Peut-on vivre légalement des crypto-monnaies en France ? Oui si l’on en croit le témoignage d’Owen Simonin, alias Hasheur.

On connait tous l’ami d’un ami qui a entendu parler d’un ami qui a acheté quelques milliers de Bitcoin lorsqu’il valait moins de 20$ courant 2011, et poste depuis début 2018 sur instagram les photos de sa vie de jet-setter millionnaire. Le même qui alimente sa chaine youtube de conseils et leçons de vie et de business sur le thème du “comment réussir”, et insistant bien sur le fait que c’est par le travail acharné et l’intelligence qu’on déclenche sa chance. Bien sûr, bien sûr.


Et puis il y a la vraie vie, les tentatives de crypto-trading qui finissent immanquablement par la perte sèche et totale du capital investi, les centaines de vidéos passées à tenter d’entrer dans le clan fermé des “influenceurs crypto” qui peuvent vivre de leur blabla, mais qui finissent elle-aussi immanquablement par quelques centaines d’abonnés à peine, et du temps perdu…

Beaucoup de gens rêveraient de pouvoir “vivre” des crypto-monnaies, et souvent d’ailleurs autant pour des raisons pragmatiques (faire fortune dans ce secteur naissant en partant de peu semble encore possible) que pour une question de valeurs (apporter sa pierre à l’édifice de la société de demain, décentralisé et moins corrompue).

Mais à lire les news quotidiennes sur le sujet, entre scandales de scams, phishing, “sextorsion”, token détournés par leurs fondateurs et CEO de plateformes d’échange partis avec la caisse, on en vient à douter : peut-on concrètement et légalement vivre des crypto-monnaies ? S’il existait seulement un exemple concret de quelqu’un qui y parvient, sans tricher ni enjoliver les faits au-delà du raisonnable, sans que le facteur chance soit finalement celui qui outrepasse tout le reste, alors cela suffirait à maintenir sa motivation à poursuivre ses propres expérimentations en la matière.

Commençons cette série de portraits par le plus gros youtuber francais sur les crypto-monnaies (avec plus de 100 000 abonnés), qui déclare à 22 ans plusieurs millions de chiffre d’affaires pour sa société principale “Just-mining“, en a déjà lancé deux autres, et revient entre deux conférences Ted donner des cours à l’Edhec, dont il est sorti il a 2 ans à peine…

Quel est ton background ?

Je vis sur Metz, mais je suis né en Corse. J’ai beaucoup voyagé, car mon père (Philippe) est dans le football (actuellement Préparateur physique au club de Charleroi en Belgique). Nous avons vécu à Metz, Reims, et notre pied à terre étaient la Corse. J’ai fait le gros de mes études là-bas, puis une école de commerce (EDHEC) à Lille. Mon premier boulot légal fut celui de CEO de Just-Mining.

Quand et comment es-tu “tombé” dans les cryptoactifs ?

Mon parcours intellectuel a croisé le concept du bitcoin dès 2014 : il valait à l’époque “à peine” 500$ ! J’avais 17 ans, et bien évidemment pas un sou à investir… J’ai réellement “plongé dedans” à partir de 2016 (avec ma chaine YouTube) après avoir pris le temps de digérer les fondamentaux techniques qu’il y avait derrière (la Blockchain) et son formidable potentiel, qui va bien au-delà de la simple “monnaie digitale décentralisée”.

Considères-tu que tu as “eu un coup de chance” ou revendiques-tu avoir reçu les fruits d’un positionnement stratégique précis et au bon moment sur les cryptoactifs ?

C’est certain, cette évolution si rapide de mon parcours et une recette qui mélange travail et passion couplée à de l’insouciance et de la chance. Avant de lancer Just Mining, j’avais parlé d’ethereum sur ma chaîne YouTube, j’avais 18 ans, je ne savais pas ce qu’était légalement un conseil en investissement, et je disais à mes abonnés de vendre leur maison, leur voiture et tout ce qu’il avait pour acheter de l’ETH ! Moins de trois mois plus tard, cette crypto-monnaie voyait son cours multiplié par … 50 ! J’ai littéralement rendu des gens riches alors qu’avec du recul, je me rends compte que mes propos étaient totalement inconscients (et même si j’avais le sentiment que la Blockchain était l’avenir, un x50 en quelques semaines, je ne l’avais moi-même pas anticipé du tout).

Mais bien que cet épisode ait été determinant sur la notoriété de ma chaine youtube, cela ne m’a pas particulièrement enrichi : je n’avais toujours pas les moyens d’investir massivement dans les crypto-monnaies à cette époque.

Il fallait construire, repérer un “océan bleu” avec un besoin de marché clair, et savoir y répondre “depuis un garage” en mode “lean startup”, avec quelques amis motivés. Ce que j’ai fais avec le lancement de Just Mining, qui proposait des services dans le setup de matériel et plateformes de minage de crypto-monnaies.

