Revenu Universel : Benoît Hamon Contraint De Revoir Sa Copie
Journaliste / Chef de rubrique Politique-Economie-Finances

Voué aux gémonies pour son coût exorbitant supposé – 349 milliards d’euros selon l’institut Montaigne – le dispositif va subir un petit toilettage | © Getty Images

Le vainqueur de la primaire à gauche devrait prochainement présenter « une nouvelle mouture » de sa disposition phare, le revenu universel, sous le feu des critiques aussi bien à droite qu’à gauche de l’échiquier politique.

 « Une aventure qui commence par le revenu universel et qui se termine par un RSA amélioré, excusez-moi mais ça n’est pas très sérieux. Cette proposition est une véritable trappe à pauvreté ». Ce propos, « tout en mesure », n’a pas été prononcé par un responsable des Républicains ou par un lieutenant zélé d’Emmanuel Macron mais par Jean-Luc Mélenchon lui-même. Un signe supplémentaire, s’il en fallait un, du peu d’entrain suscité par la mesure phare du programme de Benoît Hamon de part et d’autre de l’échiquier politique. Si elle lui a néanmoins permis de se distinguer au sein de la primaire de gauche qu’il a remporté haut la main, terrassant un Manuel Valls totalement démonétisé par ses deux ans et demi à Matignon, Benoît Hamon semble avoir saisi l’impérieuse nécessité d’amender sa proposition afin de la rendre plus « présentable » et surtout plus crédible. Vraiment ?

Voué aux gémonies pour son coût exorbitant supposé – 349 milliards d’euros selon l’institut Montaigne – le dispositif va subir un petit toilettage, comme souligné dans Les Echos. « Nous ne sommes pas du tout dans un ordre de grandeur de 300 milliards. Les montants sont plutôt proches de quelques dizaines de milliards, sans rogner sur les ambitions », affirme Julia Cagé, l’économiste en charge du projet dans l’équipe de Benoît Hamon… qui réclamaient avec d’autres, comme Thomas Piketty, Emmanuel Saez (université de Californie à Berkeley), et Antoine Bozio (École d’Économie de Paris), dans une tribune publiée dans Le Monde en janvier dernier, une remise à plat du dispositif. « Un revenu universel correctement conçu et précisé peut constituer un élément structurant de la refondation de notre modèle social », soulignaient-t-ils à l’époque.

Prime d’activité


Pour rappel, Benoît Hamon, plaide pour un « glissement progressif » vers le revenu universel avec une première étape qui prendrait la forme d’une hausse de 10% du RSA (actuellement de 535,17 euros pour une personne seule sans l’aide au logement) étendue aux jeunes de 18 à 25 ans sans conditions de ressources. Outre cela, l’ancien patron du MJS souhaite désormais « donner un coup de pouce » à ceux qui ont aujourd’hui un revenu modeste « afin que le revenu universel se traduise pour eux par une augmentation de leur salaire net sur leur feuille de paye ».

Une proposition qui ressemble, à s’y méprendre, à « la prime d’activité » défendue par Thomas Piketty, Emmanuel Saez et Julia Cagé dans leur plaidoyer dans Le Monde. « Nous avons tenu compte de la demande de revalorisation du pouvoir d’achat, et cela donnera au final une première phase plus ambitieuse », explique Julia Cagé dans les colonnes des Echos, et qui se félicite ainsi d’une première phase améliorée du dispositif.

Reprendre la main

Quid des deux « étages suivants » de la fusée, à savoir son augmentation à 750 euros par mois et sa généralisation à l’ensemble de la population ? Benoît Hamon, tout au long de la campagne de la primaire s’est montré particulièrement évasif sur ce point, évoquant « l’organisation d’une grande conférence citoyenne » en 2019 pour arrêter le périmètre définitif de la mesure. Quelques mois plus tard, Julia Cagé ne brille pas davantage par sa précision. « Après la première étape, il y aura de toute façon une réflexion pour améliorer toujours plus le pouvoir d’achat des Français », souligne, sibylline, l’économiste.

Pomme de discorde durant la campagne interne, le revenu universel ne semble – pour l’instant – pas susciter le même engouement dans l’opinion où il est clairement absent des débats de cette élection présidentielle. Pour tenter d’ailleurs de reprendre la main et imposer ses thématiques, Benoît Hamon a promis d’avancer son programme d’une dizaine de jours. « J’ai une difficulté », explique le vainqueur de la primaire socialiste, cité par Libération sur son site internet. « Je me rends compte que la stratégie qu’on avait choisie et qui consiste à perler les propositions, à thématiser, ça ne marche pas à cause des histoires Fillon qui saturent l’espace public ». Est-ce véritablement la seule raison ?