La globalisation a favorisé la montée en puissance des régions monde capables de répondre aux enjeux multiformes qui se posent sur le plan de la gestion publique. Ce changement paradigmatique marque une étape décisive dans l’évolution des systèmes de gouvernance centralisés, trop lourds administrativement, et qui ne sont plus adaptés pour garantir l’efficacité des politiques publiques. Partout dans le monde, les régions font face à des défis d’une ampleur sans précédent.

Généralement délimitées géographiquement par des faits historiques, ces grands blocs régionaux sont des structures supra-communales destinées à traiter territorialement les grands sujets d’intérêt régional, le plus souvent économiques. Elles sont mises en place pour prendre en compte l’hétérogénéité des territoires et cibler les stratégies de développement. Ces groupements de grande envergure bénéficiant d’une marge de manœuvre assez large, ont besoin d’une vision d’ensemble sur un siècle et non pas simplement de projets de court terme. En effet, la stratégie régionale exige un véritable leadership, qui non seulement propose des projets mobilisateurs mais qui sait trancher à des moments opportuns pour hisser le niveau de développement des régions.

Bien évidemment, les logiques d’un Etat interventionniste sont dépassées pour affronter l’hyper-compétitivité du marché. C’est par une action de proximité, plébiscitée par les forces vives essentielles au tissu socio-économique des territoires, que les stratégies économiques peuvent réussir durablement. Les problèmes liés à la gestion des territoires sont nombreux et la volonté de changement est aussi palpable. Dès lors, il est important de construire de larges consensus politiques pour porter les grands changements et flexibiliser les insultions en y intégrant de nouvelles formules de pilotage. La prospérité des régions dépend, entre autres, de l’aptitude des dirigeants politiques, à diversifier les sources de revenus sans que cela pèse lourdement sur les contribuables, Il est utile de mettre en commun les ressources financières régionales pour accroître les recettes inhérentes à la fourniture de services publics qualitatifs.

Dans un contexte de reconfiguration en profondeur touchant de nombreux pays, les réadaptations de l’architecture organisationnelle de l’institution régionale visent à simplifier le fameux mille-feuille territorial décrié à la fois par les élus, les opérateurs économiques et les citoyens. Deux éléments semblent fondamentaux pour la crédibilisation des régions sont : l’autonomie financière et une politique fiscale incitative.
En France, les politiques de décentralisation successives ont permis de transférer des compétences conséquentes aux collectivités territoriales au fil des années. En revanche, la multiplicité des intervenants à différents échelons suscitent la confusion. Plus récemment, la loi NOTRe (Nouvelle organisation territoriale de la République) adoptée, qui a donné lieu à la création effective de treize grandes régions, cherche à lever ces ambiguïtés et consacre les compétences régionales notamment dans les domaines du développement économique, des transports, de l’emploi et l’aménagement du territoire. Suite à la mise en marche de cette réforme, longtemps combattue par certains barons locaux, la région devient l’orchestre de la politique économique et coordonne l’ensemble des actions territoriales d’appui aux entreprises. Les deux éléments de planification phare de cette réorganisation territoriale, sont le schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires et le schéma régional de développement économique, d’innovation et d’internationalisation qui donne un coup d’accélérateur à l’attractivité des territoires. Ainsi, les régions forment de facto les principaux réseaux-d’appui au cheminement des aides et des mécanismes d’incitations réservées aux entreprises créatrices de valeur territoriale. Le but final étant d’arriver à installer un environnement économique confiant qui soutient les initiatives entrepreneuriales et qui encourage l’innovation.

Les leçons apprises des réformes concordent vers l’importance d’instaurer des instances de dialogue, nourris d’approches participatives, afin d’apaiser les relations entre les différents acteurs dans la chose régionale. Ce sont les déséquilibres territoriaux, le manque de lisibilité et l’incapacité de se projeter qui sont les raisons qui poussent à constituer des régions ayant des compétences correctement articulés. Une répartition régionalisée des espaces augmenteraient les capacités d’intervention, à condition de clarifier les prérogatives attribuées aux différentes structures concernées. Aussi, la qualité des ressources humaines et l’innovation sont indiscutablement le socle de la robustesse des régions au service d’une économie collaborative et ouverte à des secteurs d’avenir. Côté éducation, le plus pertinent est de se diriger vers un système éducatif modulable et une meilleure convergence des universités implantées régionalement et de l’entreprise responsable. Les régions gagneront en efficacité lorsque leurs universités s’internationalisent et accueillent des étudiants venus d’ailleurs.

