Comme on pouvait s’y attendre, Theresa May a réchappé de la motion de défiance du mercredi 16 janvier. Les marchés sont restés imperturbables, et la livre sterling a augmenté de 0,1% pour se hisser à 1,2866 $. Les rendements des gilts du gouvernement britannique se sont également maintenus, mais le calme du marché cache la tempête à venir. La victoire de Theresa May ne change pas la situation, et le Royaume-Uni se dirige toujours vers un Brexit « dur » le 29 mars.

 

L’alternative d’une élection générale précoce est désormais écartée. La stratégie du Parti travailliste consistant à rejeter l’accord proposé par le gouvernement et à imposer les élections générales a très mal tourné, grâce aux talents politiques de Theresa May. Après le rejet de sa proposition d’accord mardi soir, elle a défié le leader de l’extrême gauche du Parti travailliste Jeremy Corbyn de lancer une motion de défiance, qu’il n’a eu guère d’autre choix que d’accepter. Après tout, ne pas remporter un vote de défiance dissuade de réessayer, surtout après avoir infligé la pire défaite de son histoire au gouvernement.

Jeremy Corbyn semblait penser que même en perdant ce vote, il pourrait encore menacer d’en convoquer d’autres, ce qui viendrait à dérailler les tentatives du gouvernement de conclure un bon accord sur le Brexit. Mais pour remporter un vote de défiance, les Travaillistes ont besoin de l’appui des partis minoritaires. Le 16 janvier, les leaders des quatre plus grands partis minoritaires ont écrit une lettre au chef travailliste pour lui demander de soutenir un deuxième référendum. Il semble peu probable que ces partis appuient d’autres votes de défiance.

La victoire de la Première ministre est donc une défaite significative pour le leader du Parti travailliste. Il lui reste peu d’espoir de devenir Premier ministre avant les élections générales prévues en 2022. Cela peut également expliquer le calme des marchés, soulagés que le risque d’un gouvernement d’extrême gauche ait été éloigné. Nigel Green, directeur de DeVere Group, explique : « Cette victoire pour Theresa May éliminera ponctuellement le risque qu’une élection générale soit déclenchée, éliminant donc l’arrivée d’un nouveau gouvernement travailliste. »

 

Un sentiment général d’un Brexit « doux » devient plus probable qu’un Brexit « dur ». Selon Nigel Green, les perspectives pour les actifs sont plus belles : « La livre sterling, l’indice FTSE et les actifs financiers britanniques devraient se mobiliser au moins à court terme. En effet, sur la base de ces dernières évolutions, la plupart des scénarios favorisent la livre sterling et les stocks britanniques puisqu’ils sont actuellement sous-évalués. Je crois qu’il y a maintenant plus d’opportunités que de risques pour le sterling et les actifs. »

L’acharnement du marché semble aussi découler de l’appel de Theresa May pour une coopération entre les partis dans sa déclaration au Parlement, après le vote de défiance. Sa proposition, qui visait à concilier les intérêts contradictoires des « Brexiters » durs et doux du Parti conservateur, a été rejeté catégoriquement par le Parlement. Beaucoup voyaient l’invitation de la Première ministre à la discussion comme un signal d’un Brexit plus doux, ou même inexistant.

 

Il est possible que les marchés aient encore une fois mal compris les intentions de Theresa May. L’objectif de sa déclaration était bien de retenir Jeremy Corbyn, de la même manière que lorsqu’elle l’a défié de provoquer la motion de défiance, qu’elle savait gagnée d’avance. Elle lui a maintenant proposé de l’aider à conclure une entente sur le Brexit, qui, s’il fonctionne, pourrait permettre aux Conservateurs de garder le pouvoir très longtemps. Si le leader travailliste refuse la proposition, il n’agit pas dans l’intérêt national. C’est du moins ce qu’a laissé entendre la Première ministre. S’il accepte en revanche, il pourra dire adieu à ses espoirs électoraux.

Cette fois-ci, Jeremy Corbyn a refusé la proposition. Il a refusé de rencontrer Theresa May jusqu’à ce qu’elle « écarte l’idée d’un Brexit « dur ». » Il s’agit là du talon d’Achille de cette dernière : elle ne peut écarter le Brexit « dur ». Cela reviendrait à séparer son propre parti et à contrarier le Parti unioniste démocratique duquel son gouvernement dépend. Cela pourrait également éliminer ses chances d’entraîner le Parlement à voter pour l’une de ses propositions. Le Brexit « dur » est l’initiative par défaut. Le seul moyen d’écarter cette motion serait de révoquer l’Article 50 du traité de Lisbonne. Theresa May ne peut pas accorder à Jeremy Corbyn ce qu’il souhaite, et il n’acceptera son invitation que si elle capitule. Une véritable impasse pour le gouvernement britannique.

Le Brexit a toujours été au premier plan de la politique du Royaume-Uni. A cet égard, les victoires ou défaites de Theresa May n’ont rien changé. Le Parti conservateur désire garder le pouvoir, et le Parti travailliste veut tout autant l’acquérir. Pour les deux forces politiques, la prise de pouvoir est plus importante que la forme que le Brexit prendra. Les chefs de partis ont montré qu’ils utiliseraient tous les moyens à leur disposition pour obtenir ce qu’ils veulent, y compris risquer un Brexit « dur » . La tentative de Jeremy Corbyn de forcer une élection générale anticipée en votant contre chaque accord proposé par le gouvernement accentue le risque d’un Brexit « dur » tout autant que la décision de la Première ministre de jouer la montre. Pendant ce temps, le Parlement est divisé en factions, incapables de s’entendre.