Macron, combien de divisions ?

Toutefois, la démarche, aussi novatrice soit-elle, ne peut raisonnablement s’affranchir des « us et coutumes » de la politique. Dans sa quête élyséenne, Emmanuel Macron aura besoin de solides appuis, lui qui revendique une cinquantaine de parlementaires à ses côtés. Soutien de la première heure, Richard Ferrand, député du Finistère, a vu sa fidélité récompensée en devenant, il y a deux semaines, secrétaire général de l’organisation. L’ancien rapporteur de la loi Macron a appris à cerner la personnalité de l’ancien conseiller de François Hollande durant ces longues heures passées ensemble dans le cadre de l’examen de la loi. « J’ai particulièrement été séduit par sa bonne compréhension de l’époque et sa volonté de constituer une offre nouvelle ». Et de souligner le positionnement « transpartisan » du mouvement. « En six mois nous avons insufflé une véritable dynamique et nous nous sommes retrouvés en phase avec d’autres sensibilités ».

Pour Richard Ferrand, aucun doute : son champion incarne « plus qu’une alternance, une alternative ». Une antienne bien connue des centristes et qui pourrait expliquer, selon Richard Ferrand, la « fébrilité » et la virulence de François Bayrou à l’encontre d’Emmanuel Macron. « Bayrou craint que Macron ne réussisse là où lui-même a toujours échoué à savoir rassembler au-delà des clivages partisans. Il s’agit du dernier râle d’un homme politique en fin de course ».


Une analyse partagée par un autre élu de terrain, Arnaud Leroy, député des Français de l’étranger. « François Bayrou est un homme isolé qui n’a rien su faire de ses 18% de 2007 et qui pense être le seul détenteur d’une ligne politique centre gauche / centre droit en France. On dirait qu’on lui a volé son cartable », souligne, malicieux, le député qui estime, dans un autre registre, que le discours d’Emmanuel Macron parle aux Français de l’étranger qu’il représente, notamment en ce qui concerne la politique européenne que l’ancien ministre appelle à refonder via la tenue de conventions démocratiques. « Ils sont attentifs à ce discours puisqu’ils vivent le monde et l’Europe au quotidien car ce sont eux les étrangers là ils se trouvent », souligne-t-il.

La question européenne est également fondamentale pour Sylvie Goulard, députée européenne issue…du MoDem de François Bayrou qui a fait récemment état de sa volonté de se mettre « en marche », se montrant dithyrambique à l’égard d’Emmanuel Macron. « Il y a assez peu d’hommes politiques en France qui sont à ce degré de compétences et d’aisance sur la scène internationale », témoigne-t-elle. Accusé par certains « d’aller dans le sens du vent », la députée se défend. « Personnellement, je n’ai jamais dévié de ma ligne directrice, les thématiques européennes m’ont toujours intéressées. Comme Emmanuel Macron, je pense qu’il faut accorder une importance capitale à la relation franco-allemande et je me retrouve sur ce positionnement ». Et d’ajouter « je pense que notre pays a également besoin de renouvellement ».

Dans l’ombre

Outre ces soutiens « dans la lumière », l’ancien ministre de l’Economie dispose, à ses côtés, d’une garde rapprochée totalement dévouée à sa cause. « Il a un fonctionnement très personnel », témoigne un cadre du mouvement. Ainsi, l’ancien banquier d’affaires a embarqué dans l’aventure En Marche! les plus éminents membres de son équipe à Bercy, en l’occurrence Alexis Kohler (qui doit néanmoins prochainement quitter le mouvement) et Julien Denormandie, respectivement ex-directeur de cabinet et directeur adjoint d’Emmanuel Macron. Ces deux hauts fonctionnaires ont l’oreille du fondateur d’En Marche! auquel ils distillent leurs conseils. De son côté, Grégoire Potton, ancien directeur de cabinet de Thierry Mandon à l’Enseignement supérieur, est davantage chargé de gérer les affaires courantes du mouvement, installé depuis fin septembre au 14e étage de la tour Montparnasse – un espace déjà devenu trop exigu pour les desseins d’Emmanuel Macron. Autre « conseiller de l’ombre » des plus influents, Ismaël Emelien, passé par Havas, « spin-doctor » et stratège en chef du futur candidat Macron.

Comme dans tout « parti politique  qui se respecte », la coordination avec les élus afin de récolter les précieux parrainages dans la perspective de l’élection présidentielle échoit à Stéphane Séjourné, conseiller parlementaire. Le porte-parolat du mouvement est assuré par Benjamin Griveaux, tandis que les plumes Quentin Lafaix et David Amiel s’affairent également en coulisses. Enfin, Sylvain Fort, ancien de BNP Paribas, verrouille la communication d’Emmanuel Macron, épaulé par Sibeth Ndiaye. Certains conseillers communiquant via l’application de messagerie instantanée ultrasécurisée « Telegram » dont les messages sont chiffrés, ce qui signifie que personne d’autre que leur expéditeur ou leur destinataire ne peut les lire. Signe que la discrétion est de mise à l’heure où Emmanuel Macron met la dernière main à son programme, dont il a dévoilé les grandes lignes la semaine dernière, avant de réunir ses troupes le 10 décembre prochain à l’occasion « d’un grand rassemblement ». (Ci-dessous extrait d’un mail adressé aux adhérents intitulé « plus de temps à perdre »)

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Du côté des finances, c’est Christian Dargnat, ex-directeur de BNP Paribas Asset Management, qui est à la baguette et préside l’association de financement d’En Marche!. Le mouvement revendique officiellement 6 400 donateurs pour 2,7 millions d’euros récoltés, comme évoqué en préambule. Quid d’Emmanuel Macron dans ce dispositif ? Le fondateur du mouvement se rend « quasi tous les jours » au QG où il consulte et reçoit beaucoup dans son bureau équipé de deux portes d’accès, permettant à ses visiteurs successifs de ne pas se croiser si besoin en était. Il a notamment reçu le conseiller spécial et intime de François Hollande, Bernard Poignant, au début du mois d’octobre dernier. Signe que les relations avec le président de la République, polaires durant la quinzaine qui a suivi son départ de Bercy, ne sont pas totalement rompues.

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