Adolescent, au pays du ballon rond et de son roi Pelé, Andrew Coxon aurait pu endosser les crampons et tenter de se faire un nom dans le Panthéon du football. Mais ce fils d’expatriés britanniques a suivi une autre trajectoire lorsqu’il s’est pris de passion pour les diamants dans une échoppe de Copacabana. C’est plutôt son aptitude à discerner d’un coup d’œil la qualité d’un diamant qui a poussé un joaillier à le diriger sur cette voie. Chez De Beers. Près de cinquante ans après, le nom du président du De Beers Institute of Diamonds est devenu indissociable de la marque fondée en 1888 et qui détient, aujourd’hui encore, le leadership mondial avec près de 40% de parts de marché. Surnommé « L’Indiana Jones » des diamants, Andrew Coxon a sillonné les continents en quête des plus belles merveilles de Mère nature. 

Votre vie est scellée à celle des diamants et à la Maison De Beers depuis votre adolescence, pourriez-vous  revenir sur les grandes lignes de votre parcours ?

J’ai l’impression d’exercer ce métier depuis toujours ! Durant mon adolescence brésilienne, je pouvais passer des heures chez le joaillier de quartier à manipuler des bijoux pour le plaisir. Je les étudiais à l’aide d’une loupe et les classais subjectivement en fonction de leur beauté et de leur pureté, sous l’œil attentif du propriétaire qui a détecté mon potentiel. Sur ses conseils, alors que j’étudiais la gemmologie, j’ai contacté De Beers, la référence dans le domaine. Après un stage et un test convaincant à Londres, je suis devenu à 21 ans acheteur de pierres brutes en Afrique.

Toucher un diamant brut est une sensation incroyable tant sa densité se perçoit sous les doigts. Les pierres les plus jeunes ont près de 800 millions d’années et ont connu l’enfer des entrailles de la Terre. Elles ont voyagé plusieurs centaines de kilomètres avant d’être extraites, puis taillées pour se métamorphoser en la chose la plus désirable qui soit. Le diamant est un miracle de la nature ! Comment être lassé de les découvrir, de les sculpter, de les exposer et de les adjuger à la vente ? Durant ma carrière, j’ai été en charge de tous les diamants rares dont le poids dépassait les 14,80 carats et examiné de nombreux diamants bruts et polis magnifiques provenant de la Terre entière.

Rose, brun, rouge, vert, jaune, la cote des diamants de couleur monte depuis une vingtaine d’années. Un diamant sur dix mille est coloré, ces nuances sont dues à une distorsion de la structure de la pierre en raison des hautes pressions subies pendant le fameux voyage. Il y a une corrélation avec l’art car ces diamants de couleur sont de vrais tableaux de maître. Témoin s’il en est de cette effervescence, les ventes aux enchères qui, même en temps de crise, rencontrent de plus en plus de succès : l’Oppenheimer, un diamant De Beers bleu fancy vivid taille émeraude de 14,62 carats, a été adjugé 49,7 millions d’euros, chez Christie’s à Genève en 2016.

Vous présidez le De Beers Institute of Diamonds, quel est le rôle de cette entité et, plus spécifiquement, en quoi consiste votre fonction ?

Fondé en 2001, le De Beers Institute of Diamonds examine et sélectionne les diamants polis qui orneront ensuite les bijoux De Beers. En d’autres termes, c’est notre centre d’excellence, garant de notre réputation internationale. Avant de rejoindre l’Institut, nos experts doivent avoir accompli plus de vingt ans d’exercice au sein de De Beers ! Pour ma part, j’ai défini les critères d’évaluation des diamants De Beers, afin de juger de leur intégrité, de leur beauté et aussi pour m’assurer de leur provenance : elle doit être irréprochable, nous ne transigeons pas sur ce point. Concrètement, nous observons chaque gemme individuellement, à l’œil nu, pour vérifier que les angles et l’alignement des facettes sont parfaits, ces caractéristiques sont clefs dans l’éclat des diamants. Nous nous appuyons notamment sur une machine que nous avons brevetée : l’Iris De Beers.

Les acteurs de la chaîne diamantaire sont confrontés actuellement au fléau des diamants synthétiques, confectionnés en laboratoires, et qui s’infiltrent illégalement dans le circuit d’approvisionnement du diamant naturel ; Comment De Beers lutte contre ces pratiques frauduleuses ?

Le Groupe De Beers, notre maison-mère, possède un département de recherche et développement qui s’est toujours consacré à la défense des diamants naturels. Les machines de détection mises au point par nos équipes, sont à la pointe de la technologie. Les diamants synthétiques sont facilement détectables car ils n’ont pas évolué à l’échelle de la construction terrestre, soit au cours de quatre milliards d’années. De fait, leur signature optique, mesurée par les machines De Beers, est totalement différente de celle d’un diamant véritable. Un diamant naturel, produit par Mère Nature, est sans égal : sa beauté est exceptionnelle, unique et rare !

Je préconise aux consommateurs de se montrer extrêmement prudents et de ne jamais acheter de diamant sans qu’il soit accompagné d’un document écrit certifiant que le diamant est naturel et non-traité. À ceux qui pensent que les diamants artificiels sont similaires aux diamants naturels, je dirais que leur valeur ne l’est clairement pas. Et en effet, le prix des diamants artificiels est déjà en train de chuter, puisque les usines qui les produisent se multiplient et que la technologie progresse. À mon avis, ils ne peuvent rivaliser qu’avec d’autres diamants industriels et avoir une valeur de revente similaire.

Le Processus de Kimberley (PK), qui réunit les acteurs de l’industrie diamantaire aux côtés de représentants étatiques et de la société civile, veille depuis 2003 à prévenir l’entrée des diamants issus de conflits dans le marché international, en s’appuyant notamment sur le régime international de certification des diamants (Système de certification du Processus de Kimberley – SCPK) qu’ils ont élaboré de manière tripartite, comment la Maison De Beers œuvre-t-elle sur le champ éthique et responsable ?

De Beers s’est impliqué de manière extrêmement proactive sur ce problème. Notre Maison de Joaillerie a d’ailleurs été la première marque au monde à fournir à ses clients une confirmation écrite fondée sur le système de certification PK. De plus, nous menons aujourd’hui une expérience pilote basée sur la blockchain pour authentifier les diamants. Cette technologie informatique – réputée comme inviolable –  est susceptible de nous aider à aller encore plus loin en termes de traçabilité et de garantie éthique.

©De Beers

Quels sont les défis posés aujourd’hui à votre profession de « chercheurs de pierres d’exception » ?

Le nombre d’acheteurs de diamants augmente, et la demande de diamants de luxe est plus forte aujourd’hui qu’à aucun autre moment de ma carrière, mais Mère Nature a cessé de produire des diamants naturels il y a 800 millions d’années. Il y a une vraie pénurie de diamants parmi les plus beaux et les plus désirables, particulièrement les « cailloux » de couleur. Même l’offre de diamants ordinaires parvient tout juste à se maintenir au niveau de la demande actuelle, qui est particulièrement forte en Orient.