L’essor des nouvelles technologies dans le secteur juridique interroge sur l’évolution du rôle de l’avocat.

Le rapport du BCG publié l’année dernière tente de mesurer l’impact potentiel de la technologie sur le modèle des cabinets d’avocat. Plus récemment, la prise de parole de Mark Cohen, l’un des auteurs les plus influents sur la scène juridique internationale, devant le Barreau National allemand est riche d’enseignement.

La technologie pour corriger un problème de distribution

Mark relève, à propos du marché américain, que “le droit souffre d’un problème de distribution”. On peut faire la même observation en France : une part significative des avocats est “sous-employée” ou “sous-utilisée” avec un revenu mensuel moyen d’un collaborateur oscillant entre 1500 et 1700 € nets (Observatoire du CNB). Parallèlement, de très nombreux usagers du droit demeurent démunis face au juridique en général et à l’accès au services juridiques en particulier. Rappelons que plus de 80% des français jugent difficile de trouver un bon avocat à un prix abordable, d’après un sondage OpinionWay pour Avostart (2015).

Selon Mark, “les outils existent pour corriger ces inégalités”. Ils sont liés au numérique mais pas seulement. A l’heure actuelle, ce sont surtout les nouveaux modèles de fourniture digitale de prestations de services juridiques qui changent la donne.

Vers l’avènement d’un “legal entrepreneur” ?

Les fondamentaux de l’activité juridique, c’est-à-dire la pratique du droit, n’ont pas véritablement changé. C’est la façon de pratiquer le droit qui est affecté de manière structurelle  : un constat qu’on retrouve dans le rapport Haeri sur l’avenir de la profession d’avocat en France. Quel est le sens de cette évolution ?

Le cabinet d’avocat n’est plus nécessairement l’unité de base du marché du droit. Il ne s’agit plus de pratiquer le droit au sens strict mais d’organiser la prestation de services juridiques. C’est un modèle de service centré sur le client, disponible 24/24, optimisé technologiquement et sur le plan du processus, collaboratif, moins coûteux, plus agile. Le marché des services juridiques se construit autour d’un tryptique nouveau de compétences : un volet juridique bien sûr, mais également un volet technologique et une dimension process/project management. C’est l’avènement de ce que Mark appelle “l’âge d’or du legal entrepreneur”.

L’avocat et son métier : “back to basics”

La nouvelle pratique juridique qui se dessine implique une évolution des activités de l’avocat.  Plus collaboratif, s’appuyant davantage sur la technologie, l’avocat le volume de ses activités secondaires se réduire (recherche juridique, tâches documentaires, gestion de pièces, démarches administratives, etc.) grâce à des outils permettant leur automatisation et numérisation.

Dans ce contexte, l’avocat se recentre sur son coeur de métier. Il analyse des données et fournit son analyse stratégique et son point de vue d’expert. Mark relève, de manière optimiste, que la technologie et l’Intelligence Artificielle constituent de nouveaux outils qui permettront aux avocats de remonter sur la chaîne de valeur.

L’évolution du marché du droit va de pair avec l’émergence de nouvelles opportunités pour l’avocat. L’enjeu est double : proposer une offre juridique plus centrée sur les besoins réels des clients et assurer le développement de l’activité juridique.  L’avocat de demain devra pour cela acquérir de nouvelles compétences : “le nouveau métier du droit ne sera pas uniforme mais une mosaïque de formations, compétences et trajectoires différentes.” Un point de vue que nous partageons chez Legalstart !

 

Propos recueillis par Malo de Braquilanges lors des échanges entre Mark Cohen et les fondateurs de Legalstart.fr à Paris en mai 2017. Mark est l’un des principaux influencers sur la scène juridique internationale et consultant dans le domaine juridique. Basé aux Etats-Unis, Mark est un expert des technologies appliquées au droit.