Alyra est une école de formation née il y a trois ans, avec l’ambition de soutenir de soutenir un écosystème en plein essor : celui de la blockchain. Alors que la réforme de la formation facilite l’accès à un éventail large de formations, la start-up aspire à devenir une référence dans le domaine. Afin d’en savoir plus, nous avons interrogé Jérémy Wauquier, son fondateur et président.

 

Comment est né le projet d’Alyra, et en quoi consiste votre offre ?

Jérémy Wauquier : Nous sommes partis du constat selon lequel sur le marché de la blockchain, nous avions un besoin de compétences qui n’était pas rempli d’un côté, et de l’autre, plein de personnes passionnées par tout ce que la blockchain peut apporter comme révolution pour le numérique et le monde en général, et souhaitant se former. En voyant cela, il y a trois ans j’ai ouvert Alyra, avec une première formation centrée sur le développement blockchain, et notamment sur la rédaction des “smart contracts” et la création d’applications décentralisées. Au fil des années, notre offre s’est un peu étendue pour inclure de la formation à la chefferie de projet sur les métiers de la blockchain, ainsi qu’une offre sur la finance décentralisée.

 

En quoi consistent les “smart contracts” ?

Jérémy Wauquier : Il faut les voir comme des programmes autonomes que l’on publie sur la blockchain. C’est du code informatique que l’on publie sur la blockchain et qui va prévoir un certain nombre d’interactions possibles entre des parties différentes. Ce ne sont pas des contrats au sens légal, mais plutôt des programmes informatiques prévoyant des interactions entre des parties qui ne se connaissent pas, et qui ne se font pas forcément confiance. Et vous pouvez le décliner sur toutes les interactions que vous pouvez imaginer entre des gens, des contrats de frais, d’assurance, de création d’actifs spécifiques, et cetera. 

 

Cela renvoie notamment à une notion de transparence que l’on retrouve dans la blockchain ?

Jérémy Wauquier : C’est ça, les contrats sont auditables et peuvent être lus par tout à chacun. Et ensuite, ils s’exécutent exactement de la manière dont ils ont été écrits. S’ils ont été écrits avec des bugs, on va se retrouver avec des failles potentielles et des attaques qui vont avoir lieu. C’est pour ça que c’est essentiel de les écrire correctement. Et c’est une vraie compétence qui ne s’improvise pas, et qui peut notamment être apprise par des développeurs.

 

Quels peuvent être les usages de ces “smart contracts”, permettant des interactions entre différentes entités ?

Jérémy Wauquier : Par exemple, dans tout le secteur de la “supply chain” (chaîne logistique), ces interactions peuvent être formalisées dans une blockchain, ce qui donne un niveau d’intégrité de la donnée très élevé, permettant aux entités de collaborer entre elles, d’éviter les fraudes et d’assurer le suivi des marchandises. Il y a un certain nombre de marchandises pour lesquelles c’est critique, je pense notamment au secteur pharmaceutique ou au secteur agroalimentaire, sur lequel des start-up françaises travaillent. IBM a développé une solution avec une technologie blockchain, pour du suivi agroalimentaire et de fret. Ces solutions existent aujourd’hui aussi dans le secteur de la preuve d’authenticité, avec par exemple la chambre de notaires de Paris qui s’est dotée d’une technologie blockchain pour déposer ses actes, dans une blockchain partagée entre les notaires. Ensuite, vous avez tout le secteur que nous enseignons dans l’école : celui de la finance décentralisée qui vise à offrir à tout le monde, la possibilité d’avoir accès à tous les services financiers qu’on puisse imaginer, sans intermédiaire, sans possibilité de censure, et de manière décentralisée, démocratique et libre. Cela ne veut pas dire que ce secteur n’est pas régulé, c’est régulé. Mais c’est aussi un secteur qui est en plein essor, nous explorons de nouvelles frontières.

 

 

En quoi consistent vos enseignements ?

