L’Aston Martin DBR1 trouve sa place au nombre des voitures de sport anglaises les plus sensuelles jamais construites. Elle est aussi voluptueuse et provocante que n’importe quelle Ferrari ou Maserati des années 50, tout en ne manquant jamais de faire preuve d’une élégance à l’anglaise. L’Aston Martin DBR1 représente l’Angleterre à son meilleur, les deux entretenant une relation gagnant-gagnant.

La voiture assura l’unique victoire d’Aston Martin au 24 Heures du Mans, et au Championnat du monde des voitures de sport (WSC), en 1959. L’entreprise de vente aux enchères de voitures classiques, RM Sotheby’s, s’attend à ce que cette voiture, la première Aston Martin DBR1 jamais construite (DBR1/1), atteigne la somme de 20 millions de dollars à sa vente aux enchères de Monterey qui aura lieu plus tard ce mois-ci. L’Aston Martin DBR1 a le potentiel de battre le record de cette vente aux enchères, record établi l’année dernière pour une voiture britannique : Sotherby’s vendit la Jaguar type D, victorieuse au Mans en 1956, pour la somme de 21,78 millions de dollars.

La DBR1/1 est sans conteste la voiture la plus fine de son espèce, ayant été entretenue par une série de mécaniciens des plus raffinés au monde ; elle fut d’ailleurs inspectée par Ted Cutting, l’ingénieur et concepteur en chef de la voiture, qui l’étudia dans les moindres détails juste avant sa mort.

L’Aston Martin DBR1 offrit à Stirling Moss l’une de ses conduites les plus époustouflantes, décrochant la victoire au Nürburgring de 1945. Jusque dans ses moindres détails, la voiture est absolument parfaite. Elle confirme par ailleurs l’idée que les voitures les plus brillantes ne finissent pas de susciter des sommes faramineuses.

Bien que la DBR1 n’ait jamais eu un nombre déconcertant de chevaux, contrairement aux gros calibres que sont les Ferrari et les Maserati, ou encore les Jaguar type D, ses conducteurs l’ont tout de même considérée comme faisant partie des voitures de sport à la maniabilité la plus agréable de son époque. En matière de puissance, elle n’aurait pu conquérir que sur des pistes qui mettent l’accent sur le châssis.
Cela changea en 1958, lorsque la cylindrée maximum pour les prototypes de voitures de sport tomba à 3,0 litres. Soudainement la puissance était plus équitable, et Aston Martin avait toutes ses chances. Stirling Moss et Jack Brabham remportèrent confortablement le 1000 km du Nürburgring de 1958 avec la DBR1/3, bien que Carroll Shelby et Roy Salavadori eurent à faire face à un dysfonctionnement de la boîte de vitesse, forçant le retrait du véhicule. La boîte de vitesse David Brown a toujours été le talon d’Achille de la voiture. En 1958 à Le Mans, les trois DBR1 prirent leur retraite.

Après neuf années passées à essayer de décrocher une victoire en France, le propriétaire d’Aston Martin, David Brown, voulut que Le Mans soit l’unique événement de la DBR1 en 1959. Cependant, les conducteurs n’en pensaient pas autant, et ils remportèrent le débat. Salvadori conduisit la DBR1/1 à Sebring, bien qu’il ne parvint pas à terminer la course. Persuadé qu’il pouvait renouveler sa victoire au Nürburgring, Stirling Moss convainquit Aston de participer à nouveau au 1000 km. Avec Jack Fairman pour copilote, Moss mena la DBR1/1 à la victoire, battant le record du tour 16 fois, dans ce qui fut l’une des conduites les plus épiques de l’histoire. Ce fut la troisième victoire consécutive pour une DBR1 au circuit du Nürburgring, un succès uniquement égalé par la 908 de Porsche plus de dix ans plus tard, et une victoire qui ajouta sans aucun doute à la légende et à la valeur justifiée de la voiture.

Le Nürburgring devait être la dernière apparition compétitive de la DBR1/1 en tant que voiture de course. Cet été-là, David Brown réalisa enfin son rêve lorsque la DBR1/2 remporta l’ultime victoire au 24 Heures Le Mans, Carroll Shelby et Roy Salvadori au volant. Au RAC Tourist Trophy, la DBR1/1 servit de voiture de remplacement : c’est là qu’Aston Martin conclut le Championnat du monde des voitures de sport de 1959, un exploit rendu possible par le triomphe de la DBR1/1 au Nürburgring.

Tout comme la Blentley Speed Six des années 20 et la Jaguar type D qui réussirent un tour de force au 24 Heures du  Mans en 1955, 1956 et 1957, la DBR1 d’Aston Martin est une voiture de sport et de course typiquement anglaise. La Jaguar type D est l’unique voiture de course anglaise qui peut, du point de vue de la beauté physique, tenir tête à la DBR1.