En première ligne depuis l’attribution des Jeux Olympiques 2024 à Paris, Laura Flessel, elle-même double médaillée d’or olympique et, aujourd’hui ministre des Sports, veille à la bonne tenue de l’organisation de cet événement planétaire. Budget, infrastructures, héritage, sport féminin… l’ancienne championne d’escrime pose les jalons de Jeux « sobres », mais empreints du « savoir-faire français ».

Aujourd’hui ministre des sports, vous fûtes également une championne d’escrime accomplie (cinq médailles olympiques dont deux en or) et vous avez œuvré à la démocratisation de la discipline. Que représente pour vous, à titre plus personnel que politique, la tenue des Jeux à Paris ?

Tout d’abord, il s’agit d’un événement planétaire que nous souhaitons depuis 100 ans (les précédentes olympiades à Paris datant de 1924, ndlr). Le sport a bien sûr une dimension festive, mais également diplomatique et de fortes retombées économiques. Il contribue à faire rayonner le pays à l’international. J’ai eu la chance de participer à cinq éditions des JO en tant qu’athlète et mon rêve était de vivre cela devant mon public et dans mon pays. Mais comme l’ensemble des Français, j’aurai la chance et le privilège de vivre les jeux en France dans six ans. Ces Jeux Olympiques sont une occasion unique de proposer à plus de 4 milliards de téléspectateurs, une vitrine du savoir-faire français, qu’il soit sportif ou culturel. L’occasion  aussi de véhiculer un message de paix, valeur cardinale des Jeux, comme ce fut notamment le cas à Pyeonchang, en Corée du Sud, lors des derniers JO d’hiver où les deux Corées, du nord et du sud, ont défilé ensemble afin de symboliser un premier rapprochement diplomatique. Mais gardons à l’esprit que la France sera là pour gagner. J’espère entendre à maintes reprises la Marseillaise lors des podiums et voir nos athlètes récolter un grand nombre de médailles. J’ai d’ailleurs confié à Claude Onesta une mission sur la haute performance avec comme objectif 80 médailles. Les Jeux sont aussi une opportunité afin d’accroître l’attractivité économique de la France. Ils représentent un impact économique de 10,8 milliards d’euros (selon la fourchette haute de l’évaluation du Centre de droit et d’économie du sport de Limoges, ndlr). Le pays tout entier sera impliqué dans cet événement qui n’est pas uniquement porté par Paris et la Seine-Saint-Denis mais aussi par nos territoires. De ce point de vue, les Jeux vont commencer bien avant 2024. Le sport est, à mes yeux, un vecteur inclusif qui permet de réduire les inégalités dans la vie de tous les jours. Chaque Français doit se reconnaître dans cette candidature !

A l’intérieur du projet de loi olympique, porté par vos soins, figurent notamment des mesures de transparence financière, « véritable enjeu national » selon vos propos. De quoi s’agit-il ?

La transparence financière est l’une des conditions sine qua non de la réussite de ces Jeux. Nous devons aux Français une transparence totale sur l’utilisation de l’argent public, afin qu’ils puissent contrôler la qualité des investissements publics consentis au titre des JO. Nous avons donc introduit notamment dans la loi olympique un certain nombre d’obligations sur la transparence et le contrôle, avec un rôle donné à la Cour des comptes.

Cela va-t-il permettre de prémunir les JO de Paris contre toute forme de dérapage et explosion de l’enveloppe budgétaire, sorte de « tradition olympique », comme en attestent les exemples récents de Sochi ou Tokyo ?

Le Président de la République et le Premier ministre sont attachés à ce que ces Jeux respectent les engagements pris devant les Français. Dès ma prise de fonction, nous avons lancé une inspection, de concert avec les équipes du ministre de l’Action et des Comptes publics. Cela nous a permis de déceler plusieurs points de vigilance. Néanmoins, je récuse le terme de « dérapage » : l’objectif était bien d’avoir un diagnostic clair très en amont. Forts de ce premier tour d’horizon, l’idée a été, avec le délégué interministériel aux Jeux, Jean Castex, de réunir tous les élus, et de voir comment nous pouvions répondre point par point aux risques qui ont été pointés par la mission d’inspection. Notre objectif est simple : respecter bien évidemment les délais, maîtriser les coûts, et construire aussi des équipements qui s’inscrivent dans la durée. C’est toute la logique de l’héritage.

Quels sont les points d’alerte que vous évoquez ? Le centre aquatique de Seine-Saint-Denis, pas encore sorti de terre, mais dont certains experts pointent un écart très important entre le financement public prévu – 108 millions d’euros – et une évaluation du coût qui pourrait dépasser les 260 millions d’euros ?

