poids devenu trop lourd pour ses épaules. Mais pour AccorHotels, cette entrée au capital d’Air France pourrait s’avérer judicieuse stratégiquement. Déjà, en 1999 au moment de l’introduction en Bourse d’Air France, le groupe hôtelier avait fait part de son intention d’entrer au capital de la compagnie nationale. Plus récemment, du temps d’Alexandre de Juniac (aux manettes jusqu’en 2016) et de Jean-François Janaillac, cette « idée » était également remontée à la surface. La sortie de l’Etat pourrait ainsi permettre de réaliser de véritables réformes structurelles afin que la compagnie puisse redresser sa compétitivité.

Gagnant-gagnant ?

Dans le même ordre d’idée, une prise de participation d’Accor élargirait le champ des possibles pour le groupe de Sébastien Bazin. « Les deux groupes opèrent sur le même marché du tourisme mondial et (…) ont une typologie de clients très similaires (…). AccorHotels bénéficierait clairement du savoir-faire d’Air France en matière de ‘yield management’, de e-commerce ou de programmes de fidélité », développent les analystes d’Oddo toujours cité par Reuters. Ainsi, le groupe hôtelier, en intégrant le capital d’Air France, se donnerait un sérieux coup d’accélérateur face à la concurrence et pourrait ainsi sereinement « confronter son projet industriel de croissance » et poser les bases d’une offre « avion-hôtel », et ainsi contrecarrer les velléités d’Expedia et autres plateformes de réservations en ligne telles que Booking. Cette hypothèse, plus que celle d’un simple partenariat, recueille donc les faveurs d’un groupe à la trésorerie conséquente, notamment grâce à la cession récente de son pôle immobilier.

Car le temps presse pour Air France-KLM dont le cours de bourse s’est effondré de 49% depuis le début de l’année. Empêtrée dans une crise sans précédent qui a coûté sa place au PDG Jean-Marc Janaillac, au sortir d’un référendum salarial qui lui a coûté son poste qu’il avait lui-même mis dans la balance, la compagnie s’est dotée d’une direction transitoire collégiale avant d’espérer trouver la perle rare. Mais là aussi, les recherches s’avèrent compliquées. Déjà, en 2016, la succession d’Alexandre de Juniac n’avait pas suscité la convoitise des professionnels du secteur. Fabrice Brégier, ex-numéro 2 d’Airbus, avait déjà refusé le poste en 2011 et en 2016. Il aurait également déjà décliné. Il faut dire que la rémunération n’aide pas à attirer des profils d’expérience : d’un montant fixe de 600 000 euros annuels, avec la possibilité de la doubler en rémunération variable, elle demeure à des années-lumière de la concurrence (8,8 millions d’euros pour Willie Walsh PDG d’IAG en 2015 avec des critères similaires).  Le bout du tunnel semble encore loin pour Air France.