En 2013, Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, avait prévu de mettre en place le service de livraison par drone au cours des cinq années à venir. Nous voici en 2020, et s’il y a une période où nous avons besoin d’un service de livraison volant, c’est bien maintenant. 

Amazon a annoncé cette semaine que leurs entrepôts cesseraient les livraisons de produits non essentiels pour se concentrer sur la forte demande en produits de première nécessité, en raison de la crise du coronavirus. Mais c’est la livraison de médicaments et d’échantillons qui pourrait bénéficier le plus à Amazon, qui d’ailleurs, n’est pas le seul à essayer de développer ce service depuis plusieurs années.

Par ailleurs, s’il y a une chose que le coronavirus a permis de mettre en avant, c’est notre capacité à transporter les produits et biens, et ce peu importe leur taille. Mais ces activités dépendent actuellement entièrement des livraisons par voie terrestre. Ce qui n’est pas sans risques d’engorgements. Mais c’est aussi un travail intensif qui peut être fortement perturbé, lorsque les employés du pays entier sont en quarantaine. 

Alors pourquoi n’est-ce pas déjà chose commune de voir des drones autonomes livrer des médicaments, et échantillons dans les laboratoires, les hôpitaux, et même dans nos jardins ? Nous avons la technologie. Il ne fait aucun doute que Amazon, DJI, Parrot et Animal Dynamics ont des drones capables de se poser sur le toit d’un hôpital, ou au milieu d’un jardin, afin de déposer une cargaison avant de retourner à leur base. 

Ce n’est pas une question de technologie mais d’espace aérien. Au-dessus de nos têtes, les gros avions commerciaux volent dans un espace aérien contrôlé, sauf lorsqu’ils sont très proches des aéroports, mais entre cet espace aérien contrôlé et l’herbe se trouve une partie de l’espace aérien qui n’est pas contrôlée mais utilisée par l’aviation générale, les pilotes privés, les hélicoptères et d’autres (généralement regroupés et appelés aviation générale, ou AG), en utilisant les règles de vol à vue. Les opérateurs de drones veulent partager cette partie de l’espace aérien avec des avions pilotés. Jusqu’à il y a six semaines, l’aviation générale ne voulait pas partager, les événements récents promettent de changer la donne. 

Pour ouvrir notre ciel à l’économie des drones tout en assurant la sécurité des avions avec et sans pilote, il y a deux conditions primordiales : premièrement, les aviateurs et les utilisateurs de drones doivent comprendre que pour avoir une relation harmonieuse, ils ont besoin d’une visibilité électronique sur l’un comme sur l’autre. Malgré la prédominance de la technologie des transpondeurs et des applications iPhone par satellite, aujourd’hui, de nombreux avions d’AG ne peuvent être vus ou suivis par les contrôleurs aériens ou autres organismes intéressés.  De la même façon, les pilotes de drones commerciaux et de loisir, bien qu’ils ne volent que depuis peu de temps, sont de plus en plus réticents à installer des dispositifs d’identification à distance sur leurs drones, ou incorporer des technologies de carte SIM pour faire connaître leur emplacement aux autres.

L’an dernier la question pour la FAA et L’AESA était de s’entendre sur l’utilisation de normes d’identification à distance ou d’UTM (Urchin Tracking Mode). Aucun accord n’a eu lieu. Aujourd’hui, il faut prendre une décision rapidement. Le temps manque et les utilisateurs de l’espace aérien doivent coopérer pour la sécurité de tous. 

Si les cieux doivent se démocratiser pour permettre à tous l’accès à différents services aériens, alors nous devons savoir où ils se trouvent à tout moment — non pas pour pouvoir voir où ils volent ou qui est à bord, mais pour éviter les collisions. 

Deuxièmement, nous avons besoin d’une source fiable d’information — un moyen d’avoir accès à une source unique de localisation actuelle de tous les aéronefs, du plus grand avion de ligne commercial au plus petit drone, sur une seule plate-forme ouverte à tous. Au Royaume-Uni,  Altitude Angel, en collaboration avec le fournisseur de services de navigation aérienne, NATS UK, a développé une plate-forme de contrôle du trafic aérien, évolutive et automatisée. Elle combine les plans de vol des drones avec les appareils de l’AG. En France, en collaboration avec le fournisseur français de services de navigation aérienne, DSNA, Hologuide et Clearance envisagent de mettre en place un système similaire. 

Avec l’aide de la technologie et la mise en place de restrictions pour empêcher les drones d’entrer dans des zones restreintes, nous sommes en passe d’avoir à gérer des milliards de vols de drones par an selon les experts. 

Si tous les pays adoptaient ces plates-formes centralisées au niveau national, afin de combiner les positions de drones et des avions, nous disposerions du point d’information fiable dont nous avons besoin pour gérer et exploiter le ciel en toute sécurité. Ainsi, si Amazon envisage d’aider le monde à fournir des médicaments, des équipements de protection et des tests, il nous incombe de réfléchir davantage à la gestion du ciel, et pas seulement pour les drones. 

 

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