Le joaillier italien a dévoilé durant la Semaine de la Couture à Paris sa seconde collection de haute joaillerie. Baptisée « La Gioia di Pomellato », la ligne a marqué les esprits avec un chapitre consacré à des pièces d’archives réinterprétées par le directeur artistique, Vincenzo Castaldo. Une première dans l’univers de la haute joaillerie, qui pourrait devenir la signature de la maison italienne très engagée en matière de responsabilité, comme l’explique Sabina Belli, CEO de Pomellato. 

 

Marie-Caroline Selmer : L’année dernière, Pomellato a dévoilé sa première collection de haute joaillerie dans un format 100% digital en raison de la pandémie. Cette année, nous avons la chance de voir physiquement les pièces, dévoilées en avant-première à Paris pendant la Couture. Quel est l’esprit de cette nouvelle collection ?

Sabina Belli : Le principe reste le même dans le sens où Pomellato est une des rares maisons de joaillerie à avoir encore 100 maîtres orfèvres qui officient au sein de la maison. Ces trésors vivants, comme nous aimons à les appeler, sont les gardiens de notre savoir-faire. Qu’il s’agisse de pièces de haute joaillerie ou, plus largement, de nos collections iconiques comme Nudo, tous nos bijoux sont faits à la main par nos artisans dans un souci d’excellence. La haute joaillerie est pour nous un terrain de jeu encore récent dans lequel nous poussons encore plus loin les limites de notre savoir-faire. La particularité de cette collection est qu’elle est née pendant le confinement de mars dernier. Nous avons saisi cette période où la production était ralentie, pour nous extraire de la frénésie quotidienne et porter un nouveau regard sur la création.

 

Marie-Caroline Selmer : Gioia, ou joie en italien, se dévoile autour de deux chapitres, dont un consacré à une réinterprétation de vos archives. Une première dans la haute joaillerie…

Sabina Belli : Cette collection a deux vocations : d’une part, celle de rendre encore plus précieux et spectaculaire le style Pomellato, je pense notamment aux pierres de couleurs de taille cabochons que l’on retrouve sur certains colliers de la collection, et d’autre part, de faire souffler un vent nouveau sur la haute joaillerie. Tout en restant fidèle à son socle de valeurs, comment faire évoluer ce qu’elle incarne ? Pour Pomellato, penser la haute joaillerie de demain c’est savoir tisser des liens entre notre histoire et le futur que nous souhaitons incarner. C’est la raison pour laquelle, avec sans doute un brin de provocation, le studio emmené par notre directeur artistique Vincenzo Castaldo, a fait le choix de donner une seconde vie à des pièces vintage.  C’est assez spectaculaire de voir comment des pièces qui ont su séduire toute une génération sont aujourd’hui réinterprétées et proposées à une clientèle qui les découvrent avec un œil nouveau.

 

Pomellato
La GIOIA di Pomellato – Collier maille serti de tanzanites cabochons et diamants bruns (courtesy of Pomellato)

 

Marie-Caroline Selmer : Est-ce que cela pourrait devenir la signature de la haute joaillerie Pomellato ?

Sabina Belli : C’est fort possible, quand on voit le formidable accueil qui a été réservé à la collection. En tant que maison de luxe, il nous tient à cœur d’apposer à nos créations le sceau de la responsabilité et de la durabilité. La joaillerie est par essence liée à un univers qui s’inscrit dans l’intemporalité et la transmission entre les générations. Et quelle meilleure façon de lutter contre l’obsolescence en démontrant que les pièces que l’on a chéries peuvent se dévoiler tout autre lorsqu’on leur insuffle une nouvelle esthétique ?

 

Marie-Caroline Selmer : Après Paris, vous présentez cette collection à Cannes, durant le festival. Un signal fort, tant on sait que la profession a souffert de la crise sanitaire avec notamment, l’annulation du festival en 2020. Quel message souhaitez-vous faire passer ?

Sabina Belli : Cette collection est appelée à voyager et à être présentée dans différents lieux pour s’approcher au plus près de ceux qui cultivent un intérêt pour nos savoir-faire. “La Gioia di Pomellato” symbolise la joie que nous avons à pouvoir nous réunir de nouveau pour célébrer le 7e art, et à renouer avec un sentiment qui s’est perdu au fil des mois, celui de la légèreté.

 

Marie-Caroline Selmer : Quelle relation a tissé Pomellato avec les femmes et l’univers du cinéma ?

