Alors que la rumeur d’une intervention de l’Etat italien pour soutenir ses banques bruissait, Rome a mis un terme à « ce faux suspens » en annonçant avoir demandé au parlement la « mise en réserve » d’une vingtaine de milliards d’euros.

« L’interventionnisme étatique » pour sortir les banques de l’ornière ? C’est le parti pris par Rome qui goûte peu d’assister, impuissant, au délitement de ses établissements bancaires parmi lesquels la plus vieille banque du monde encore en activité, Banca Monte dei Paschi di Siena qui n’est ni plus ni moins que la troisième banque du pays en matière de volume de prêts. Ainsi, le nouveau président du Conseil, Paolo Gentilini, a sollicité en ce sens les parlementaires pour procéder au décaissement d’une somme avoisinant les 20 milliards d’euros.  « L’enveloppe pour laquelle le gouvernement sollicite l’autorisation des parlementaires servirait notamment à aider des banques à renforcer leurs fonds propres », a abondé le ministre italien de l’Economie, Pier Carlo Padoan.

Comme évoqué en préambule, Monte dei Paschi cristallise les inquiétudes. La banque toscane doit impérativement lever cinq milliards d’euros d’argent frais auprès d’investisseurs privés avant le 31 décembre. Une somme nécessaire à sa survie alors que la BCE a opposé une fin de non-recevoir à la demande de délai de la banque, il y a une dizaine de jours, arguant « qu’il ne serait pas judicieux de retarder les choses trop longtemps ».

Le tiers des créances douteuses de la zone euro

Mais les analystes demeurent résolument sceptiques sur la réussite de ce plan de recapitalisation privée, même si l’un des investisseurs, en l’occurrence le fonds Atlante qui après avoir émis des réserves sur les conditions d’un crédit relais, s’est finalement engagé à racheter pour 1,5 milliard de créances douteuses. En dépit de cette « bonne nouvelle », Rome se tient donc prêt à injecter jusqu’à 20 milliards d’euros pour renflouer, outre Monte dei Paschi di Siena, d’autres établissements transalpins en difficulté, notamment Banca Carige et les banques non cotées Banca Popolare di Vicenza et Veneto Banca.

Pour rappel, le bulletin de santé des banques italiennes est alarmant, puisqu’en effet, les 14 grands établissements du pays détiennent, à eux seuls, plus d’un tiers des créances douteuses de l’ensemble de la zone euro, soit l’équivalent de 360 milliards d’euros. A la différence de l’Espagne ou de l’Irlande, l’Italie n’était pas intervenue pour aider son secteur bancaire lors de la crise financière.

L’Union européenne a depuis adopté de nouvelles règles, dites de “bail-in”, qui obligent une banque en difficulté à mettre d’abord à contribution ses actionnaires, détenteurs d’obligations et éventuellement déposants avant de pouvoir solliciter l’argent du contribuable. Un sujet des plus délicat en Italie où de nombreux particuliers détiennent, comme rappelé par Reuters, de nombreuses obligations de leur banque et risquent ainsi de voir leur épargne s’évaporer en cas de faillite.