Quels sont les défis de l’année 2017 ? Qu’est-ce qui n’est pas dans les scénarii consensuels mais que tous les observateurs ont à l’esprit ? Ces défis que personne ne veut utiliser dans son cadre de référence, il est cependant nécessaire de les analyser pour en comprendre les enjeux.

Le premier porte sur la dynamique du commerce mondial. Celui-ci progresse à un rythme lent depuis l’automne 2011 et son profil est en rupture par rapport à ce qui avait été observé dans toute la période d’après-guerre jusqu’à la crise de 2007. Des menaces protectionnistes ont été récemment discutées pouvant créer un choc négatif sur son évolution. Le deuxième défi est celui associé à l’équilibre politique avec une offensive russe majeure sur le plan diplomatique et des Etats-Unis dont la logique semble changer avec le nouveau président. L’Europe se trouve coincée entre les deux avec, alors qu’elle a besoin d’unité, des tentations nationalistes. Le troisième défi sera d’éviter une contagion vers l’Europe des taux d’intérêt plus élevés aux USA. La BCE va avoir un rôle majeur pour maintenir la croissance de la zone Euro.

Le premier défi porte sur la dynamique du commerce mondial et est dans le droit fil de la campagne menée par le candidat républicain aux élections présidentielles américaines. Pour celui-ci, l’Amérique s’est un peu fait avoir dans la globalisation de l’économie en raison du comportement peu loyal de ses concurrents. L’Amérique aurait ainsi perdu de nombreux emplois notamment dans le secteur manufacturier pour cette raison. Des menaces de droits de douane exorbitants avaient été alors mentionnées, notamment un taux de 45% pour les produits chinois.
La mise en place de telles mesures pourrait se faire rapidement car le président élu pourrait facilement changer la donne via un tweet puis en utilisant ses droits pour mettre en œuvre des mesures fortes sur le commerce extérieur américain (le président peut agir seul, notamment en augmentant les droits de douane si les gouvernements étrangers mettent en place des mesures injustifiables, ce caractère injustifiable étant défini par le gouvernement lui-même).

Trois conséquences rapides et fortes
• Cela créerait un choc négatif sur le commerce mondial. Une hausse des tarifs douaniers affecte négativement les échanges, ce qui aurait un impact durable sur la conjoncture de nombreux pays ;
• Les pays visés par les mesures américaines mettraient très certainement en place des mesures de représailles. Ce serait probablement le cas de la Chine mais aussi des autres pays qui pourraient être visés, et pourquoi pas l’Europe dont le poids dans le commerce mondial est considérable. Cela provoquerait des ruptures dans le fonctionnement de l’économie globale ;
• Dès lors, la chaine de valeur d’un grand nombre de produits serait fragilisée. Un produit est aujourd’hui souvent le fruit d’une coopération entre plusieurs pays de plusieurs régions. L’instabilité nouvelle du commerce mondial serait dommageable pour ces chaines de valeur et sur la capacité à produire ses biens.
Rapatrier dans un pays cette chaine de valeur est long et coûteux, sans garantie de réussite, car le prix du produit qui en résulterait serait nettement plus élevé que celui constaté aujourd’hui.


On ne sait pas a priori si ces phénomènes pourraient être à l’origine d’une récession globale, mais, en tout cas, ils fragiliseraient la conjoncture mondiale de façon durable. Par le passé, je pense à la hausse des tarifs douaniers de 1930 aux USA, des hausses fortes de ces droits de douane ont pénalisé la conjoncture.

Le deuxième défi est d’observer qu’il y a à la fois une offensive diplomatique de Vladimir Poutine notamment en Europe mais aussi un rapprochement de certaines positions du président élu aux Etats-Unis avec les orientations de Moscou.
Les points de vue sont plus proches désormais sur le dossier syrien ou encore sur la course aux armements. En outre, et cela avait été évoqué durant la campagne américaine, il n’est pas certain que le parapluie américain au-dessus de l’Europe fonctionne de la même façon que par le passé. Le président élu ne semble pas vouloir utiliser sa puissance comme par le passé pour sauvegarder l’Europe. Il considère que cette protection n’a plus à être un bien public fourni par les américains.
De la sorte la situation des européens doit être repensée. Il y a d’un côté l’offensive Poutine, à laquelle certains dirigeants européens ne sont pas indifférents, et, de l’autre, la possible fragilité nouvelle du parapluie américain.

