L’essai de la technologie de reconnaissance faciale de la Metropolitan Police (Met), la police municipale de Londres, a soulevé la controverse. Censée aider les forces de l’ordre à repérer les suspects, elle n’a pas eu l’effet escompté dans 80 % des cas, et elle pourrait être déclarée illégale, selon des chercheurs.

Les chercheurs de l’Université de l’Essex affirment que les problèmes rencontrés étaient si importants que l’usage de la reconnaissance faciale par la Met devrait être arrêté immédiatement.


Il leur avait été accordé un accès privilégié à six essais en direct, auxquels ils avaient assisté depuis les discussions de pré-installation jusqu’au déploiement de la technologie et à son usage par la police au centre commercial Westfield dans le quartier de Stratford, à Londres. Au cours de ces essais, des « lacunes opérationnelles importantes » ont été découvertes.

Tout au long des six essais, la reconnaissance faciale a fait correspondre les visages de 42 personnes se déplaçant dans Westfield avec ceux des individus d’une liste de surveillance. Dans seulement huit cas, les auteurs du rapport avaient la certitude absolue que la technologie avait produit des correspondances correctes. Mais la police avait tout de même jugé acceptable d’arrêter des individus lors de 26 occasions.

Dans 14 de ces cas, les correspondances se sont avérées incorrectes. Dans quatre cas, les filatures furent infructueuses lorsque la personne poursuivie disparaissait dans la foule. En tout, seuls huit cas se sont révélés correspondre à des personnes de la liste de surveillance, ce qui signifie que la reconnaissance faciale a été efficace dans seulement 19 % des cas.

La liste de surveillance était elle-même également erronée, selon les chercheurs, et elle comportait des informations caduques. Des personnes ont donc été arrêtées alors que l’affaire les concernant avait déjà été classée.

La Met a affirmé que ses tests étaient légaux et avaient été fructueux dans le repérage des suspects. Le directeur adjoint de la police municipale de Londres a confié au Guardian que les forces de l’ordre étaient « extrêmement déçues du ton négatif et partial de ce rapport ».

Au cours des trois dernières années, la Met a conduit dix essais de NeoFace, une technologie de reconnaissance faciale prodiguée par le fournisseur japonais NEC. Ces essais comprenaient deux tests au carnaval de Notting Hill. Les forces de police prévoient des tests supplémentaires à l’avenir, lors d’évènements sportifs et d’autres évènement retransmis en direct dans les prochains mois.

Identification abusive

L’ONG des libertés civiles Big Brother Watch a exprimé son indignation face à ces résultats. « Ce rapport est une conclusion tout à fait accablante de la dangereuse expérimentation de la police en matière de reconnaissance faciale en direct. Il confirme un fait contre lequel nous avons longtemps mis en garde – la technologie est inexacte, anarchique, et doit être stoppée de toute urgence, » martèle la directrice de l’organisation, Silkie Carlo.

 « Cette surveillance à la chinoise est anti-démocratique et n’a pas sa place en Grande-Bretagne. »

Big Brother Watch avait précédemment détaillé un nombre de cas dans lesquels des personnes avaient été faussement identifiées. Dans l’un d’entre eux, un garçon de 14 ans avait été reconnu par le système de reconnaissance faciale, accosté, interrogé et relâché en l’espace de dix minutes après que la police avait réalisé qu’il n’était pas la personne qu’elle recherchait.

À une autre occasion, un homme avait clamé son droit à cacher son visage lors d’un essai de reconnaissance faciale. Il avait par la suite reçu une amende de 90 £ pour avoir « proféré des injures en public ».

Légalement injustifiable ?

Il existe également une myriade de questions juridiques sur cette technologie. Selon les chercheurs, il n’y aurait présentement aucune autorisation légale explicite dans le droit interne pour la reconnaissance faciale en direct. Les droits humains exigent que toute ingérence dans les droits d’une personne devrait être justifiée par une « nécessité au sein d’une société démocratique ». Les chercheurs ajoutent que la Met n’a pas efficacement prouvé que son usage de la reconnaissance faciale constitue une nécessité dans ce contexte.

Mais la police n’est pas la seule à blâmer. Les universitaires ont suggéré qu’il existait « une absence d’encadrement national » sur la question, laissant les forces de l’ordre seules à définir comment la police devrait utiliser la reconnaissance faciale. 

 « Au final, on a l’impression que le respect des droits humains ne faisait pas partie des systèmes de la Metropolitan Police dès le début, et ne faisait pas partie intégrante du processus, » indique le Professeur Peter Fussey.

La reconnaissance faciale a provoqué un tel tollé mondial que les autorités de San Francisco ont pris les devants et ont proscrit l’usage de cette technologie.