Administratrice, Un Nouveau Métier Est Né
Chef de rubrique Management et Femmes @ Forbes


Même s’il reste encore un peu de temps pour que les quotas de femmes soient atteints dans les conseils d’administration des entreprises concernées, la loi Copé-Zimmermann a eu au moins le mérite de créer un nouveau métier : celui d’administratrice. Un nouveau métier, vraiment ?

En 2013, Lucille Desjonquères, cofondatrice du cabinet de recrutement Leyders Associates, ouvre le pôle Femmes au Coeur des Conseils (1), spécialisé dans la féminisation des conseils d’administration, pour anticiper une forte demande suite à l’échéance de la loi. La forte demande n’a pas forcément été au rendez-vous, mais force est de constater que les entreprises retardataires vont profiter de ces prochains mois pour remplir les quotas. « Tout se professionnalise et c’est très bien. La loi a un impact positif sur tout ça, et ce sera d’autant plus le cas cette année », remarque-t-elle.

Un job à plein temps

Jusqu’à maintenant, la cooptation était le maître mot dans les conseils d’administration. « Mais il y a eu beaucoup de consanguinité et de grosses erreurs de stratégie médiatisées », souligne Viviane Neiter, spécialiste de la gouvernance (2) et administratrice dans cinq sociétés différentes. « On ne peut plus se permettre ça aujourd’hui », renchérit Lucille Desjonquères. Siéger à un conseil d’administration ne se limite pas à assister à quatre réunions par an. Chaque conseil se prépare et selon les sociétés, quatre à dix peuvent avoir lieu dans l’année. « On travaille dans l’intérêt de l’entreprise. Rémunérations, finance, stratégie, recrutement… Tout y passe. Je garde un œil sur la concurrence et essaye d’anticiper les risques, explique Viviane Neiter. Quand on cumule les mandats, cela prend du temps. Cela peut donc être considéré comme un métier ».


Pas de profil type

Quels sont les profils de femmes les plus recherchés ? Aucun en particulier, tout dépend des sociétés concernées. « C’est la diversité qui est primordiale. Si ce sont les mêmes profils, tout le monde pense de la même manière et personne ne se remet en question. Quand on siège dans plusieurs entreprises, on acquière des réflexes avec l’expérience mais même des jeunes peuvent apporter leur regard, notamment dans le domaine du digital », précise Viviane Neiter. Lucille Desjonquères est plus nuancée sur l’âge requis : « Il n’y a pas trop de jeunes de moins de 25 ans, on ne peut pas avoir d’amateurs. De toute façon, tout dépend de la firme et de ses codes. Les membres du conseil doivent pouvoir couvrir plusieurs domaines, de l’international au marketing en passant par la finance et les ressources humaines.» En plus d’un savoir-faire, il faut prendre en compte le savoir-être : « Il faut savoir écouter, apprendre les codes, créer un climat de confiance et ne pas être avide de pouvoir. En tout cas, vouloir tout révolutionner parce qu’on est une femme ne fonctionne pas », rajoute Viviane Neiter. Cela tombe bien, Lucille Desjonquères a créé Femmes au Coeur des Conseils pour que « les femmes travaillent avec les hommes, non à leur place ».

Connaître sa valeur et réseauter

Quelle serait la marche à suivre pour entrer dans ce cercle (peut-être pas si) fermé des administratrices ? Même si la cooptation n’a plus lieu d’être, il faut quand même réseauter pour se faire connaître. Viviane Neiter va jusqu’à dire que c’est « fondamental ». Réseaux de femmes, base de données, cabinet de recrutement… Une femme qui cherche à intégrer un conseil d’administration doit le faire savoir. C’est là que la solidarité féminine entre en jeu : « C’est le rôle des femmes déjà administratrices de penser aux consœurs quand des sièges se libèrent, même si je pense que ce n’est pas le cas pour toutes », insinue Viviane Neiter. « Seule, je suis invisible, ensemble nous serons invincibles » prône Lucille Desjonquères. Pour bien se vendre, il faut surtout connaître sa valeur ajoutée, identifier ce qui peut être apporté dans un conseil d’administration : une spécialisation, un domaine d’expertise, une longue expérience… L’audace peut être une bonne alliée, en abordant par exemple des dirigeants, sans viser ceux du CAC 40, mais plutôt des « petits » mandats. « Nous sommes beaucoup sollicités par des start-up, jeunes, mais qui ont levé de grosses sommes d’argent. Le challenge est intéressant », prône Lucille Desjonquères. Et pour celles qui ne sont pas sûres d’elles, il reste la formation. Bien qu’elle ne soit pas systématiquement nécessaire, « les hommes n’en font pas forcément… »

(1) femmesaucoeurdesconseils.com

(2) viviane-neiter-consulting.com


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