Les réformes économiques et sociales ont débuté au Maroc dans les années 80 avec le programme d’ajustement structurel, survenu sur fond de crise économique. Ces réformes se sont accélérées à partir de 1999, signalant un changement de politique associant une plus grande ouverture économique, donnant un rôle majeur au secteur privé et une attention accrue aux questions sociales. Désormais, le Maroc peut aspirer à l’émergence.

Les réformes adoptées au cours des deux dernières décennies au Maroc et qui sont à la fois structurelles et sectorielles, donnent un rôle plus important aux forces du marché et ont pour objectif ultime de générer des taux de croissance plus élevés et d’augmenter la création d’emploi. De ce fait, elles ont concerné tous les domaines de l’activité économique : le système financier, les finances publiques et la compensation, les entreprises publiques et la privatisation, le commerce extérieur, le marché du travail, le cadre réglementaire et le climat des affaires.


Les réformes du secteur financier, quant à elles, ont porté sur la consolidation du cadre de contrôle et de supervision du secteur financier, la diversification des instruments financiers, l’amélioration de l’inclusion financière, le positionnement de Casablanca Finance City comme hub financier régional, ainsi que l’assouplissement du contrôle des changes.

A ce titre, Casablanca Finance City (CFC) veut se positionner comme place financière régionale et internationale et faire de Casablanca un hub financier en Afrique, accompagnant en ce sens la dynamique marocaine substantielle sur le continent. En parallèle, le régime de change a été assoupli et le Dirham peut aujourd’hui fluctuer dans les deux sens par rapport à son taux cible, sa bande de fluctuation ayant été élargie en passant de ±0,3% à ±2,5%. Le régime de change actuel permet en outre aux investisseurs étrangers de transférer à l’étranger les revenus générés par les investissements et de transférer à nouveau le produit de la liquidation ou de la cession des investissements. Il n’existe pas non plus de limite au rapatriement des revenus et des bénéfices d’investissement pour les investisseurs étrangers.

L’esprit de la réforme contemporaine de l’économie marocaine trouve ses racines au tournant du siècle.  La réforme des finances publiques au Maroc s’est accélérée à partir de 1999 avec les premières assises nationales sur la fiscalité. De nouvelles assises ont également été tenues en 2013 et en 2019 en vue d’examiner les réformes à mettre en œuvre pour renforcer l’efficacité et l’équité du système fiscal.

Les principales réformes entreprises en ce qui concerne les finances publiques, au cours des dernières décennies incluent, quant à elles, l’élaboration du Code Général des Impôts en 2007, la réforme des marchés publics introduite en 2014, l’adoption d’une nouvelle loi organique relative à la loi des finances en 2015. D’autres réformes ont également été mise en œuvre y compris la gestion active de la dette (en 2007) et de la trésorerie publique (en 2009), la réforme de la comptabilité de l’Etat et celle des délais de paiement de 2016.

La réforme de la compensation a apporté des modifications notables entre 1999 et 2019. En effet entre 1995 et 1999, le système de subvention des produits pétroliers et gaz butane consistait en un système de péréquation des produits pétroliers. Depuis le début des années 2000, la subvention des huiles alimentaires a été éliminée et la filière oléicole et oléagineuse libéralisée. En 2015 la filière des produits pétroliers liquides a été également libéralisée et les prix à la consommation indexés sur le marché international.

Suite à ces importants développements, aujourd’hui seuls trois produits restent subventionnés (le gaz butane, le sucre et la farine nationale de blé tendre) selon un quota déterminé et réparti selon les besoins des régions, la priorité étant donnée à celles qui sont les plus excentrées et les plus vulnérables.

Pour les années à venir, la réforme de la compensation dépendra en partie du registre national unifié, en cours d’élaboration et qui devrait faciliter le ciblage des populations défavorisées. Les bénéficiaires des subventions pourront être identifiées à partir d’un système de scoring fondé sur des données socio-économiques.

La réforme des entreprises publiques et la privatisation ne sont pas moins significatives. Les réformes ont porté sur la consolidation de la gouvernance et de l’efficacité de gestion des Etablissements et Entreprises Publiques (EEP). Elles concernent la mise en œuvre de la gestion active du portefeuille public, la consolidation de la demande contractuelle et l’amélioration de la gouvernance et de l’efficacité du contrôle financier de l’Etat. De plus au cours des deux dernières décennies de nombreuses entreprises publiques ont été privatisées ce qui a modifié le fonctionnement de secteurs importants de l’économie nationale tel que les télécommunications.

