La manière de s’occuper de ses aînés en dit long sur une société. Le vieillissement et l’autonomie sont deux enjeux majeurs en France. Est-il possible de vieillir dans de bonnes conditions dans notre pays ? Eclairages avec Rym Belkora, co-fondatrice et directrice générale du Groupe Zephyr.

 


Quelle est la réalité quotidienne des personnes âgées qui ne sont plus autonomes ?

Dans une société où le jeunisme et la performance prévalent, la vieillesse pâtit d’une image négative. Les personnes âgées sont consciemment ou inconsciemment infantilisées comme ont pu en témoigner les événements récents et les prises de position affichées lors de la pandémie de Coronavirus. Si l’on s’autorise à être un peu provocateur, elles sont même chosifiées puisque nous prenons la parole à leur place, nous décidons pour eux et sans nous en apercevoir, nous les plaçons en dehors de la société.

C’est en partant de ce constat pesant, criant et général qui concerne les personnes âgées de toutes les catégories sociales que nous avons voulu proposer un concept d’accompagnement centré sur le maintien du lien social via le Groupe Zephyr.

Nous nous mobilisons auprès des fédérations pour replacer la personne et ses besoins au centre des enjeux de financement de la dépendance et pour aller au-delà d’une stricte lecture budgétaire des aides nécessaires qui débouche sur une privation de la dignité de la personne en tant que sujet humain.

Les aides à domicile jouent donc un rôle primordial. En effet, plus de 85% des personnes interrogées souhaitent vieillir à leur domicile et plus de 3 millions des 60 ans et plus font appel à une aide extérieure pour rendre ce souhait possible.

Parle-t-on de « marché de la vieillesse » en instituts spécialisés et médicalisés ? Que peut-on en dire ? 

Tout d’abord, nous constatons depuis plusieurs années une modification du profil des personnes entrant en institution. A un âge plus avancé, un niveau de dépendance plus important vient désormais s’ajouter. Les établissements accueillant ces personnes ont donc dû faire face à cet enjeu en s’adaptant à cette évolution et en médicalisant de plus en plus leurs prises en charge.

 

Ces constats se traduisent comment dans votre démarche sociétale ? 

« Engagés ensemble au service de l’autonomie », telle est notre slogan et notre fil conducteur. Cela caractérise tout à fait notre démarche et notre approche. Le Groupe Zephyr est né d’une conviction forte : l’indispensable maintien du lien social pour permettre à la personne en perte d’autonomie de vivre pleinement son projet de vie à domicile. Cette originalité repose sur une approche humaine de l’aide et du soin à domicile où l’intervenant est avant tout une sentinelle bienveillante qui accompagne la personne prise en charge dans les différentes phases de la vieillesse, du handicap et de la maladie de manière conviviale et positive.

Notre groupe est aujourd’hui constitué de 4 enseignes (Senior Compagnie, Free Dom, Libelia & SynergieMed) aux synergies fortes dont la complémentarité permet de répondre à l’évolution des besoins de la personne à domicile. Notre préoccupation principale est avant tout de rendre possible le maintien à domicile dans les différentes étapes de la vie avec sérénité et harmonie.

En effet, 80% des personnes âgées souhaitent rester chez elles, et ce, le plus longtemps possible. Or, face à une multiplicité des acteurs et un écosystème complexe à décoder, réaliser ce projet de vie reste aujourd’hui difficile et coûteux. Véritable enjeu sociétal, le bien vieillir de manière générale et en particulier à domicile, ne doit plus être l’apanage d’une minorité. L’évolution des pratiques et des comportements des professionnels, comme des aidants, est indispensable à l’avènement d’une société où bien vieillir à domicile deviendra accessible à tous.

Notre démarche sociétale s’est imposée naturellement car la personne âgée est au cœur de nos réflexions et de nos actions. Quotidiennement au contact des différents acteurs de l’écosystème, notre enseigne spécialisée dans l’accompagnement de la personne âgée, Senior Compagnie, décide par exemple de lancer cette démarche sociétale dénuée de toute visée mercantile, qui vise à créer un carrefour de partage et d’échange en mettant en commun toutes ces énergies en faveur du mieux vieillir à domicile.

Quelles sont vos missions et valeurs qui peuvent redonner espoir à toute une tranche de la population bouleversée par un changement de vie radical ? 

Notre mission consiste à changer le regard sur la vieillesse : la personne âgée est avant tout un individu qu’il faut écouter en déculpabilisant les proches via une approche positive de l’aide à domicile. Nous sommes convaincus que la bienveillance active que nous exprimons par notre engagement au quotidien et nos valeurs de partage permettent de redonner du sens à cette phase de notre vie qui, effectivement, est radicale dans le sens où elle change le rapport au temps.

Le domicile est la solution d’avenir. C’est la solution plébiscitée par la majorité des Français. Faisons en sorte que cela soit envisagé avec sérénité et plaisir. Les aides à domiciles sont souvent les personnes qui permettent de garantir ce lien avec l’extérieur, avec la société. Il y a donc une mission qui dépasse largement l’aide au quotidien. C’est un garant de l’intégrité de la personne.

Comment voyez-vous l’avenir ? 

Le domicile est l’avenir je tiens à le répéter, mais le secteur est aujourd’hui à la croisée des chemins. C’est le moment de se donner les moyens de nos ambitions et de permettre à des millions de personnes de vivre leur dernière tranche de vie de manière apaisée et dans de bonnes conditions.

Pour cela, il est urgent de rendre attractif le secteur des aides à domicile et de le professionnaliser. Bien plus que les projections démographiques qui annoncent un « mur » prochain, c’est plus de 200 000 professionnel(le)s qui partent en retraite qu’il faudra remplacer. L’urgence de l’attractivité des métiers avait été amorcée avec le rapport El Khomri mais doit aujourd’hui se traduire par des actions concrètes. Par ailleurs, cette valorisation des professionnels ne pourra se faire sans une valorisation des services en parallèle.

La crise du COVID 19 a mis en exergue le professionnalisme des services d’aide et d’accompagnement à domicile. Il est urgent aujourd’hui d’agir et de créer une véritable filière économique et professionnelle de l’autonomie.

Plus encore, nous devons endosser pleinement notre rôle de coordinateur et être en mesure d’offrir une palette de services assez large pour s’adapter au parcours de vie des personnes.

Propos recueillis par Laurent Jacotey