Au cours d’une soirée, trois amis entrepreneurs décident de lancer une application mobile de rencontre entre propriétaires et locataires. C’est la naissance de Pinql, nouvelle pépite française de la Proptech et outil communautaire qui entend bien rester au service de ses utilisateurs. Récit d’une success story.

Ce sont les idées les plus simples qui fondent les success stories. D’un côté, il y a trois amis – Andréa, David, Ryan – qui ambitionnent de rajeunir le secteur de la location. De l’autre, il y a un contexte en forme de signal d’alarme : 15 millions de personnes souffrent de la crise du logement en France (Fondation Abbé-Pierre). C’est en parlant de leurs galères respectives que les trois potes ont eu l’illumination : et si la technologie donnait un coup de pouce au marché locatif ? De là est née l’appli Pinql, comme une évidence.

Plus qu’une histoire de start-up, c’est une affaire d’amitié. Andréa, David et Ryan ont usé ensemble les bancs de la maternelle, fait les 400 coups, et grandi dans un monde de plus en plus connecté. Tropisme technologique aidant, tous trois ont pris les chemins de l’innovation : Andréa Bensaid en direction du marketing digital et du SEO, David Oussadon du côté de la communication, Ryan Woo en lançant une start-up spécialisée dans l’immobilier… en Chine. Goût marqué pour l’exotisme, ou manifeste d’une génération qui ne connaît plus de frontières ? C’est que la planète est décidément trop petite pour les « Y », habitués à y voir un gigantesque terrain de jeu.

Mais tout n’est pas aussi simple. Le monde est une autoroute à plusieurs vitesses. Dans cette analogie, l’immobilier est cantonné à la file de droite, réservée aux véhicules lents. « Alors que la plupart des secteurs économiques mettent déjà un pied dans le futur, l’immobilier végète encore au Moyen Âge », fait remarquer David. Andréa abonde dans son sens : « Le marché de l’immobilier a beau faire sa mue ces dernières années, il continue d’accuser un énorme retard. Il fallait faire quelque chose pour débloquer cette situation. »

Au cours d’une soirée, les trois amis d’enfance se racontent leurs galères de logement. David et ses longues heures d’attente dans les cages d’escalier parisiennes, avec cinquante autres candidats à la location. Andréa qui se rappelle avoir passé plus de temps au téléphone avec les proprios que dans les apparts eux-mêmes. Au cours de la conversation (pas au coin du feu, mais autour d’un bon dîner), le germe Pinql est planté dans le sol. Il ne tardera plus à croître.

Rationaliser le processus de location

Pour les jeunes entrepreneurs d’aujourd’hui, l’enjeu se résume à une équation simple : un problème + une technologie = une solution. Il n’y a rien que l’innovation ne puisse transformer en profondeur. Y compris un secteur aussi figé que l’immobilier. Avec Pinql, les trois amis entendent rationaliser un processus qui brille par son anachronisme. David : « On peut communiquer avec n’importe qui sur la planète, commander n’importe quel type de nourriture et travailler sans bouger de son canapé. Mais pour louer un appart, il faut encore en passer par des agences immobilières ou des portails d’annonces. Pas de choix : soit tu casses ta tirelire, soit tu te lances dans un parcours du combattant. Il fallait changer ça. »

D’où l’idée de concevoir une appli mobile. Pour que l’outil soit plus intuitif, ergonomique et pratique. Pour que les utilisateurs s’en saisissent en quelques gestes. Mais pas n’importe quelle appli : elle devait s’inspirer des outils de dating façon Tinder. Après tout, qu’est-ce que le marché locatif, sinon une rencontre entre un propriétaire et un candidat à la location ? Si les « matches » mettent en relation les gens qui cherchent l’amour, les « shakes » de Pinql tissent des liens entre ceux qui ont besoin d’un toit et ceux qui en proposent. Toujours en s’appuyant sur le concept de l’affinité. On parle d’ailleurs de « loc’affinity », « la mise en contact des personnes entre elles de façon fluide et sécurisée », précise David.

Plus qu’une application mobile, Pinql est un cheval de Troie. Une manière de faire entrer la tech dans la Cité de l’immobilier pour mieux la transformer de l’intérieur, avec le concours de ceux qui en bénéficient le plus. Une façon de rappeler que la révolution digitale locative répond d’abord à un enjeu humain. « On a une responsabilité sociétale », avance David Oussadon. « Pinql s’attache à simplifier un marché vital pour la population. Nos objectifs économiques ne pèsent pas lourd face aux 15 millions de Français touchés de plein fouet par la crise du logement. » C’est précisément pour cette raison que Pinql n’entend modifier sa course à aucun prix. Alors que ses concurrents cèdent progressivement aux sirènes des professionnels, l’appli n’a pas l’intention de rogner sa dimension communautaire. « L’outil a été conçu pour se mettre au service des particuliers, et il restera au service des particuliers », affirme Andréa. Il est des business qui entendent gagner de l’argent. Et d’autres qui ambitionnent de changer la vie des gens. Pinql est de ceux-là.

En cela, l’appli s’inscrit pleinement dans la Proptech, ce collectif de startups proposant des produits et services innovants pour le marché immobilier. Pinql sera d’ailleurs présente au MIPIM Proptech Europe, la grand-messe dédiée au secteur qui se tiendra les 20 et 21 juin au Palais des Congrès de Paris.

Le succès inattendu de Pinql… y compris pour ses fondateurs !

Le succès rapide rencontré par Pinql, une fois lancée sur l’AppStore et Google Play, a abasourdi la planète immobilière. En peu de temps, l’outil entre dans le club très fermé des applis les plus téléchargées sur le magasin Apple, qui la met régulièrement dans ses coups de cœur. En vertu d’un bouche à oreille positif, Pinql est téléchargée plusieurs fois par jour, sans appui publicitaire. Mais les premiers surpris restent ses fondateurs. « On savait que notre appli répondait à un besoin prégnant », reconnaît Andréa. « Mais on ne s’attendait pas à ce que les utilisateurs l’adoptent aussi vite. Ni à ce qu’ils s’y connectent dix, vingt, trente fois dans la journée pour checker leurs shakes. »

Cette réussite tient aussi à la dimension universelle de l’outil, qui englobe la plupart des modes locatifs. La colocation Pinql, par exemple. Dans les grandes métropoles, les loyers élevés ont conduit à l’émergence de la colocation. Les locataires y voient une chance d’habiter en cœur des villes sans se ruiner, tout en partageant une expérience de vie communautaire. Les proprios y voient l’occasion de doubler le nombre de garants. En bref, tout le monde peut trouver logement à son goût.

Pinql est une appli vivante, qui se nourrit d’un double besoin : satisfaire ses utilisateurs et anticiper leurs attentes. « La mise en place du projet n’a pas été une sinécure », raconte Andréa. « Il a fallu contourner de nombreux obstacles et optimiser nos services, pour qu’ils collent de près aux usages. » Un tâtonnement qui fait office d’expérience. Et qui conduit la fine équipe à regarder constamment vers l’avenir. Aujourd’hui, Pinql vient de signer un partenariat avec l’un des plus gros acteurs de l’assurance. Demain, l’appli pourrait proposer des services toujours plus précis et efficaces. Avec, à la clé, la dématérialisation complète du processus locatif dans les dix ans à venir. Et sans jamais renier sa dimension communautaire.