Produisant 71,7% de son électricité à partir de l’énergie nucléaire en 2018, la France possède le 2ème parc de production mondial, après les États-Unis. Dans cet ensemble, Framatome joue un rôle essentiel. L’entreprise, active dans le monde entier, affiche un chiffre d’affaires de 3,4 milliards d’euros en 2019 pour un carnet de commande de plus de 12 milliards d’euros. Rencontre avec Bernard Fontana, PDG de la société française.

 


Les préoccupations écoresponsables n’ont jamais été aussi présentes. Peut-on être nucléaire et écoresponsable ?

Oui. La demande mondiale en énergie est en hausse, et compte tenu de l’urgence climatique, il faut développer un mix énergétique bas carbone combinant les différents moyens de production propres dont le nucléaire. Energie sûre, bas carbone et pérenne, le nucléaire permet de pallier l’intermittence des énergies renouvelables et les problématiques liées au stockage.

Cela contribue également à la création d’emploi : l’industrie nucléaire en France représente plus de 220.000 emplois hautement qualifiés.

Nous avons besoin de talents et de compétences techniques et renforçons nos équipes avec 1000 recrutements chaque année. Et chez Framatome, 80% des collaborateurs aiment leur job ou recommandent la société à leurs proches selon une enquête d’opinion menée en décembre 2019, les ¾ de nos 14.000 salariés ayant répondu à cette enquête.

 

Le nucléaire mondial, ce sont quatre grands acteurs : États-Unis, Russie, Chine, France. Qu’en est-il du positionnement de la France concernant les enjeux de souveraineté ? 

Il y a un regain d’intérêt pour la souveraineté des technologies nucléaires qui sont soumises au contrôle d’exportation. Nous sommes attentifs à la souveraineté des technologies que nous incorporons. Nous voulons valoriser notre expertise unique dans toutes les régions du monde notamment au niveau du contrôle commande ou de la cyber sécurité. Et l’option de souveraineté indépendante que nous apportons est appréciée par nos clients.

 

Framatome est présent à l’étranger. Quels sont vos projets de développement, notamment en Europe Centrale ?

Framatome se positionne comme un leader international de l’énergie nucléaire, bénéficiant de plus de 60 ans d’une véritable expertise dans le développement de solutions innovantes et de technologies à forte valeur ajoutée. Nous disposons des technologies et moyens pour saisir les opportunités de développement dans de nouvelles zones géographiques comme la Grande-Bretagne –dont la participation à la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point, l’Europe centrale ou le Moyen-Orient. Nous sommes également intervenus sur 380 des 450 réacteurs dans le monde ou encore 90% des projets d’extension de durée de vie des réacteurs en Amérique du Nord.

Au cours des deux dernières années, deux réacteurs EPR de nouvelle génération et de technologie Framatome ont été mis en service à Taishan en Chine. Et nous préparons à charger les combustibles nucléaires dans le réacteur finlandais d’Olkiluoto.

En Europe centrale plus spécifiquement, nous créons ou renforçons nos implantations en Bulgarie, en Hongrie, en Pologne, en République Tchèque, en Roumanie et en Slovaquie.

Notre carnet de commande de 12 milliards d’euros reflète cette ambition.

 

Vous avez récemment nommé un Chief digital Officer. Quelle place pour le digital dans la stratégie globale de Framatome ?

Nous privilégions plusieurs axes de développement pour pérenniser les compétences dans notre secteur et accroître notre compétitivité. Pour être une industrie de technologie et de savoir, la recherche de compétitivité passe en effet en autres par un programme de digitalisation de nos process afin de fluidifier les échanges avec nos clients et fournisseurs.

Des acquisitions ciblées peuvent renforcer nos offres technologiques et consolider notre positionnement. Nous avons ainsi récemment acquis une société spécialisée dans le diagnostic et le renforcement de la cyber sécurité dans les centrales nucléaires aux États-Unis.

Des développements et partenariats récents dans le domaine de l’intelligence artificielle ou de projets numériques dans le cadre de partenariats viennent compléter ce tableau. Nous prévoyons d’investir 50 millions d’euros par an pour renforcer notre position dans le digital.