Malgré la garantie de l’Etat dans ces prêts débloqués pour faire face à la crise sanitaire, les banques pourront être contraintes de mobiliser leurs fonds propres dans le futur. La crise qui continue et met en danger de plus en plus de petites entreprises invite à réinventer les systèmes de notation et d’octroi des crédits pour ne pas discriminer des structures modestes et déjà fragilisées. Fabrice Fauconnier, responsable d’offre, product manager du progiciel Anadefi.

Qu’elles optent ou non pour une prorogation d’un an supplémentaire quant à leurs paiements, les entreprises ayant souscrit à un prêt garanti par l’état (PGE) vont bientôt être confrontées à des charges supplémentaires. Le dispositif mis en place par le gouvernement français en mars dernier a permis à de nombreuses TPE et PME de garder la tête hors de l’eau, en leur permettant de bénéficier d’une avance de trésorerie. Néanmoins, l’heure du remboursement approchant à grands pas, les banques ont tout intérêt à revoir leurs procédés d’évaluation.

En effet, sur les 300 milliards d’euros débloqués par l’Etat, environ 120 milliards ont été distribués par les banques, en priorité aux petites et moyennes entreprises. Pour certaines d’entre elles, ces prêts ont été perçus comme une enveloppe de trésorerie à utiliser au besoin ; d’autres n’y ont pas encore touché. Or, ces PGE présentent peu de danger pour les banques dans la mesure où ce sont les entreprises qui risquent de se retrouver en défaut de paiement, et avec une quantité considérable de dossiers à gérer.

Un système de notation obsolète

Actuellement, les entreprises fournissent chaque année leurs bilans officiels qui sont utilisés par les banques comme support de notation. Les banques ont recours à un dispositif de notation interne dans le cadre de la réglementation bâloise et calculent leurs fonds propres à partir de cette note. Avec le remboursement des PGE, trois difficultés vont émerger :

  • Les notes ne seront plus représentatives de la santé de l’entreprise face à la crise. En effet, il est très complexe de calculer une note exacte sur la base des déclarations fiscales de 2019 et 2020, alors que les règles encadrant les PGE évoluent et que la crise continue. En outre, dans les systèmes de cotation, la note financière compte pour 80 % de la note de contrepartie. Les éléments financiers actuels étant difficiles à interpréter, ces deux indicateurs perdent de leur sens et les fonds propres des banques pourraient ne plus être en adéquation avec la réalité.
  • Une dégradation des notes est à prévoir, avec pour conséquence l’augmentation des fonds propres nécessaires au bon fonctionnement des banques. Ainsi, l’attribution et les coûts du crédit vont évoluer. Les banques peuvent insister sur la réduction de leurs prises de risques, en augmentant le coût du crédit ou en en limitant l’octroi. Dans les deux cas, cela risque d’aggraver la situation d’entreprises déjà en difficulté : seules les plus solides pourraient se voir accorder des prêts, au détriment de celles qui en ont le plus besoin pour se reconstruire.
  • Les établissements bancaires ayant accordé des PGE font face au risque client maximal. La garantie de l’Etat ne couvre pas tout le prêt, et au moins 10 % de la somme reste à leur charge. Malgré les marges faibles et un recouvrement onéreux lié entre autres au nombre de dossiers, les banques devront assumer le coût des ressources humaines, techniques et financières nécessaires à la bonne gestion de la situation. En outre, le risque ne portera pas seulement sur le PGE, mais sur l’ensemble de la contrepartie et il sera nécessaire d’envisager les risques d’un point de vue global.

 

Augmenter la périodicité d’analyse et de notation

Dans le contexte actuel, les données financières annuelles ne sont pas suffisantes, car plusieurs entreprises risquent de disparaître dans les mois qui viennent. Il convient donc d’augmenter de manière significative les critères extra-financiers (critères qualitatifs, comportementaux…) à prendre en compte dans la notation. Pour gagner en flexibilité, et en précision, il s’agit également de calculer plus souvent cette note afin d’être au plus près de la santé de l’entreprise. Cela implique de trouver davantage de sources de données et d’être en mesure de les traiter rapidement. Dans l’idéal, il faudrait pouvoir consulter et obtenir les comptes de l’entreprise plus fréquemment, mais cela se heurte à une contrainte : un coût pour les entreprises et pour les banques, qui devront être capables de fournir et de traiter cette masse d’informations.

 

Allonger les projections financières

De nombreuses entreprises cumulent plusieurs dispositifs d’aide, ce qui engendrera un afflux des charges lors du remboursement, avant même que le chiffre d’affaires ne soit revenu à la normale.  Il est donc conseillé de faire des projections financières sur plusieurs années pour mesurer la viabilité de l’entreprise dans le temps. Cela passe par la mise en place de score crédit : plutôt que d’utiliser des notes de contrepartie basées sur des éléments financiers passés, les banques doivent aussi tenir compte d’éléments présents et futurs.

Adapter les dispositifs de surveillance, modifier les systèmes de notation en prenant en compte les projections et des éléments qualitatifs, augmenter sérieusement la périodicité d’analyse et de notation… Ces changements requièrent des logiciels adaptés, facilement configurables, pour ajuster les méthodologies à une situation inédite. Cette centralisation des informations qui s’appuie sur l’automatisation favorisera à terme la prévention des défaillances.

 

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