Des institutions internationales comme la banque mondiale et l’OCDE accompagnent ces mouvements de régionalisation qui facilitent l’atténuation des disparités sociales et territoriales. Notons que certains pays se dirigent vers ce type de stratégies pour dépasser les carences de la gouvernance qui se situent à de multiples niveaux. Plusieurs cas se démarquent, comme le Maroc, qui se cherche un nouveau modèle de développement, et mise sur une régionalisation avancée, mieux coordonnée, qui devient réelle par l’élaboration de contrats programme entre l’Etat et les régions, pour limiter les incohérences territoriales et l’injustice sociale. En inde, malgré un taux de croissance économique élevé, le niveau de vie des populations n’en profite pas suffisamment dans certaines zones du pays. Ce résultat décevant plaide pour une meilleure répartition des richesses et sensibilise les responsables pour appuyer des politiques plus appropriées au niveau régional afin d’atteindre de meilleures performances.

Plus particulièrement dans les pays en Développement qui connaissent pour la plupart une forte croissance démographique et une urbanisation extrêmement rapide, les Etats sont bridés dans leur possibilité d’investir pour satisfaire les besoins colossaux en services de base à destination des populations. Dans ce cas, les Partenariats Publics-Privés, pertinemment négociés et régulés, constituent un instrument alternatif de financement des infrastructures, qui sont le béaba du développement économique et du désenclavement des territoires. Le recours au PPP permet de limiter le déficit d’infrastructures et d’équilibrer les comptes publics tout en bénéficiant d’une certaine expertise technique. Dans ce sens, les investissements dans les infrastructures régionales, à savoir les réseaux autoroutiers, les ponts, les transports collectifs, l’approvisionnement électrique via des énergies propres, les réseaux d’assainissement, les centres de loisirs ou les établissements socio-culturels, stimulent l’économie réelle et génèrent des emplois dans des domaines capitaux comme la construction ou l’industrie, qui débouchent sur des retombées économiques considérables. Construire des infrastructures résilientes alliant l’excellence technique et la performance écologique est absolument nécessaire, et en phase avec le dérèglement climatique qui augmente l’imprévisibilité et la gravité des phénomènes naturels.
L’engagement du secteur privé, en employant une gestion dictée par la rentabilité financière et liée à des objectifs de performance, contribuent progressivement à la solidification des processus de gestion publique et à l’enclenchement des réformes structurelles indispensables à la construction d’une économie saine, transparente et ouverte à la concurrence.

Avec la numérisation qui se massifie, l’enjeu est de créer un paquet de services détaillant les mesures régionales qui offrent aux maîtres d’usages des facilités dans leur quotidien. Cette forme d’harmonisation destinée à enrichir la vie urbaine, peut contenir une solution E-gov qui rapproche les programmes thématiques des gens en leur fournissant des informations sur les démarches administratives ou en leur indiquant les espaces de loisirs et de culture accessibles sur le territoire. Bâtir une Smart Région implique le renforcement des capacités des décideurs régionaux, des acteurs économiques, des milieux de recherches et des citoyens pour avancer ensemble vers la construction d’un modèle holistique. Une Smart région est celle qui construit sa stratégie de croissance sur la base des besoins exprimés par ses résidents et qui donne à chacun une chance de s’épanouir.

Aux Etats-Unis, l’initiative Smart Region, une joint-Venture, formée par la coalition entre les gouvernements locaux, les entreprises, les universitaires, les résidents et les communautés locales plus largement, mène un travail de coordination pour améliorer la qualité de vie dans la Silicon Valley à l’aide d’une approche de ville intelligente. Cette démarche fédératrice s’appuie sur la convergence des univers technologiques et politiques pour relever les challenges de la gouvernance, coordonner les actions et organiser les conditions d’implémentation de stratégies favorables à la création des Smart Cities à une échelle plus régionale.

