L’actionnaire majoritaire de Renault a confirmé vouloir revendre les 5% du capital du constructeur acquis en 2015 afin de s’assurer les droits de vote doubles prévus dans le cadre de la loi Florange… « quand les conditions seront réunies ».

L’Etat actionnaire ne semble pas décidé à « lâcher » du lest sur ses joyaux. Ainsi, Michel Sapin a confirmé que la prise participation de 5% acquise en 2015 – portant de 15% à 19,74% sa part total dans le capital de Renault- avait vocation à être cédé…mais pas tout de suite. « L’Etat n’est pas monté pour l’éternité », a tout d’abord, souligné le ministre de l’Economie et des Finances, Michel Sapin sur BFM Business. Pragmatique, l’homme fort de Bercy estime toutefois que le moment n’est pas encore venu. « Après, moi, je suis aussi gestionnaire des intérêts de l’Etat, je regarde quel était le cours au moment où on a acheté et le cours aujourd’hui, et je n’ai pas envie de faire perdre de l’argent aux Français ». Fin de citation.

Pour rappel, et comme évoqué en préambule, l’Etat via son « bras armé », l’Agence des Participation de l’Etat (APE) censé incarner l’Etat actionnaire était monté au capital du constructeur en 2015 afin de s’assurer d’obtenir les droits de vote doubles prévus dans le cadre de la loi Florange. Cette dernière visant « à reconquérir l’économie réelle », permet aux actionnaires qui conservent leurs titres pendant au moins deux ans, d’être récompensés par l’octroi de droits de vote doubles. Sauf si l’assemblée générale adopte une résolution qui annule ce dispositif. Cette disposition permet ainsi de valoriser l’actionnariat de long terme et fait office d’outil de lutte contre la spéculation. Mais, les tenants du sacro-saint principe « une action = une voix » étaient montés au créneau pour fustiger un procédé peu équitable à leurs yeux.

« Une action = une voix »

Cet épisode avait, à l’époque, provoqué une « mini-crise » entre Renault et Bercy, le constructeur étant soucieux de préserver l’équilibre de son alliance avec Nissan, qui, chose étonnante, ne dispose toujours d’aucun droit de vote. Tandis que dans cette configuration, L’Etat français, outre sa participation frisant les 20%, détient 26,05% desdits droits de vote. Après moult négociations et autres conciliabules, les différentes parties étaient parvenues à un accord, l’une des conditions étant que l’Etat s’engage à ramener sa participation à son niveau initial de 15,01%, ce qu’il n’a toujours pas fait en raison, toujours selon Bercy et Michel Sapin, des conditions de marché.

Des « conditions de marché » loin d’être idoines en ce début d’année pour le groupe de Carlos Ghosn chahuté en Bourse. Depuis le début de l’année, le titre du constructeur au losange a cédé de près de 6%, sous-performant allègrement le marché. Une baisse imputable aux révélations du rapport de la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes (DGCCRF) qui a conduit le parquet à ouvrir une information judiciaire pour tromperie présumée sur les émissions diesel du groupe.

En délicatesse en Bourse         

Un début d’année d’autant plus délicat sur le front boursier quand, à l’inverse, son concurrent Peugeot, caracole en tête du palmarès du CAC 40 avec une progression de 19,39% depuis le début de l’année civile. Si les révélations concernant le « Diesel Gate » s’avèrent exactes – ce que le constructeur a, pour rappel, vigoureusement démenti – le cours de Bourse de Renault pourrait ne plus être simplement chahuté mais particulièrement soumis à rude épreuve.

Pour rappel, entre le 19 et le 22 septembre, période durant laquelle a éclaté « l’affaire Volkswagen » outre-Rhin, le titre du constructeur de Wolfsburg a chuté de près de 40% à la bourse de Francfort, entrainant dans son sillage, où plutôt dans sa chute, l’ensemble du secteur à l’échelle européenne. La revente des fameux 5% pourrait finalement intervenir encore plus tardivement qu’escomptée, si l’action Renault ne retrouve pas de sa superbe.