L’utilisation de l’internet des objets (IoT ou Internet of Things) ne soulève pas de doutes en milieu professionnel. Il n’en est pas de même pour les objets connectés personnels ‘wearables’ ou, plus récents, les ‘hearables’. À quoi peuvent-ils réellement servir ? Quels sont les cas d’utilisation concrets ?

L’incontournable salon CES de Las Vegas ce mois de janvier 2017 a été, cette année encore, l’occasion de constater le boom des objets connectés, y compris sur les stands FrenchTech. Leur incursion dans le monde du loisir et du sport se confirme, comme en témoigne l’arrivée de New Balance, fabricant de chaussures de jogging, sur le créneau des montres connectées et géolocalisées (GPS), en partenariat avec Intel. Ou encore l’arrivée d’une montre Samsung compatible avec l’iPhone d’Apple, ce qui constitue également un jalon important. 

Mais qu’en est-il de l’utilisation de ces objets dit ‘wearables’ dans le contexte professionnel ? Et quelles perspectives ouvrent les ‘hearables’, cette nouvelle génération prometteuse faite de kits avec écouteurs miniaturisés ? Apple a pris position sur ce terrain avec le lancement de ses écouteurs sans fil Airpods. Ce marché des ‘hearables’ pourrait, selon IDC, dépasser les 16 milliards de dollars en 2020. Ces objets vont permettre de recevoir divers messages. Ils pourraient prendre le rôle d’assistant vocal et s’intégrer dans des systèmes de réalité augmentée ou autres appareils mobiles avec commande vocale, comme l’Amazon Echo Dot. De nouvelles applications ne vont pas manquer de surgir très vite. 

Le potentiel de la voiture connectée 

Apple ne semble pas viser le même public que Fitbit, ou Jawbone, ou Xiaomi, celui des sportifs et défricheurs, avec des traqueurs d’activité. La marque à la pomme ciblerait plutôt les managers, notamment ceux adeptes de la voiture connectée. 

En synthèse d’une enquête sur les objets connectés, fin 2016, OpinionWays posait cette question : « Pourquoi ne pas appliquer les objets connectés domestiques ou de loisir au monde du travail ? ». Et l’analyste de donner un exemple : un prototype de chaise connectée permettant d’obtenir une position de travail la plus ergonomique possible. 

Bien d’autres applications « personnelles », en entreprise, vont se développer, en lien avec des équipements ou machines connectées ( M2M, machine to machine) ou avec des systèmes de télérelevé, de télésurveillance et de sécurisation. 

Une étude du cabinet Gartner le confirme : l’impact de certains objets connectés liés au confort et au design de l’objet mais aussi à l’univers ludique devient visible en milieu professionnel. Le marché des objets connectés professionnels présente deux catégories : les objets connectés génériques (ampoules connectées, systèmes de chauffage…) et les objets connectés spécifiques (dispositifs médicaux spéciaux, capteurs de géolocalisation, etc.). 

Le même phénomène que celui observé avec les tablettes et les smartphones est en train de se reproduire : celui du BYOD (Bring you own device) – les utilisateurs vont s’en servir dans leur entreprise. 

Lunettes et montres connectées 

Les montres et les lunettes connectées sont souvent citées en exemple. Certains métiers en ont déjà trouvé des utilisations pertinentes, après quelques tâtonnements. La SNCF a testé une application utilisant les ‘Google glasses’ à destination des contrôleurs pour permettre la validation de titres de transport via une connexion automatique. Mais on en est resté au stade de l’expérimentation. 

Une tendance forte serait plutôt à chercher du côté des applications de maintenance. Les lunettes peuvent, par exemple, flasher un ‘QR Code’ en début et en fin de prestation. L’information peut permettre de traiter en temps réel la facturation du client et le relevé du temps passé. 

La montre connectée pourrait fort bien répondre à des besoins réels. Dans certains métiers – comme le commercial – on commence à afficher directement, sur la montre, des données compilées sous la forme de graphiques. C’est le cas de l’application Slack disponible sur Apple Watch. Très orientée « travail collaboratif », elle propose de réunir les membres d’un même groupe de travail via leur montre connectée et non plus seulement via leur smartphone. Les notifications sont envoyées par les membres du groupe comme des SMS ou des messages sur Twitter. Cela permet de prévenir rapidement et discrètement un manager ou un collègue sur les conditions d’une transaction en cours. À tout moment, il est possible de passer en mode conversationnel (‘chat’ privé). 

Notons qu’un outil collaboratif comme Evernote (avec suivi d’informations au sein d’une équipe) fonctionne sur des montres connectées (Apple iOS et Android). Parmi les fonctionnalités proposées, on retient qu’il est possible, avec cette version de « montre connectée », de créer un mémo à partir de la reconnaissance vocale, puis de l’envoyer, ou de rechercher une info ou un document tout en l’affichant, en parallèle, sur son smartphone ou son PC portable. 

La traçabilité d’outils et équipements précieux 

Quantité d’autres objets connectés liés à des applications professionnelles vont se déployer. La protection de certains instruments de travail particulièrement coûteux ou précieux figure en première ligne. 

Le Wistiki, né d’une start-up française avec un design signé Philippe Starck, est un bon exemple d’usage personnel et potentiellement professionnel, une fois la connectivité mieux assurée. 

De la taille d’une clé USB et doté d’une autonomie de 3 ans, il émet une alerte dès qu’un trousseau de clés ou tout autre objet important se trouve à distance d’un smartphone ou d’une borne de référence. Des applications similaires sont à l’étude, sinon déjà installées sur certains sites industriels ou dans des centres hospitaliers pour tracer des équipements onéreux qui pourraient être égarés ou dérobés. Le dispositif pourrait s’appliquer à des équipements bureautiques ou informatiques, à des véhicules, etc. Des systèmes cachés en géreront la traçabilité et donneront l’alerte discrètement, avec géolocalisation par GPS ou carte radio SIM, ou par triangulation dans un réseau de bornes wifi ou de balises (beacons), par réseau radio dédié à l’IoT (technologie LoRa ou service Sigfox), ou encore par des capteurs d’ultrasons spécialisés. De nouvelles recherches portent également sur une géolocalisation par champ magnétique dans le cas d’une présence en sous-sol. 

Sécurité des travailleurs isolés 

Un autre champ d’application s’ouvre, celui de la protection et du confort des travailleurs isolés, ceux qui interviennent dans des zones peu fréquentées, en forêt, en haute montagne, etc. Là où la couverture des réseaux mobiles fait souvent défaut, il devient possible d’automatiser l’envoi d’alertes à partir de seuils paramétrables (position d’immobilité ou de silence total, température, humidité…). Le système transmet à des intervalles définis une géolocalisation précise. En parallèle du suivi de la personne, les véhicules de service commencent à être équipés de technologies identiques, pouvant corroborer les données d’alerte. 

Sécurité et confidentialité 

Tous ces dispositifs sont théoriquement susceptibles d’être piratés. Rien de réellement nouveau. Leur sécurisation s’impose donc, à commencer par le chiffrement des informations transmises et le recours à des mots de passe. C’est le cas dans la grande majorité des solutions évoquées ici. Mieux vaut rester vigilant. 

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Sources http://www.objetconnecte.com/hearables-etude-marche-0311/ http://webdesobjets.fr/objets-connectes-perception-des-francais-et-des-professionnels/