La crise de la Covid-19 a mis en évidence les difficultés de mise en action et en mouvement des individus et des organisations suite à des demandes et ordres. Pourquoi les ordres ne sont-ils pas appliqués pour répondre aux objectifs de leur énonciation ? Des demandes peuvent être jugées illégitimes ou formulées de manière générale et abstraite ne permettant pas leur mise en œuvre. Dans une sociologie participative et dans un contexte complexe, les injonctions sont parfois jugées peu réalistes et respectueuses au regard de ceux qui les appliquent.

Il ne s’agit pas de contester les modes de régulation des collectifs et de prôner des modes de fonctionnement nihilistes. On retrouve une vieille opposition entre les visions platoniciennes et aristotéliciennes du monde. Pour Platon, il faut construire un monde parfait avant de le décliner. Aristote, philosophe de la praxis, préconise une démarche inductive pour construire les règles du collectif.

L’objectif est de réfléchir aux meilleures modalités de coordination en fonction du contexte sociétal d’aujourd’hui. Le modèle commande/contrôle classique, hérité des organisations militaires et religieuses, vise à donner des ordres pour leur application et à s’assurer de leur réalisation au moyen de dispositifs de contrôle. La complexité des environnements d’action expliquée par la multiplication des variables d’action et les différents niveaux de structuration du pouvoir rendent l’injonction moins évidente qu’il n’y paraît malgré les relations de subordination.

 

 

« Il n’y a richesse ni force que d’hommes » disait Jean Bodin au XVIe siècle. Si les principaux intéressés ne sont pas embarqués toute démarche est vaine. Le terrain, le local est le lieu de l’innovation ordinaire (Alter). C’est le territoire de l’expérimentation et de l’amélioration du réel. Pour cela laissons les parties prenantes expérimenter de nouvelles pratiques de manière responsable de telle manière que cela produise des essais dont seuls les résultats pourront faire l’objet de structuration et de généralisation. Il ne s’agit pas d’opposer local et central mais de faire local/central/local pour des organisations plus efficaces avec les besoins d’adaptation permanents. Mais cela ne sera possible qu’avec une évolution des modes de gouvernance car une organisation est aussi (et surtout) un territoire politique.

 

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