La société fut lancée quelques mois avant le boom de décembre 2017, le timing était parfait. Je savais que c’était le bon wagon, mais je ne pensais pas qu’il accélèrerait si vite : nous avons réalisé un chiffre d’affaire de 2,5 millions d’euro dès la première année…

Es-tu également impliqué dans la Blockchain et ses applications ?

En tant que mineur d’ETH (Ethereum) et de BTC (Bitcoin) je suis en effets déjà bien impliqué dans la Blockchain publique. Ma contribution “à la cause” ne s’arrête toutefois pas là: je mets également en avant et j’accompagne le marketing d’autres projets (avec des blockchain publique, mais aussi privée) à l’échelle francophone.

En tant que Business-Angel ou investisseur, es-tu engagé sur des projets crypto ou blockchain ?

Je suis plus souvent au cœur des projets cryptos que simple investisseur, et nous nous apprêtons d’ailleurs à rejoindre deux nouvelles structures dans le domaine en tant “qu’investisseurs impliqués” dont vous entendrez parler très bientôt. J’investis à côté de ça dans l’immobilier ou des projets n’ayant AUCUN rapport avec la Cryptomonnaie, diversification de portefeuile oblige…

Penses-tu que le “minage” continuera de présenter un intérêt financier avec le prochain “halving” ?

Je pense non seulement que ce sera le cas, mais ma vision va même au-delà. Le minage (du moins le minage avec serveur “physique”) est intrinsèque au concept même des premières blockchains : il ne s’eteindra pas de sitôt, mais va muter, mais il continuera de représenter outre la structure de validation des transactions, également « la pierre angulaire de sécurisation de la blockchain contre récupération de commission ». Et avec cette définition-là, oui, il sera toujours nécessaire et offrira des potentialités de “travail à temps plein” pour certains hommes / machines.

Quel est selon toi le positionnement de la France sur ces sujets ? Existe-t-il une “Crypto-French touch” ?

La France essaye de suivre le mouvement très rapide qu’est celui de la révolution Blockchain (et plus généralement des DLT – Digital Ledger Technologies). La régulation essaye de se mettre à jour, même si tout est toujours trop « lent » en raison du décalage entre calendrier tech et calendrier politique. Mais c’est déjà un avantage pour la France, qui a le mérite de se positionner, car trop de pays n’ont pas du tout saisi le sujet à ce jour.

Je suis un peu inquiet sur la régulation à venir (AMF, ACPR), mais ce sera positif une fois qu’il y aura des standards : on pourra “partir” de là et continuer d’évoluer. Dans le privé il y a pas mal de beaux projets en France donc oui, je pense qu’il y a une Crypto-French touch. Après, publiquement parlant, il n’y a que Tezos : et ils n’ont pas leurs comptes en France…

Quelle est ta vision “macro” du phénomène crypto ?

Je pense vraiment que la Blockchain est une révolution technologique et sociale. C’est définitivement un plan B immuable et pour certain l’unique plan A (d’un point de vue socio-économique).

Plus factuellement, c’est un outil et une technologie qui peut être beaucoup moins engagée socialement et qui peut simplement régler des problèmes techniques jusqu’à présent insolubles vis à vis de l’intégrioté des données, tous secteurs confondus. La Blockchain n’a pas toujours à être « immuable et avec une gouvernance décentralisée » comme celle du Bitcoin. Cela peut tout aussi être vu et exploité comme une méthode de communication rapide, fiable et à moindre coût que l’existant.

C’est donc un formidable outil, novateur, protéiforme et utile, mais qui peut aussi offrir des fonctionnalités sociales incroyables. Là ou un grand nombre d’hommes aiment parler d’algorithme , j’aime voir la Blockchain comme un “Androrithme”. La blockchain a besoin d’humains qui l’utilisent, la sécurisent et la renseignent pour pouvoir être pertinente. Cette proximité rend cette technologie très « adaptable et organique ».

Un mot de la fin…

On prête ces mots à un philosophe allemand connu: « Toute vérité passe par trois étapes , d’abord elle est ridiculisée , ensuite elle est violemment combattue et enfin elle est acceptée comme une évidence. »

Je pense que la Blockchain est sur le point de devenir évidente.

Owen Simonin en quelques chiffres :

Âge : 22

Originaire de Bastia (Corse)

Abos chain YouTube Hasheur : 135k

Followers sur Twitter : 21k

Date de lancement et Audience du Bloc-Note : 13/02/2019

Business principaux (nom et sites web des sociétés) :

Just Mining, https://www.just-mining.com/

Deskoin, https://www.deskoin.com/

Ryturn, https://ryturn.com/

Dernière actu en date : Sa conférence Ted du 25 novembre https://www.youtube.com/watch?v=gkwfsjoSLg0