Sabina Belli : Pomellato est depuis toujours une maison qui s’adresse aux femmes, d’ailleurs 80% de nos achats sont des « self purchase », c’est-à-dire des bijoux que les femmes s’offrent sans attendre qu’un homme leur en fasse la surprise. Nous nous adressons à une clientèle de femmes indépendantes, autonomes et successful dans les projets qu’elles entreprennent. C’est cette posture que nous insufflons dans l’univers du cinéma. Au-delà du glamour qu’elles véhiculent, les ambassadrices Pomellato ont à cœur d’exprimer un goût, une esthétique mais aussi un discernement dans la façon dont elles construisent leur vie, à l’instar de notre clientèle, qui a suffisamment confiance en elle pour ne pas avoir besoin d’un beau visage pour approcher la marque. Le produit et son essence suffisent.

 

Pomellato
LA GIOIA di Pomellato – Boucles d’oreilles issues des archives et réinterprétées par Vincenzo Castaldo, Directeur artistique de Pomellato (courtesy of Pomellato)

 

Marie-Caroline Selmer : Pomellato fait partie des maisons très active en matière de droits des femmes, citons notamment votre engagement à travers l’initiative #PomellatoForWomen. Le terrain sociétal est-il en train de devenir un passage obligé pour le luxe ?

Sabina Belli : Nous sommes intimement convaincus que la vocation du luxe est d’utiliser le canal de communication privilégié qu’il entretient avec son audience, tant offline qu’online, pour initier des conversations et participer au débat sociétal. Il ne s’agit pas de faire de la politique, ni de se substituer aux pouvoirs publics, mais bien de participer à notre échelle à faire bouger les lignes et favoriser les prises de conscience. Pomellato a choisi de communiquer sur deux thèmes à dimension universelle. Tout d’abord, celui de l’inclusion et du respect de la diversité, tant vis-à-vis des femmes que de la communauté LGBTQ+, qui nous permet de toucher des sujets de fond comme l’éducation, l’accès aux soins ou encore les violences domestiques, qui ont malheureusement augmenté pendant le premier confinement. L’autre thème sur lequel nous nous sommes engagés est celui de l’écologie et de la responsabilité. Une maison comme la nôtre, qui utilise comme ressource principale les pierres naturelles, mais aussi l’or et l’argent, se doit d’être irréprochable sur sa façon de travailler.

 

Marie-Caroline Selmer : Justement, quelles décisions avez-vous pris pour que les créations Pomellato soient plus responsables ?

Sabina Belli : Nous sommes très fiers de proposer depuis quelques mois déjà à notre clientèle un or et un argent sourcé de façon totalement éthique.  Nos diamants sont également certifiés Fairmined. Il est un domaine sur lequel nous devons encore progresser, c’est celui de la traçabilité des pierres de couleur. C’est la raison pour laquelle, dès que nous le pouvons, nous mettons en place des partenariats pour structurer la filière et suivre l’ensemble de la chaîne, de l’extraction jusqu’à l’atelier. C’est notamment le cas pour les Lapis Lazuli, dont l’approvisionnement est désormais tracé grâce à notre partenariat avec une mine au Pérou. J’espère qu’à l’avenir, Pomellato fera partie des maisons pionnières sur ce sujet.

 

Marie-Caroline Selmer : Quel avis portez-vous sur les diamants de synthèse ? 

Sabina Belli : C’est un sujet que nous avons investigué afin de nous faire notre propre opinion et dont nous continuerons à suivre l’actualité. Par le passé, Pomellato a pu utiliser pour certaines pièces des composites comme la céramique, mais nous pensons que la maison n’a pas vocation à s’engager dans cette voie. Nous avons encore beaucoup de choses à dire dans nos collections avec les pierres naturelles.

 

Marie-Caroline Selmer : Autre temps fort pour la Maison, le lancement en avant-première monde de deux éditions spéciales de la collection Nudo (aigue-marine et grenat pyrope rouje). Pourquoi avoir choisi donner à la boutique Saint-Honoré la primeur de cette capsule ?

Sabina Belli : Après l’Italie, la France est notre second marché, un pays de cœur avec lequel nous entretenons des liens très étroits. Les Français et les Italiens ont beaucoup de points communs, que cela concerne la culture, l’esthétique, la littérature ou encore l’architecture. Je crois que la clientèle française se reconnaît dans notre design affirmé, immédiatement reconnaissable, qui se distingue des maisons de la place Vendôme par son approche plus contemporaine. La France est un des premiers pays qui a osé bousculer les codes de la bague de fiançailles en détournant la Nudo en bijou symbolique à porter en duo ou en trio. Une preuve supplémentaire de l’attachement de notre clientèle française à la maison pour l’image qu’elle représente, celle d’une joaillerie plus mode, dans l’esprit prêt-à-porter. Quelle meilleure façon de les remercier que de donner à notre écrin de la rue Saint-Honoré la possibilité de découvrir une nouvelle déclinaison de notre best-seller ? 

 

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