De nouvelles opportunités pour les Européens. Dans un environnement instable marqué par les attentats, les européens doivent se donner les moyens de se créer une dynamique politique propre. Ce n’est pas encore le cas et il y a là probablement une opportunité au regard du comportement des deux grandes puissances.
La perception de cette opportunité a probablement changé récemment en Allemagne. L’attentat au marché de Noël à Berlin indique que l’Allemagne peut être une cible des terroristes et que, de ce point de vue, il est probablement nécessaire de définir à Berlin et/ou à Bruxelles les éléments de lutte contre cette instabilité. Par ailleurs, la Chine ciblée par le président élu aux USA porte aussi en elle un changement d’attitude de l’Allemagne vis-à-vis des Etats-Unis. La Chine est un marché considérable pour l’Allemagne obligeant ainsi les allemands à prendre leur distance vis-à-vis de Washington.
Le nouvel équilibre entre les Etats-Unis et la Russie pourrait profiter aux européens s’ils font preuve d’une grande détermination politique. On peut surement compter sur Angela Merkel mais il lui faudra son allié français pour réussir.
En d’autres termes, l’Europe peut profiter du nouvel équilibre global mais pour cela elle doit définir un cadre homogène et ne pas être tentée par les sirènes du nationalisme et du protectionnisme. La complexité de la situation européenne va se lire et s’observer très rapidement avec les élections aux Pays-Bas et en France au printemps prochain. L’enjeu est de pouvoir tirer son épingle du jeu dans un cadre politique nouveau à l’échelle de la planète. L’Europe a besoin d’être unie et l’on voit bien les difficultés du Royaume-Uni à faire face au défi du Brexit puisque, désormais, les britanniques devront agir seuls.

Le troisième défi est financier après le changement d’allure des taux d’intérêt depuis la fin de l’été. Une première explication est le retour durable en territoire positif de l’inflation au sein des pays industrialisés. La stabilisation du prix du pétrole un peu au-dessus de 50 dollars le baril en est la raison. Ensuite, il y a eu la hausse des taux d’intérêt américains après la victoire républicaine aux élections présidentielles américaines le 7 novembre. L’accélération à la hausse s’est propagée en Europe. Il ne faudrait pas que cette contagion soit durable en raison de la conjoncture européenne qui serait fortement fragilisée par cela. C’est pour cela que la BCE a prolongé son opération d’apport de liquidités lors de sa réunion du 8 décembre. Elle veut pouvoir maintenir des taux d’intérêt bas pour faciliter la croissance. Depuis La réunion de la BCE, l’écart de taux d’intérêt entre les USA et la zone Euro a eu tendance à s’élargir. D’environ 150 points de base depuis la mi-2015, cet écart est de l’ordre désormais de 220 points. En d’autres termes, le taux américain à 10 ans était à 2.44% le 31 décembre alors que le taux de référence en Allemagne sur la même échéance était de 0.21%, soit un écart de 223 points de base. Il est souhaitable que cet écart puisse éventuellement s’accroitre pour ne pas peser sur la conjoncture du vieux continent. Cela reflèterait la différence de conjoncture entre les USA où la baisse des impôts attendue pour 2017 redonnera de la vigueur à la demande interne privée, tout en rééquilibrant le rôle des politiques monétaire et budgétaire. En zone Euro, tel n’est pas le cas car la politique budgétaire restera neutre, et la politique sera, en conséquence, le seul support pour une demande interne privée plus robuste. Il est en conséquence important que la BCE ait la possibilité d’agir. L’écart supplémentaire des taux d’intérêt se traduira par un euro durablement plus faible. Ce serait la meilleure option pour retrouver une conjoncture plus solide en Europe.

Ces trois défis sont de nature différente mais leur vraisemblance s’est nettement accrue avec l’élection de Donald Trump aux USA. C’est ce point qui change en raison du poids économique et politique des Etats-Unis. Les équilibres qui existaient sont en train de changer rapidement. Il faudra être agile pour y faire face et en limiter le risque sur l’économie globale. C’est au regard de ces nouveaux éléments que l’année 2017 sera importante et sûrement plus complexe à appréhender que ne l’a été 2016.