Jérémy Wauquier : Ce que nous enseignons, c’est vraiment l’aspect technologique. Nous l’enseignons de trois manières différentes. La première, c’est une manière technique pour des gens qui sont développeurs aujourd’hui et qui veulent développer les fameux “smart contracts”. Deuxième chose, nous mettons en place à la rentrée un programme “consultant blockchain” pour enseigner la manière de gérer un projet blockchain. Sans la partie technique, mais pour comprendre tout ce qu’on peut faire avec une blockchain et ce qu’on ne peut pas faire. Comment faire pour gérer une équipe technique, comment faire pour vérifier que cela correspond bien aux besoins d’un client, et cetera. C’est le travail de conseil qu’on peut faire autour de la blockchain, pour lequel il y a une grosse demande. C’est un écosystème qui évolue très vite, avec une vraie barrière à l’entrée. Quelqu’un voulant intégrer cet écosystème aura donc un vrai gain, notamment de temps et d’efficacité d’apprentissage, à passer par des programmes assez courts, entre 10 et 12 semaines en fonction des programmes. Et la dernière chose qu’on enseigne, c’est le thème de la finance décentralisée. Aujourd’hui il y a tout un tas de protocoles permettant de placer des actifs, sans être forcément sur des positions spéculatives. Néanmoins, c’est un secteur récent, dont la structuration a deux ans et qui a connu une révolution l’été dernier. C’est mieux de s’y aventurer avec un guide. Parfois les rendements que l’on voit affichés sur certains protocoles peuvent faire un peu tourner la tête, et il y a effectivement des gens qui se constituent des petites fortunes à travers ces protocoles, mais il y a aussi beaucoup d’arnaques et de pièges. S’aventurer dans cette forêt avec un guide et un groupe, c’est quand même beaucoup plus efficace.

 

À qui s’adressent principalement vos formations ?

Jérémy Wauquier : Nous avons trois types de publics : des gens en reconversion, par exemple des développeurs qui sont entre deux contrats ou entre deux jobs, et qui ont envie de rentrer dans l’écosystème blockchain pour propulser leur carrière. Ensuite nous avons un public de gens qui sont en entreprise et qui ont envie de maîtriser les technologies blockchain. Dans le cadre d’un projet de leur DSI ou autre, et ces personnes  se font financer leur formation par leur entreprise. Le dernier public cible, ce sont des entrepreneurs ou des freelances, qui ont envie de développer un produit ou une société liée à la blockchain, et qui viennent chez nous se former, et avoir ainsi toutes les références et éléments en tête pour réussir leurs projets.

 

Quels sont les prérequis pour entrer dans ces formations ?

Jérémy Wauquier : Cela dépend des formations. Pour la formation de développeur, nous demandons à ce que les personnes aient des compétences en développement. Parce que la formation dure dix semaines, et que ce n’est pas possible de devenir développeur en un temps si court. Par contre, si vous êtes déjà développeur, vous pouvez devenir développeur blockchain en dix semaines. Et pour la formation de consultant, de la même manière il faut que les personnes aient déjà gravité autour des métiers du conseil.

 

Est-ce que la réforme du système formation a pu faciliter les choses ?

Oui parce que la réforme du système de formation va dans une bonne direction, elle donne aux personnes la possibilité de choisir les formations qu’elles veulent suivre. Finalement, elle rend les fonds de la formation aux premiers concernés, aux personnes elles-mêmes, qui de mon point de vue sont les plus à même de savoir quelles formations sont pertinentes pour leur parcours de vie et leur parcours professionnel. Et cela redonne de la transparence sur l’écosystème de la formation professionnelle, parfois compliqué vu de l’extérieur. Et de l’autre côté, le régulateur ne se défausse pas de ses obligations puisque les organismes comme le nôtre sont étroitement encadrés par tout un tas de processus de certification. 

 

Quelles sont vos perspectives pour les prochaines années ?

Nous souhaitons être la plate-forme de référence sur la formation blockchain en France. L’idée est d’être un centre de ressources pour les personnes qui souhaitent apprendre, découvrir, perfectionner leur expertise blockchain. C’est un secteur qui évolue très rapidement, sur lequel il faut tout le temps rester à jour. Nous souhaitons donc offrir de plus en plus de programmes sur de plus en plus de technologies différentes, pour servir au mieux l’écosystème blockchain.