Votre chef est caractériel et vous ne savez comment échapper à l’enfer dans lequel il vous plonge. Rien d’étonnant à cela puisque les personnalités difficiles sont légion. Vous les subissez au quotidien dans votre entourage professionnel sans savoir comment les neutraliser.

À force de rester de marbre, de ne pas vouloir faire de vagues, de ronger votre frein et de contenir votre bouillonnement intérieur vous sentez monter en vous quelque chose d’irrépressible et finissez par ne plus répondre de votre flegme.


Comment résister à ces gros pénibles, apprivoiser ces doux dingues et déjouer les pièges dans lesquels ils nous enferment ?

Vous épinglerez dans votre herbier 2 styles de personnalités :  

D’une part celles qui se terminent par le suffixe « OÏDE » et reflètent une tendance névrotique, je veux parler des personnalités dont les traits psychiques sont :

  • paranoïdes
  • schizoïdes
  • hystéroïdes

C’est grave docteur ? Pas vraiment, nous sommes tous plus ou moins névrosés, ce qui signifie ni totalement paranos, ni complètement schizos et ni carrément hystéros mais légèrement dingos, sans défenses cristallisées autour d’un seul mode opératoire, et toujours les deux pieds sur terre. Ouf ! Vous l’avez échappé belle…

D’autre part, celles qui regroupent le cortège des casse-pieds et des assommants qui ne sont pas de gros prédateurs, juste des petits nuisibles qui donnent du fil à retordre et distillent une dose de poil à gratter quotidienne.

Des légèrement atteints aux plus perchés, des casse-bonbons aux vénéneux en passant par les toxiques vous aurez à manier une once de psychologie pour leur résister et les mettre hors d’état de nuire.

 

Les paranoïdes

Dirigeants au moi hypertrophié, personnalités d’une grande rigidité psychique, ayant une faible confiance en eux, leur suspicion permanente n’arrange guère leur relation aux autres. Ils perçoivent leur environnement comme hostile avec une vision pessimiste du monde. Atteints par la maladie de la persécution, les ennemis sont partout, tout est danger, ils se sentent pris pour cible et gardent au fond d’eux un esprit belliqueux, rancunier avec des desseins permanents de représailles. Ils ne supportent pas d’avoir tort et sont habituellement des quérulents processifs*. Leur marque de fabrique : échafauder des théories logiques sur des bases fausses.

L’antidote pour les neutraliser

Ils se remettent peu en question et ce n’est jamais de leur faute. Inutile de jouer la carte de l’humour, ils n’en ont aucun. Ne pas les critiquer et s’interdire tout dérapage verbal. Eviter de les laisser sans nouvelles, maintenir un lien coûte que coûte à travers des « reportings » réguliers pour les empêcher d’échafauder des théories complotistes. S’attacher à clarifier tout malentendu et ne pas se positionner en concurrent pour ne pas les insécuriser. Gagner sa confiance passe par la transmission de toutes les informations, avec transparence.

Les schizoïdes

Style « geek », « no life », mutiques, froids et distanciés voire même détachés, ils craignent de s’investir dans la relation et choisissent le parti-pris du travail en solo et de l’isolement au bureau tout en déployant un management fantomatique. Le DSM-IV parle de restriction de la variété de leurs expressions émotionnelles dans leurs rapports à autrui. La relation, même intrafamilliale, est évitée et peu d’activités leur procurent du plaisir. D’humeur neutre, indifférents à la critique ou aux éloges, ils restent impavides et sans empathie vis à vis de leurs collaborateurs. La seule extériorisation émotionnelle sera la colère. Don’t act !

L’antidote pour les neutraliser

Ne pas forcer la relation et maintenir une proxémie respectant leur peur viscérale et de l’intimité et du face à face. Aller les chercher sur le plan technique et utiliser un langage d’impact, sans fioritures ni argumentaires trop développés. Poser des questions fermées pour ne pas les obliger à développer. Ne jamais espérer des feed-back positifs ni même des points d’étape. Pour entrer dans leur citadelle sans effraction maintenir une grande empathie.

 

Les hystéroïdes

Ce sont plus souvent des femmes, plasticité mentale, suggestibilité et personnalités en surface et dans l’instant, avides de séduction pour étayer leur narcissisme indigent. Ce sont des histrioniques, familiers des rodomontades et avec ces managers c’est « au théâtre ce soir ». Ils érotisent la relation et laissent leur corps exprimer leurs conflits psychiques. Pas vraiment maîtres des horloges, ni de leur flot de paroles, ils survivent en captant l’attention, en amplifiant, dramatisant et en faisant battre des montagnes.

