On peut donner crédit au gouvernement actuel d’avoir changé de braquet pour atteindre les objectifs fixés par les accords de Paris et la neutralité carbone en 2050. Les moyens financiers pour massifier la rénovation et améliorer l’efficacité énergétique des bâtiments sont bien là. Les esprits critiques objecteront que les 2 milliards du plan de relance affectés à l’aide phare de l’État pour les ménages, MaPrimeRenov’, ne sont rien d’autres qu’une réaffectation du budget initialement alloué au Crédit d’impôt sur la Transition Énergétique (CITE). Il n’en reste pas moins qu’étendre ce dispositif sous forme de prime forfaitaire à tous, propriétaires occupants comme propriétaires bailleurs, ainsi qu’aux syndicats de copropriétés, et permettre de la combiner avec les Certificats d’Économie d’Énergie, soit 4 milliards d’euros supplémentaires injectés, va dans le bon sens. Les militants de la cause sociale et environnementale ne peuvent que se féliciter de l’ambition du gouvernement.

 

Les finances sont là ; les derniers freins sont opérationnels.

Les derniers freins sont moins d’ordre financiers, ni même juridiques. Ils sont opérationnels… avec un grand risque : entamer sérieusement la confiance des consommateurs et des professionnels. Car des craintes fondées émergent, notamment au regard de l’exemple allemand qu’une fois n’est pas coutume, nous serions bien avisés de ne pas suivre. Tel un canard sans tête, l’État n’avancerait-il pas à l’aveugle en finançant une politique qui, au mieux, n’aurait qu’un impact écologique et social limité ? Elle n’aurait pas plus d’effets sur le niveau des charges dues par les ménages. En cause, notamment, la hausse du coût de l’énergie ou encore « l’effet rebond » constaté chez nos voisins d’Outre-Rhin, c’est-à-dire l’augmentation de l’utilisation d’un équipement suite à la diminution de son coût. Le décalage entre le volume d’économies d’énergie estimé en amont des travaux et les économies d’énergie réelles réalisées est également pointé.

Sobriété et performance énergétique : la combinaison gagnante.

Pour que la France ne tombe dans le même écueil, il s’agit de sortir de la logique des travaux « par étape » et de la politique du chiffre à partir de laquelle s’est structurée la filière depuis 10 ans. Favorisons les rénovations globales, en incitant les ménages à réaliser des bouquets de travaux, garantis contractuellement dans leur efficacité, en s’appuyant notamment sur les méthodes de l’économie circulaire. C’est le cap que semble suivre à raison le gouvernement, malgré l’avis de tempête. Le contexte économique et social n’est en effet guère propice au financement de rénovations si ambitieuses.

C’est la raison pour laquelle le pari de la sensibilisation des ménages et des entreprises à la sobriété énergétique combiné à la garantie de performance énergétique des travaux permettra des économies réelles pour tous les consommateurs.  Celles-ci ouvriraient ainsi une capacité d’emprunt d’un montant équivalent.

Deux priorités : faire progresser l’ingénierie financière et mieux valoriser le savoir-faire artisan

C’est donc bien l’ingénierie financière qu’il faut faire évoluer. La création des Certificats d’Économies d’Énergie a été un premier pas permettant la « labellisation » d’acteurs capables de concevoir des offres de travaux simples, de plus en plus complets, avec un reste à charge quasi nul. Une autre étape a été franchie par la loi de transition énergétique pour la croissance verte, donnant l’autorisation à des Sociétés de Tiers Financement de pallier la carence des banques traditionnelles en ce domaine. Pourquoi, comme l’a suggéré récemment France Stratégie, ne pas aller plus loin encore, en créant “des guichets uniques » à partir d’opérateurs publics ou privés, ensembliers et tiers de confiance. Ils seraient sélectionnés par les autorités publiques pour leur capacité « à faire », c’est-à-dire à proposer tout à la fois un diagnostic de performance énergétique, la rentabilité anticipée de l’opération, la réalisation des travaux et une solution de financement globale, intégrant subventions publiques et prêts. Ces structures seraient également à même d’accompagner, notamment dans leur formation, les artisans, maillon indispensable pour la réussite d’une politique de rénovation ambitieuse.

Ce n’est qu’à ce prix que la proposition de la “Convention Citoyenne pour le Climat” de rendre obligatoire la rénovation énergétique globale des bâtiments d’ici 2040, pourra devenir réaliste. L’opportunité du projet de loi, qui devrait être présenté en décembre au Conseil des Ministres pour mettre en musique les propositions citoyennes, arrive à point nommé.

Marina Offel, Responsable stratégie d’Hellio

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