Je le répète. Nous serons extrêmement vigilants sur la programmation et le calendrier des tâches à accomplir pour ne pas dépasser les coûts. Ce ne seront pas des Jeux low-cost mais nous resterons dans une forme de sobriété financière. Nous regardons attentivement la situation et, s’il y a des choses à revoir pour tenir le budget, nous serons attentifs aux propositions des uns et des autres. Il est hors de question d’être dans l’excès. La « double inspection » que je vous évoquais fait typiquement partie de la « proaction» que nous appelions de nos voeux, tout comme le fait de travailler en bonne intelligence avec les élus. De plus, les JO sont dans six ans et les infrastructures se doivent d’être pérennes et ne doivent pas être obsolètes après les Jeux.

Qu’entendez-vous par des « Jeux sobres » ? Les paillettes ne sont-elles pas justement l’apanage d’événement planétaire de ce type ?

Des « Jeux sobres » n’excluent pas les feux d’artifice, si j’ose dire. Le savoir-faire français pour accueillir ce type d’événements est reconnu. Je crois qu’on a tous en tête les images magnifiques des Jeux d’Albertville ou de la Coupe du monde de football en 1998… Cela n’a rien d’incompatible avec la nécessité de respecter la feuille de route et d’avoir des Jeux écologiques, de partage, qui nous laissent un héritage structurel. Nous devons travailler durant les six années devant nous pour réussir à accueillir, dans les meilleures conditions, ces Jeux Olympiques.

Qui de l’héritage et de l’utilisation des infrastructures après les JO ?

L’héritage ne se résume pas uniquement aux infrastructures. Cela permettra aussi de développer les territoires. L’héritage que nous entendons laisser concerne également la pratique sportive. Le président de la République a fixé l’objectif de 3 millions de pratiquants supplémentaires. Cela passe par de la pédagogie, de l’accompagnement…et cela commande de construire, avec toutes les parties prenantes du sport, des parcours sportifs tout au long de la vie, en travaillant notamment sur la prévention des moments de décrochage de la pratique aux différents âges de la vie, ainsi que sur les questions de mobilité et d’accessibilité aux personnes en situation de handicap. Aujourd’hui, parmi les 14millions de licenciés sur le territoire, nous avons plus de 90 000 licenciés en situation de handicap. Enfin, je suis particulièrement attachée à l’insertion et à la réinsertion. Souvent, les sportifs, au crépuscule de leur carrière, sont oubliés. La reconversion peut s’avérer très difficile. Et à ce titre, l’insertion professionnelle peut être une réponse.

Autre initiative visant à promouvoir la pratique, la fête du sport qui se tiendra du 21 au 23 septembre prochain. Pouvez-vous nous en dire un mot ?

La pratique sportive a énormément évolué ces dernières années, nous devons être à l’écoute des Français. A l’instar de la Fête de la musique, j’ai voulu mettre sur pied un rendez-vous incontournable et populaire : la Fête du sport, à travers toute la France, aussi bien dans les villes que dans les villages…L’idée est de mettre le sport au coeur des territoires. Il s’agit de permettre à tout un chacun de découvrir, de voir, de se rapprocher et, pour certains, de redécouvrir la pratique sportive : de « donner le goût à ». Découvrir le golf, faire du trampoline dans les rues….

En tant que ministre, que mettez-vous en œuvre pour promouvoir le sport féminin ?

En quatre ans, la part du sport féminin dans les médias est passée de 7%à 20%. Il y a trois ans, avec Christine Kelly — alors au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA)—, nous avions lancé une initiative baptisée « Les 24h du sport au féminin ». Par la suite, Nathalie Sonnac—également au CSA—a créé « Les Quatre Saisons du sport féminin ». Le 5 février dernier, j’ai lancé l’opération « Sport féminin toujours »—en partenariat avec le CSA et avec le secrétariat d’Etat à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes — afin de continuer à mobiliser l’ensemble des diffuseurs d’événements sportifs. Par ailleurs, j’ai mis en place le 5 septembre dernier avec Marlène Schiappa, secrétaire d’Etat à l’Egalité entre les Femmes et les Hommes, la Conférence permanente du sport féminin afin d’accompagner la transformation et une meilleure revalorisation du sport féminin. Notre feuille de route en la matière se décline en quatre thématiques : le développement de la pratique, l’économie du sport au féminin, la gouvernance et enfin, la médiatisation de la pratique. Et le sport féminin plaît aux Français : en attestent les 4 millions de téléspectateurs pour la finale des championnats du monde de handball féminin. Nous accueillerons en 2018 les championnats d’Europe de handball féminin et en 2019 la Coupe du monde féminine de football : il nous faut être à la hauteur