Dans le continent européen, la région Île-De-France a lancé une plateforme régionale dans l’air du temps, qui fédère les citoyens, les associations, les universités, les pôles de compétitivité et les entreprises pour co-construire en commun l’avenir durable des territoires. Cette innovation sur le plan institutionnel, est le résultat d’une volonté politique ressemblante qui porte l’ambition de devenir la première Smart Région d’Europe. Des services concrets sont d’ores et déjà opérationnels comme « Mon potentiel Solaire » qui accompagne les résidents dans leur transformation énergétique par l’installation de panneaux photovoltaïque, ou le service SmartWork qui est un lieu de rencontre de différentes communautés au niveau de la région. L’ouverture de la Data à tous les potentiels développeurs et la modélisation du territoire, comme outils d’appui à la performance publique, sont les éléments distinctifs de cette politique novatrice.

Les malaises les plus régulièrement exprimés par les populations souffrant de nombreux problèmes, subis à cause d’une gestion territoriale inefficace, appellent à revoir les formes d’action publique et à élargir le spectre des améliorations. On remarque souvent des situations aberrantes qui compliquent le quotidien des gens, comme une forte tension sur le logement en raison d’une mauvaise rencontre de la demande et de l’offre ou une congestion des transports du fait d’un dimensionnement inadéquat. La correction de ces échecs requièrent un outillage au sein des régions, au travers la mise en place d’indicateurs de suivi de la gestion au sein des services techniques, à un niveau plus aggloméré, qui peut prendre la forme d’un tableau de bord régulièrement actualisable et ergonomique, pouvant rendre la compréhension des forces et des faiblesses des territoires plus intuitive, et les interventions plus rationalisées et facilement évaluables. Cette évaluation qui a vocation à opérer des mesures correctives de bon sens, devra poursuivre également des objectifs plus ambitieux sur un horizon raisonnable. Les données offrent aussi les moyens pour responsabiliser les politiques et contrôler leurs actons. Ces outils d’aide à la décision publique, qui commandent une alimentation permanente en propositions émanant des citoyens et des communautés régionales, sont dès lors, incontournables pour garantir la qualité des services rendus à la population. De tout ceci ressort qu’il est urgent que les collectivités territoriales, et à leur tête, les régions disposant d’une forte capacité d’impulsion, puissent proposer une bonne qualité de services à des prix corrects.

A l’avenir, la puissance des Etats s’appuiera sur la force des régions qui deviennent la locomotive du développement des pays. Les régions fortes économiquement peuvent jouer également un rôle dans la diplomatie par le biais de la coopération décentralisée. Néanmoins, pour qu’elles fassent leurs preuves, les régions ont besoin de l’appui de l’Etat au travers non seulement des dotations mais aussi du soutien technique. Afin d’atteindre de tels objectifs, l’attention doit être portée sur la construction d’un écosystème régional puissant et la fabrication de modèles viables de croissance inclusifs. L’implication des entreprises, des corps intermédiaires ainsi que des citoyens résilients, influent la conduite du changement et l’efficience de l’action publique régionale en l’alimentant par des outils probants et éprouvés. Un point important est celui de la formation continue des agents territoriaux pour porter les transformations des régions dotées de nouvelles compétences. La création des laboratoires de recherche sur les régions du futur est une piste pour l’accélération des innovations émergentes sur le plan de la gouvernance territoriale. Ce lieu pourrait abriter des ateliers Living Lab adoptant les méthodes du Design Thinking, qui permettent aux citoyens de trouver des solutions à leur propre problème.

Dans une atmosphère de compétitivité internationale, les grandes régions cherchent à trouver de nouveaux critères de différenciation pour booster leur attractivité économique et leur rayonnement à l’international. En effet, les stratégies de Marketing régional axées sur l’identification des avantages concurrentiels, en plus de la structuration d’une identité territoriale distinctive et d’une image de marque, mènent à l’élaboration d’offres créatives en mesure de répondre aux besoins « des clients » de chaque territoire. Ces démarches qui sont importantes pour la désirabilité des territoires, sont aussi des leviers pour attirer des entreprises de calibre international, créatrices d’emplois qualifiés.

Le chemin parcouru par certaines régions de par le monde est respectable et prouve qu’en changeant de pratique politique, les choses bougent. Les changements institutionnels observables dans plusieurs territoires confirment ce dynamisme des méga-régions. Inventer des Smart Services pour le bien commun suppose de mesurer pour mieux manager. Cela ne sera rendu possible qu’en passant à une décentralisation fabricatrice de Smart régions détentrices de moyens à la hauteur des enjeux et crises que nous vivons.

 

<<< À lire également : Palmarès Des Régions Où Fuir Le Rythme Métro-Boulot-Dodo >>>