« Un bon couturier doit être architecte pour les plans, sculpteur pour la forme, peintre pour la couleur, musicien pour l’harmonie et philosophe pour la mesure. » – Cristóbal Balenciaga

Cristóbal Balenciaga était le plus grand couturier de tous les temps et continue d’être une influence majeure de la mode d’aujourd’hui, selon Eloy Martínez de la Pera, le conservateur de Balenciaga et Peinture Espagnole, une nouvelle exposition fascinante au Museo Nacional Thyssen-Bornemisza de Madrid, qui sera en place jusqu’au 22 septembre 2019. Bien que cette assertion puisse faire débat, l’influence que les arts ont eue sur la mode à travers les âges est indiscutable. Les peintres espagnols El Greco et Goya pourraient effectivement être décrits comme étant les premiers grands créateurs de mode. Cette exposition démontre magistralement comment les conceptions de Cristóbal Balenciaga sont liées aux grands peintres espagnols des 16ème et 20ème siècles. Montrés au public pour la première fois, on y trouve 90 vêtements Balenciaga et 55 peintures espagnoles, certaines d’entre elles n’ayant encore jamais été prêtées. La collection de tableaux, tirée de la propre collection impressionnante de Thyssen, ainsi que de celles de grands musées et de particuliers de toute l’Espagne, est présentée en ordre chronologique aux côtés des robes Balenciaga inspirées par chaque tableau ou style de peinture.


 

Cette première grande exposition mettant en vedette le célèbre couturier basque a demandé quatre années de travail, et son attention au détail méticuleuse, ainsi que son choix attentif de chaque pièce, y resplendissent. Vingt-cinq modèles empruntés au Cristóbal Balenciaga Museo de Getaria (son lieu de naissance) sont exposés, ainsi que 65 vêtements provenant du Museo del Traje à Madrid, du Museu del Disseny à Barcelone, ainsi que de nombreuses collections privées en Espagne et ailleurs, nombre d’entre elles n’ayant jamais été exposées au public auparavant. Les 55 tableaux ont été prêtés par des institutions espagnoles telles que le Museo Nacional del Prado, le Museo de Bellas Artes de Bilbao et le Museo Lázaro Galdiano, et par des collections privées telles que celles d’Abelló et Alicia Koplowitz. Les œuvres méconnues d’El Greco, Velásquez, Murillo et Goya sont à elles seules un argument suffisant pour visiter l’exposition. Chaque salle est dédiée à l’un de ces peintres espagnols qui ont influencé Balenciaga, allant d’El Greco à Francisco de Zurbarán, en passant par Francisco de Goya. À titre d’exemple, une robe de soie jaune avec une cape de soirée à plumes (1967) est placée à côté de l’Annonciation pleine de couleurs d’El Greco (1576).

 

Depuis son plus jeune âge, Cristóbal Balenciaga a été exposé aux œuvres d’El Greco, Goya et Velázquez, lorsqu’il se rendait dans les maisons des fortunés avec sa mère couturière. Des références à l’art et à la culture espagnols peuvent être reconnues dans les conceptions de Balenciaga, du minimalisme des vêtement religieux à la façon dont les volants de ses robes reflètent ceux d’une danseuse de flamenco, ou bien encore dans les atours noirs populaires à la cour espagnole des Habsbourg. Une veste de soirée de 1946 présentée dans l’exposition s’inspire de celle d’un matador. Avec son héritage espagnol et l’histoire de l’art toujours à l’esprit, Balenciaga a souvent ravivé des techniques et styles historiques, et les a réinterprétés dans ses créations modernes.

 

Bien qu’il y ait de nombreuses robes noires typiquement espagnoles présentes dans cette exposition, l’amour de Balenciaga pour la couleur, dont le rose pâle (sa préférée), est présent dans bien des vêtements exposés. Il a également souvent utilisé de lourds matériaux luxueux et enrichi ses créations de broderies faites main, de strass et de sequins.

 

La ligne « paon » d’une robe ou d’une jupe à l’ourlet plus court sur le devant pour permettre à la personne la portant de marcher plus aisément est une des inventions de Balenciaga toujours utilisée aujourd’hui. Contrairement à la célèbre « NewLook » de Dior en 1947, une robe cintrée à la taille et à la jupe ample, Balenciaga avait offert quelque chose d’entièrement différent, avec ses premières robes en forme de sac qui éliminaient totalement la taille, puis plus tard dans les années 1960 avec sa célèbre robe « enveloppe ».

 

Le confort, la culture espagnole et l’usage de formes innovantes ont caractérisé les créations de Balenciaga qui à leur tour ont influencé la mode jusqu’en 1968 quand la haute-couture commença à perdre du terrain face au prêt-à-porter. C’est à ce moment-là que Balenciaga avait décidé de fermer sa maison de couture. Sa robe finale, une robe de mariage conçue en 1972, apparaît dans la dernière salle de cette superbe exposition. L’influence de Balenciaga sur la mode continue encore aujourd’hui, comme l’a si bien montré la Fashion Week de Madrid ce mois-ci, un défilé semi-annuel des marques de mode espagnoles émergentes et établies.