De son élection à son investiture, l’imprévisible Donald n’en finit pas de susciter d’innombrables interrogations et d’étonner par des prises de position tranchées, des comportements outranciers et un caractère bien “Trumpé”. Au-delà des passions qui chavirent les esprits, au-delà de la politique partisane et des controverses qui alimentent la toile, interrogeons-nous  sur les habiletés de ce “success man” pour mieux percer le secret de son leadership. Une fois ses comportements épinglés, vous disposerez d’une grille de lecture pour enrichir vos pratiques.

Les Américains ont dit au revoir à l’homme providentiel, à l’intellectuel, au sauveur tant attendu et dont ils avaient tellement rêvé, pour finalement porter au pouvoir un businessman pragmatique, un “serial money maker” à la réussite tapageuse, connu pour le concours de Miss Univers et l’émission de télé-réalité “The Apprentice”. 

Après avoir voté pour un changement radical, ils se réveillent avec la gueule de bois face à un exercice périlleux : passer de la tête dans les étoiles au plancher des vaches. Retour à la réalité : penchons-nous sur les modes opératoires utilisés par ce “Ricain” hors normes. 

Un style qui décoiffe

Il se différencie, marque les esprits et s’extériorise avec naturel dans un style très personnel. Ses fantaisies capillaires vous défrisent ? Que vous le vouliez ou non, vous vous en souvenez et les considérez comme une marque de fabrique. Quant à lui, il les assume parfaitement au mépris des quolibets et avec une confiance inébranlable. Sous sa toison d’or, il se veut invincible et se rassure en sachant “qu’il en a sous les bigoudis.” Une gestuelle hors du commun avec des gestes déictiques en pince qui nous suggèrent la précision, le contrôle, et un geste encore plus curieux, celui de l’index formant un L avec le pouce. Là encore, marque de fabrique. Décode qui peut…

Premier conseil = Un style pour vous démarquer que vous porterez comme un étendard. En affichant votre singularité vous serez reconnaissable entre mille et laisserez une empreinte indélébile, votre label.

 

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Une posture de mâle dominant

Sa croyance semble être habitée par l’adage “Homo homini lupus est” (“L’homme est un loup pour l’homme”). C’est pourquoi il marque instinctivement son territoire, déploie sa force, montre les dents en adoptant une posture de pouvoir. Il se présente en chef de meute qui entend se faire respecter. Ainsi quand il bouge et déploie sa carcasse de frigidaire de 250 litres en bombant le torse, il signifie à ses congénères en langage subliminal : “gare au gorille, j’occupe le terrain, je maîtrise la situation et je ne veux pas que l’on empiète sur mon pré carré.” Alan Stevens, expert en communication, nous parle de présence scénique lorsqu’à son pupitre “il livre son point de vue en ne bougeant que le haut de son corps : ce qui donne une impression de puissance et de contrôle.”

Deuxième conseil = Une posture de pouvoir pour en imposer, signifier une présence affirmée et une autorité naturelle qui donnent envie de se rallier à votre panache.

 

Un naturel désarmant

Il n’est pas de ceux qui masquent leurs émotions, bien au contraire, comme dans un livre ouvert, il affiche ses ressentis tant il semble avoir gardé la spontanéité de l’enfance. Son visage et son langage corporel sont d’une expressivité prononcée. Vous,  vous le croirez éclairé ou perché, vous adorerez ou vous détesterez. Si sa gestuelle apparaît à certains comme caricaturale, pour d’autres comme Geoff Beattie, professeur à l’université de Hedge Hill, auteur de Rethinking body langage, elle constituerait plutôt une arme de séduction. Pourquoi ? Et bien parce qu’il dit que “quand votre visage révèle vos réactions émotionnelles, les gens pensent que vous croyez en ce que vous dites, peu importe que vos propos soient outranciers.” Il ne feint pas, ne fait pas semblant et paraît habité par des convictions intimes. Nous sommes loin des visages compassés et de la bienpensance de mise des politiques qui s’escriment à vouloir nous faire prendre des vessies pour des lanternes.

Troisième conseil = Le leader garde une authenticité et une vérité à soi, il est congruent.

 

 

Une gouvernance sous les auspices du commandement

Il compte en finir avec le “Il est interdit d’interdire” et se permet d’éconduire ses détracteurs. Il impressionne, tranche dans le vif, ne fait pas de quartier et surtout ne s’embarrasse pas des incompétents qu’il dégage d’un tonitruant “you’re fired”. À l’époque où nous ne jurons que par la concertation, la logique participative et le consensus mou, il déroute par son côté cash. Rien ne l’arrête, il entend faire le job en usant de directivité, en montrant qu’il a la main et que le boss c’est lui.

Quatrième conseil = Un management directif à réactiver en période de crise et par gros temps pour cadrer les esprits et mettre les règles du jeu.

Un credo : “Ne craindre ni Dieu ni Diable.”

Fondamentalement, Trump est un insoumis, il  se positionne comme un fervent anti-système qui se méfie des dogmes et des vieilles badernes. Il est là pour relever les défis et mener les actions tambour battant au mépris des codes politiques. Arc-bouté sur la conduite d’un changement radical, les yeux rivés sur le billet vert, animé par de grands desseins pour sa nation et dans un désir d’hégémonie, il compte gérer son pays comme il gère son propre business : valeur travail, compétences, performance et profit en fond d’écran. Ce qui lui fait briller les yeux : trouver des solutions aux problématiques posées avec pragmatisme. Il ne cherche pas à plaire et se sait capable de prendre des mesures impopulaires au risque de chiffonner l’establishment. Il décide au pas de charge, ne connait pas la peur,  et ne veut pas se laisser vampiriser par les atermoiements ou les tergiversations stériles. 

Cinquième conseil = Un leader fait preuve de courage managérial et ne doute pas.

Une ligne de conduite : “Faire ce qu’il dit.”

Un homme au franc-parler qui utilise un langage de vérité, des mots chocs, des mots qui tranchent, cinglent, taclent, impactent, loin du langage convenu, à 1000 lieux du politiquement correct et de la langue de bois. Un homme qui veut tenir ses promesses de campagne et qui veut donner à chacun une part du rêve américain. Il regarde du côté des petits, des laissés pour compte, des oubliés à qui il veut redonner une dignité et du travail, à qui il veut dire que tout est possible. En homme d’action fougueux, impatient et intempérant, il s’attèle à la tâche et ratifie symboliquement et médiatiquement ses promesses de campagne, dont acte.

Sixième conseil = Un leader donne la vision et tient ses promesses

 

Ah ! J’oubliais : piquez-lui aussi son côté Corporate, “America first” et son côté disruptif.

Good boss ou bad boss ? Wait and see… Les faits alternatifs parleront.