Des milliers de créateurs de contenu sur Twitch affirment avoir vu chuter leurs audiences depuis quelques semaines. Ce recul coïncide avec le déploiement par Twitch d’un nouveau dispositif technique destiné à lutter contre les « viewbots » — ces faux comptes générés pour gonfler artificiellement le nombre de spectateurs ou d’interactions sur un flux.
Faits marquants
- Fin juillet, Twitch avait prévenu ses streamers : le nombre de vues pourrait évoluer dans les semaines suivantes. La plateforme venait en effet de renforcer ses outils de détection des « viewbots », des audiences artificielles et d’autres formes d’interactions jugées frauduleuses. Une stratégie qui semble avoir porté ses fruits… du moins temporairement.
- Selon l’analyste Zach Bussey, une large part des 5 000 plus gros créateurs de Twitch ont depuis enregistré leurs diffusions les moins performantes de l’année. L’audience globale du site aurait, elle, reculé de 5 % à 22 % selon l’heure de la journée.
- Twitch, de son côté, conteste l’analyse de Zach Bussey. La plateforme assure que « l’audience n’est en aucun cas en baisse ou en chute libre » et attribue la polémique à des « informations erronées », issues selon elle de données inexactes provenant de sources tierces.
- Parmi les réactions du milieu, Félix Lengyel — alias xQc, l’un des streamers les plus suivis de Twitch — estime que les créateurs regroupés au sein de collectifs de contenu sont ceux qui ont le plus perdu de spectateurs depuis cette répression. Il met en cause la publicité et d’autres incitations financières qui pousseraient certaines sociétés à gonfler artificiellement les chiffres d’engagement en ayant recours aux viewbots.
- De son côté, Nazar Babenko, analyste chez Steam Charts, souligne l’ampleur du phénomène : plus de 41 000 chaînes Twitch rassemblant en moyenne 50 spectateurs ou plus ont présenté au moins un stream suspect au deuxième trimestre, et plus de 10 % d’entre elles montraient, selon lui, « des signes évidents et persistants de viewbotting ».
- Selon Zach Bussey, la prolifération des spectateurs artificiels aurait coûté « des millions » aux annonceurs, poussant certains d’entre eux à se détourner de plateformes comme Twitch ou Kick — une décision qui touche particulièrement les créateurs de petite et moyenne taille.
- Twitch rétorque qu’un mécanisme distinct permet de détecter le trafic publicitaire invalide, garantissant que ni les annonceurs ne paient pour ces vues frauduleuses, ni les créateurs n’en tirent de rémunération.
- Zach Bussey a toutefois relevé lundi que plusieurs streamers affectés par une baisse d’audience semblaient voir leurs chiffres repartir à la hausse en début de semaine. Un porte-parole de Twitch a tenu à préciser que la plateforme n’avait procédé à aucun retour en arrière : selon lui, les services de viewbotting « travaillent d’arrache-pied pour échapper à la détection et trouver de nouveaux moyens de contourner les systèmes en place ».
Citation clé
« Le viewbotting ne nuit pas seulement aux sponsors ; il sape la confiance dans l’ensemble de l’écosystème, rendant plus difficile pour les streamers authentiques de se faire remarquer et pour l’industrie de se développer de manière durable », a déclaré M. Babenko.
Tangente
Le viewbotting consiste à gonfler artificiellement le nombre de spectateurs d’une chaîne en direct grâce à des outils externes, de façon à donner l’illusion d’une audience plus importante qu’elle ne l’est réellement. Une pratique proche, le follow botting, repose sur des faux comptes programmés pour suivre une chaîne et imiter au mieux des utilisateurs authentiques. Ces manipulations, répandues sur l’ensemble des réseaux sociaux, posent plusieurs problèmes : elles faussent la visibilité des créateurs de contenu organique, donnent une image trompeuse de la popularité d’un compte, offrent un avantage commercial déloyal et, dans la plupart des cas, enfreignent les conditions d’utilisation des plateformes. Les chiffres donnent une idée de l’ampleur du phénomène : une étude de 2018 du site The Information estimait qu’Instagram pouvait héberger jusqu’à 95 millions de comptes automatisés, soit 9,5 % de ses utilisateurs à l’époque. En 2022, TikTok aurait supprimé près de 256 millions de comptes frauduleux. Et Twitch lui-même avait annoncé, en avril 2021, avoir identifié et effacé plus de 7,5 millions de bots destinés à gonfler artificiellement le nombre d’abonnés et de vues.
Contexte clé
Twitch est une plateforme de streaming en direct, principalement dédiée au jeu vidéo, où les créateurs interagissent avec leur audience en temps réel. Fondée en 2011 et rachetée par Amazon en 2014 pour 970 millions de dollars, elle figure aujourd’hui parmi les sites les plus fréquentés au monde : au 1er août, elle occupait la 30ᵉ place du classement mondial, avec environ un quart de son trafic en provenance des États-Unis. Les stars de Twitch comptent des millions d’abonnés : en décembre, les cinq streamers les plus suivis dépassaient tous les 9 millions, dont quatre s’étaient fait connaître grâce à des jeux comme Fortnite, World of Warcraft ou Call of Duty. Le potentiel de revenus est considérable, mais très variable : entre abonnements payants, publicités, dons ou partenariats, certains créateurs engrangent plusieurs milliers de dollars mensuels. La plateforme prélève 50 % du montant des abonnements, ce qui signifie qu’une chaîne avec 10 000 abonnés au tarif minimum peut générer environ 25 000 dollars par mois pour son propriétaire. En 2024, Twitch a déclaré un chiffre d’affaires de 1,8 milliard de dollars, dont plus de 650 millions issus de la publicité — un recul de plus de 8 % par rapport à 2023. La plateforme a par ailleurs perdu plusieurs annonceurs majeurs, parmi lesquels AT&T, JP Morgan Chase et Dunkin’. Une décision intervenue après qu’un collectif de streamers a accusé Twitch de promouvoir du contenu antisémite. Le PDG Dan Clancy a depuis reconnu que certains partenaires limitaient leurs investissements publicitaires sur les diffusions signalées pour des raisons politiques ou liées à des « sujets sociaux sensibles ».
Un article de Mary Whitfill Roeloffs pour Forbes US – traduit par Lisa Deleforterie
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