Disposant désormais d’une caisse de résonnance non négligeable à l’Assemblée nationale, le chef de file de la France Insoumise, Jean-Luc Mélenchon, lance l’offensive contre le gouvernement et son projet de réforme du code du travail par le biais d’une « journée de mobilisation populaire » sur l’ensemble du territoire, le 12 juillet prochain.

Rendez-vous est pris pour Jean-Luc Mélenchon et ses fantassins de la France Insoumise pour incarner la véritable opposition à Emmanuel Macron. Face à un Front National en proie à des querelles intestines, des Républicains « coupés en deux », et un Parti socialiste amorphe et inaudible, le leader de la France Insoumise et ses troupes disposent d’une occasion unique de faire entendre leur voix sur leur « terrain de prédilection », celui de la grogne sociale. Vent debout contre le projet de réforme du code du travail – les députés estampillés FI ont d’ailleurs brandit ledit code pendant le discours de politique générale d’Edouard Philippe hier après-midi dans l’hémicycle -, Jean-Luc Mélenchon veut sonner le tocsin de la révolte et (re)jouer, en cette journée du 12 juillet, la première manche du sempiternel face-à-face “gouvernement contre rue”. « Je demande à mes amis partout dans le pays d’organiser des rassemblements le 12 juillet, de le proposer aux autres », a souligné Jean-Luc Mélenchon, ajoutant que de son côté, il « battrait le pavé » place de la République à Paris, loin de sa circonscription marseillaise. Un « coup de force social », selon le vocable du fondateur du mouvement de la France Insoumise, qui se fera sans le renfort des syndicats qui ont leur propre calendrier et iront manifester à la rentrée. La CGT a d’ores et déjà coché la case du 12 septembre. « Nous prenons notre part. Les syndicats ont la leur, ils décideront ce qu’ils veulent », a simplement rétorqué Jean-Luc Mélenchon.

Que contient précisément le projet qui suscite l’ire des ouailles du tribun de la France Insoumise et sur lequel le gouvernement veut aller particulièrement vite ? La ministre du Travail, Muriel Pénicaud, met en exergue le changement de paradigme et la nouvelle donne. « On va inventer la rénovation de notre modèle social adapté aux enjeux de notre pays. Le monde change vite : depuis une trentaine d’années il y a eu beaucoup d’évolutions, il y en aura probablement encore plus dans les trente ans qui viennent ». Une volonté louable, et sans doute nécessaire, face à l’urgence d’un chômage toujours plus haut. Néanmoins, la forme – et la procédure accélérée – cristallisent les inquiétudes. « Un emploi sur trois du secteur privé en France est lié à l’international (…) mais il y a aussi des secteurs, des entreprises et donc des salariés qui payent le prix de cette mondialisation et qui ont vu des changements structurels dans leurs domaines, qui ont pu perdre leur emploi », développe la ministre qui juge cette réforme « salvatrice ».

L’épineuse question du CDI de projet

Comme rappelé par Reuters, Le projet de loi d’habilitation est composé de neuf articles, dont cinq portent sur les trois grands blocs de réformes que le gouvernement avait promis de présenter. Dans le détail, il s’agit de la redéfinition de la place des accords de branche par rapport aux accords d’entreprise, la simplification du dialogue social avec la fusion des instances représentatives du personnel (excepté pour les délégués syndicaux) et la sécurisation des relations de travail à travers la mise en place d’un barème encadrant les indemnités prud’homales. D’autres mesures, contestées par les organisations syndicales, s’inscrivent en dehors des trois blocs de réformes et concernent la mise en place de formes particulières de contrats de travail comme le « CDI de projet », un contrat que l’on peut résilier à la fin d’un projet. Ce dernier point est une doléance du Medef et fait résolument office « d’arlésienne » de la part de l’organisation patronale depuis 2004. Ainsi, la durée du contrat de travail n’est pas fixée précisément au départ, elle dépend de l’achèvement de la tâche. De facto, ce contrat n’a pas vocation à être renouvelable.

Cet épineux dossier ne suscite pas vraiment l’adhésion des Français, tout comme la réforme dans son ensemble qui est plutôt accueillie avec une certaine méfiance. Selon une étude ViaVoice pour Libération, 36% des personnes interrogées sont plutôt opposées à cette réforme, contre 31% qui lui sont favorables. 33% des Français disent ne pas connaître suffisamment bien le texte pour se prononcer. Néanmoins, 65% des sondés se disent favorables au référendum en entreprise et 48% se prononcent pour l’introduction de dispositions spécifiques à chaque entreprise dans les contrats de travail. Le désormais célèbre « CDI de projet », susmentionné, est, quant à lui, soutenu par 47% des personnes interrogées. Principal enseignement de cette étude : près de 7 Français sur 10 (68%) estiment que cette réforme profitera surtout aux grandes entreprises et aux actionnaires, et seulement 37% jugent que la loi ira « dans le sens » des chômeurs et aux jeunes qui ont des difficultés à s’insérer sur le marché du travail.

Le Medef sur ses gardes

A l’instar de Jean-Luc Mélenchon et de certains syndicats, le Medef reste sur ses gardes. Pour des raisons diamétralement opposées, cela va de soi. « Il ne faut pas que ce soit comme les fois précédentes où le gouvernement a annoncé des réformes qui se sont traduites par au final très peu de choses », a déclaré Pierre Gattaz, en référence à la loi Rebsamen votée en août 2015 et la loi Travail adoptée en juillet 2016. Le « patron des patrons » plaide également pour une fusion complète des quatre instances représentatives du personnel, incluant le délégué syndical, et souhaite donner à cette instance la possibilité de négocier les accords d’entreprise. « Une nouvelle liberté de négociations » pour le Medef. La guerre des nerfs ne fait que commencer.