L’antidote pour les neutraliser

Leur offrir attention et reconnaissance car ils ont besoin d’être aimé. Rester vigilant sur leurs tentatives de séduction et ne pas se laisser emporter par leurs effets de manches et leurs débordements. Anticiper leurs mises en scène et temporiser leurs propos en les divisant par deux. Ne pas rentrer dans leur jeu et s’efforcer de rester objectif et factuel.

 

Les obsessionnels

Ils ont l’art de vous mettre à cran tous ces chefaillons tatillons et pinailleurs avides de détails et perfectionnistes à l’excès. Ils vous assomment de questions là où vous arrivez avec vos évidences. Tel l’inspecteur Colombo, ils reviennent toujours à la charge sur une virgule, une peccadille en se focalisant sur l’accessoire. Au fond d’eux ce sont de grands angoissés en proie à des atermoiements successifs car apeurés à l’idée de décider. Hantés par le doute et les scrupules, souvent entêtés et arc-boutés sur des solutions superfétatoires vous aurez du mal à vous connecter à eux à cause de leur froideur relationnelle. Ils vérifient tout et sans cesse en privilégiant l’ordre, la propreté, la méticulosité et le rangement.

L’antidote pour les neutraliser

Valoriser leur sens du rangement et de l’ordre et leur esprit de précision. Ne rien leur demander en urgence et les ménager en restant prévisible et surtout en leur donnant des consignes précises. Mettre des limites en leur expliquant vos règles du jeu et du je. Eviter de jouer l’ironie pour ne pas les déstabiliser. S’interdire toute approche générique ou « à la louche » ils ne vous le pardonneront pas. Leur redemander encore et encore la finalité, le sens.

 

Les narcissiques                                                            

Sont pléthores, car nos sociétés les fabriquent. Ils ont une haute opinion d’eux-mêmes, et traitent avec arrogance congénères et collaborateurs qu’ils considèrent comme inférieurs. Hantés par leur ego et leur image ils sont prêts à n’importe quelles avanies pour occuper le devant de la scène et se donner les premiers rôles, « parce qu’ils le valent bien ». La critique leur est particulièrement insoutenable, et ils préfèrent de loin s’entourer d’une cours d’admirateurs. Ils comptent dans leurs rangs pas mal de manipulateurs, car pour eux la fin justifie les moyens. La séduction est leur moteur, et ils veulent aller chercher des réassurances permanentes sur qui ils sont. Ils en veulent toujours plus et sont dans une compétition incessante. Ils ne tolèrent pas la frustration et plongent dans des rages narcissiques à la moindre contrariété. Autocentrés et pensant faire partie de l’élite, ils se voient comme des personnages exceptionnels qui méritent un traitement exceptionnel. Ce sont des irritants qui vous donneront du prurit et vous pousseront à bout. Vous aurez envie de les contredire, de leur asséner leurs 4 vérités.

L’antidote pour les neutraliser

Ne pas manier l’humour car ils n’en ont pas. Rester très explicite et factuel dans ses objections tout en s’attachant à clarifier tout malentendu. Eviter le débat d’idées, sous peine d’en ressortir toujours perdant. Ne pas chercher leur reconnaissance, il n’y en aura pas. Rester en alerte sur leur capacité à manipuler et prendre garde à ne pas les blesser ni à abîmer leur image. Manier la brosse à reluire avec ce manageur égotique peut s’avérer une solution à condition de ne pas en attendre une quelconque réciprocité.

Il faut bien se rendre à l’évidence que plus nous rejoignons les hautes sphères de la hiérarchie plus ceux qui nous gouvernent ont un caractère compliqué, un ego démesuré. Les plus grands génies avaient de grands travers, Rockefeller était très méfiant et De Gaulle avait une très haute estime de lui et incarnait l’autocratie.

 

1°/ D’après Antoine Porot (1876-1965), psychiatre français, « la quérulence est une réaction hostile et revendicatrice de certains sujets qui se croient lésés et considèrent qu’il y a sous-estimation dans l’appréciation du préjudice causé ; de ce fait, ils passent facilement de la plainte à l’attaque, soit directement, soit en justice.»