Ceci n’est pas un énième examen de la voiture de sport à moteur central Cayman de Porsche, qui a été portée aux nues par l’équipe d’experts de Kelley Blue Book pendant plus de dix ans. Au lieu de cela, cet article a pour visée d’étudier la façon dont un tout nouveau moteur turbocompressé quatre cylindres à plat, venu en remplacement du très apprécié moteur six cylindres, a renforcé et amélioré le légendaire coupé allemand. Porsche 718 Cayman S, moteur !

L’histoire commença en 2006, lorsque Porsche lança sa voiture à moteur central Cayman, une sœurette version toit fermé de la Boxster décapotable. Le coupé fut livré avec un moteur atmosphérique 3.4 litres six cylindres à plat, ce qui aligna parfaitement le modèle d’entrée de gamme avec son grand frère, le célébré Carrera 911. Le premier modèle offrait 291 chevaux et un couple de 380 Nm. Un véritable bijou : assez puissant pour propulser la Cayman S à 100 km/h en 5,8 secondes, avec une vitesse maximale de 275 km/h, lorsqu’on y associe la boîte de vitesse automatique Tiptronic de Porsche.

Au cours de la décennie suivante, des caractéristiques variées de ce moteur Porsche traditionnel furent appliquées à la Cayman, allant du 2,7 litres de la Cayman standard à un six cylindres à plat plus conséquent de 3,8 litres, emprunté à la Carrera S, et dont la GT4 fut équipée.

L’arrivée de la Série 718 l’année dernière marqua un grand changement pour Porsche. La Cayman reçut non seulement une nouvelle nomenclature, mais aussi un tout nouveau moteur quatre cylindres, placé en plein cœur du châssis : le cher six cylindres à plat fut mis de côté alors que la main du constructeur était forcée par des limites d’émissions plus strictes, de même que par la législation sur l’économie de carburant. Il a donc fallu remiser deux cylindres.

L’annonce de cette révision à la baisse frappa d’un étonnement attendu l’enthousiaste communauté, mais Porsche n’en était pas à son premier revirement – les “Porschephiles” loyaux avaient déjà été secoués par le passé (la sortie de la Série 996 en 1999, et le lancement du véhicule de sport Cayenne en 2002 viennent à l’esprit). Toutefois, chaque décision historique monumentale, indépendamment du choc parfois impliqué, s’est avérée bénéfique sur le long terme. Porsche a assuré aux propriétaires que l’entreprise ne laissait pas tomber la très appréciée Cayman – elle n’a fait que l’améliorer.

Tracer son chemin à vive allure à travers une chaîne de montagne, au volant d’une Porsche 718 Cayman S 2017 avec la boîte de vitesses Porsche PDK sept vitesses : voilà une excellente manière de mettre les quatre petits nouveaux à l’épreuve. Tandis que la Cayman standard propose un nouveau 2,0 litres quatre cylindres à plat avec un turbocompresseur unique (évalué à 300 chevaux), le modèle S arbore un nouveau 2,5 litres quatre cylindres à plat avec un turbocompresseur à géométrie variable, en forme pour 350 chevaux. Monté dans un poids à vide d’environ 1383 kg, le nouveau moteur est suffisamment puissant pour propulser la 718 Cayman S à 100 km/h en 4,4 secondes, et à une vitesse maximale de 284 km/h.

Il n’y avait absolument rien de fondamentalement mauvais dans les moteurs atmosphériques six cylindres à plat, si ce n’est que chacun nécessitait une conduite ferme – majoritairement au-delà de 4 000 tr/min – afin de tirer quelque chose du couple juteux et de la puissance. Ce n’est pas le cas avec l’induction forcée, puisque la turbocompression assure que le nouveau moteur six cylindres à plat fournisse une réponse quasi-immédiate dès les premiers tours du moteur.

Avec la sélection du mode de transmission de la Sport-plus, l’utilisation de l’accélérateur est suivie d’une poussée immédiate à l’arrière du véhicule, ce qui permet à la Cayman d’être propulsée dans les virages avec assurance. La réponse de l’accélérateur étant presque instantanée, et le décalage du turbocompresseur très minime, l’ajustement du pied droit à la conduite du véhicule se fait sans effort. On projette le véhicule dans chaque virage, on soulève le pied pour initier la rotation du châssis, puis on écrase l’accélérateur afin de sortir du virage. Après quelques minutes d’acclimatation aux dynamiques du moteur central, ce qui signifie que l’on a appris à se servir du couple immédiat à son avantage, l’exercice n’est autre que celui de sourire jusqu’aux oreilles.

La puissance et le couple sont considérablement amplifiés, mais le caractère a changé. Contrairement à chacun des précédents moteurs six cylindres, le moteur quatre cylindres est un peu plus impertinent. Il est différent, sans conteste, sans pour autant être un seul instant inquiétant. De fait, lors d’une conduite j’ai constaté que les quatre nouveaux cylindres conféraient à la Cayman une impression de jeunesse et d’énergie – elle fait dix ans de moins.

Cette vigueur toute neuve est accentuée par la richesse du couple de la Cayman, ce qui est encore mieux accueilli lorsque l’on quitte les chemins sinueux de la montagne pour se lancer dans les rues et les autoroutes congestionnées. La plupart des conducteurs passent le plus gros de leur temps à accélérer après un feu ou un stop, ou encore à rejoindre le trafic fluide. À nouveau grâce au turbocompresseur, le quatre cylindres semble plus spirituel et pimenté : il a suffisamment de puissance pour animer les pneus arrière de la Cayman S immédiatement après un arrêt, par exemple avant de tourner à droite, une chose dont aucun des modèles précédents ne peut se vanter.

Porsche avait des objectifs en matière d’efficacité énergétique pour le nouveau modèle – lequel, d’après les dires, serait capable de réaliser une économie supérieure à 13% par rapport aux autres modèles.

Il suffit de passer 30 minutes au volant de la 718 pour qu’il apparaisse nettement que le nouveau moteur 2,5 litres turbocompressé quatre cylindres à plat a radicalement changé le caractère de la Cayman S. Bien sûr, elle n’est pas aussi fluide ni aussi emportée que ses prédécesseurs, mais il s’agit là d’un modèle amélioré dans toutes les autres catégories appréciables : plus de couple, de meilleures courbes de puissance, un rendement énergétique plus satisfaisant, et moins d’émissions.

Les puristes se lamenteront peut-être de la perte de l’iconique six cylindres, ce qui est compréhensible, mais la conduite de la nouvelle Porsche 718 Cayman S expose la vérité qui prévaut aujourd’hui : dans ce cas précis, quatre cylindres valent mieux que six.