Salariés en quête de sens, phénomènes de burn-out ou bore-out, méfiance grandissante dans les institutions et en particulier envers les entreprises. Autant de signaux marquants qui questionnent le modèle le plus courant des organisations, pyramidales, silotées, sans raison d’être claire pour guider leurs activités. Un modèle qui semble ainsi à bout de souffle, né au début du 20e siècle et adapté à son contexte ; or celui-ci a radicalement changé. S’il y a urgence de réinventer les modèles d’organisation – mon thème de recherche 2018 -, c’est que 4 évolutions majeures bouleversent notre société contemporaine.

 

Nouveaux talents, tout d’abord. On s’attarde trop souvent sur les attentes des nouvelles générations vis-à-vis du monde du travail, mais celles-ci ne diffèrent pas toujours des précédentes. Prenons l’exemple de l’aspiration à davantage d’autonomie : celle-ci a déjà fleuri dans les années 70 avec l’autogestion. Non, ce qui change la donne, c’est tout simplement leur niveau de formation : quand à peine 1% d’une classe d’âge avait le bac en 1900, c’est aujourd’hui près de la moitié d’une classe d’âge qui est diplômée du supérieur. Ainsi, plus le temps passe et plus les entreprises perdent à ne pas utiliser au maximum les compétences étoffées de leurs jeunes salariés, et à ne pas les associer plus largement aux prises de décisions. Car ils en sont capables !

Nouveau contexte économique, ensuite. Tout au long du 20e siècle, les entreprises ont été de formidables machines à transformer des atomes, c’est-à-dire fabriquer des produits ou gérer des services physiques, en utilisant de l’information pour coordonner les processus. Mais aujourd’hui, avec la révolution numérique, c’est l’inverse : les entreprises doivent devenir des machines à transformer de l’information, par exemple des besoins clients émergents en expériences convaincantes – quitte à parfois mobiliser quelques actifs physiques pour y parvenir. Or l’organisation traditionnelle, pyramidale, est basée sur la première approche. Elle s’oppose donc à un traitement efficace de l’information. Car si l’exploitation des atomes se prête à un processus descendant – on subdivise, on standardise, on optimise -, celle des bits d’information requiert une démarche ascendante – on agrège, on croise, on crée.

Nouveaux défis, de plus. Changement climatique, montée des inégalités, défiance dans les institutions de tous types… Comment envisager d’y apporter des réponses crédibles en partant des façons de faire qui nous ont précisément poussés sur la mauvaise pente ? Il est urgent de repenser des organisations capables de concilier durablement les aspirations de toutes les parties prenantes – salariés, clients, actionnaires, société civile…

Nouvelles technologies, enfin. Chaque révolution technologique a interagi avec une révolution organisationnelle en miroir : la première Révolution industrielle a coïncidé avec le taylorisme ; la seconde, avec l’avènement du management moderne ; l’informatique, avec les chaînes logistiques complexifiées et mondialisées… Si l’on veut pleinement exploiter les potentialités de nouvelles vagues technologiques à l’image de l’IA ou de la réalité augmentée, il va falloir imaginer les organisations adaptées.

 

On le voit, les facteurs qui appellent à réinventer les modèles d’organisation sont multiples. Ils sont complexes et se combinent – mobiliser nouveaux talents et technologies pour répondre à des défis majeurs dans un contexte économique mouvant. Chaque entreprise n’est pas touchée de la même façon selon son histoire, son secteur, sa culture, sa localisation etc. et c’est pour cela que chacune doit définir son propre modèle. L’enjeu est de taille, mais cela tombe bien, les sources d’inspiration – des squads à l’entrepreneurial management en passant par la DDO – ne manquent pas !