Les réformes du commerce extérieur ont été un catalyseur des transformations du pays. Le Royaume en tant que Membre fondateur de l’OMC en 1995 a accepté les Accords de l’OMC et s’est engagé à libéraliser son commerce extérieur dans un contexte multilatéral.En 2016, une nouvelle loi sur le commerce extérieur consacrait le principe de la libéralisation du commerce. Le Maroc a également signé plusieurs accords commerciaux préférentiels. Le Maroc accorde ainsi un traitement préférentiel sur une base réciproque aux importations en provenance de pays avec lesquels il a conclu des accords commerciaux préférentiels et permet un traitement préférentiel dans le cadre des accords commerciaux et tarifaires et du Système global de préférences commerciales (SGPC). L’accord commercial préférentiel avec l’Union européenne (UE) est entré en vigueur en 2000. L’accord de libre-échange (ALE) conclu entre les États-Unis et le Maroc a été signé en 2004 et mis en œuvre en 2006. C’est le premier accord de libre-échange américain avec un pays africain et le deuxième accord de libre-échange américain avec un pays arabe. Le Maroc a également des accords commerciaux avec de nombreux pays Africains. En tant que membre de l’Union Africaine, le Royaume participe aux négociations de la zone de libre-échange continentale (ZLEC). Le Maroc est parti à ces négociations en tant que membre de l’Union africaine depuis 2017. La ZLEC regroupe aujourd’hui presque tous les pays de l’Union africaine (l’Érythrée étant le seul pays à ne pas y avoir adhéré) et si l’intégration Africaine comporte des défis majeurs, elle recèle également d’énormes opportunités pour l’ensemble des pays Africains.

De par l’ensemble des accords conclus et mis en œuvre, l’économie Marocaine est en 2019 une économie plus ouverte sur le reste du monde. Cette ouverture se traduit par une augmentation de la part des exportations et des importations en pourcentage du PIB et par une plus grande diversification en terme de marchés et de biens.

Plusieurs autres réformes majeures ont eu pour objectif de réduire les distorsions sur le marché du travail. La plus importante est le code du travail.  Le Code du travail de 2004 a apporté des modifications significatives aux relations individuelles du travail (Royaume du Maroc 2004). Celles-ci comprennent l’interdiction du travail forcé, l’élimination de toute forme de discrimination entre hommes et femmes, l’amélioration de la situation juridique et sociale de la femme, de l’enfant au travail et des personnes handicapées, l’interdiction de licenciement abusif et la détermination des cas représentant des motifs valables de licenciement.

Des efforts significatifs ont aussi eu pour objectif d’améliorer l’environnement et le climat des affaires. Elles concernent notamment le renforcement de la concurrence, la modernisation du cadre juridique et réglementaire des entreprises et la lutte contre la corruption. Elles ont permis l’amélioration de la position du Maroc dans les classements internationaux en particulier en terme de « Doing Business ». Le Maroc a gagné 70 places en l’espace de dix années. De même des réformes sectorielles ont donné lieu à des stratégies articulées autour de plans spécifiques : le plan d’accélération industrielle, le Plan Maroc Vert, le plan Halieutis, Maroc Digital 2020, etc.

In fine,  je ne peux qu’être témoin que ces réformes ont permis au Maroc d’avoir aujourd’hui un environnement économique plus favorable et une économie plus libérale et plus stable. Ceci a permis, dans un contexte international rendu difficile par la crise de 2008 et les nombreuses crises dans le monde arabe, de maintenir des taux de croissance qui se situent dans la moyenne des pays émergents, bien qu’en-deçà du potentiel du pays. Ces réformes renforcent la capacité du royaume à faire face aux nombreux défis actuels qui sont à la fois internes et externes et qui incluent au niveau interne une augmentation des attentes des populations et au niveau externe la montée du protectionnisme dans les pays partenaires, mais aussi des transformations technologiques au travers de la digitalisation qui transforment les méthodes de production et rendent plus difficile la création d’emplois.

Par Mouna Cherkaoui, économiste et professeure d’économie à l’Université Mohammed V – FSJES de Rabat.