L’année financière 2017 sera rythmée par la vitesse de normalisation de la politique américaine. Après plusieurs années d’inflation atone, l’indice général des prix devrait être orienté à la hausse.

La poursuite de l’amélioration du marché de l’emploi devrait stimuler les salaires tandis que le programme de réduction d’impôts du président élu est susceptible de soutenir les dépenses des ménages mais surtout des entreprises. Par ailleurs, la hausse du prix des matières premières (essentiellement le pétrole) et des produits exportés par la Chine auront également un impact positif sur les indices de prix. En conséquence, la Fed devrait graduellement durcir sa politique monétaire si le processus de reflation se fait progressivement. A contrario, les relèvements de taux seront rapides en cas de nouveau choc inflationniste. 

De nombreux pays émergents ont profité de la politique ultra-accommodante de la banque centrale américaine, et la fin de cette période pourrait mettre certains Etats en difficulté. Les plus à risques sont ceux dont la dette est libellée en dollar et ceux dont la balance des transactions courantes est négative (c’est-à-dire dont l’économie est dépendante des investisseurs étrangers). En effet, ces derniers risquent de subir des fuites de capitaux, les taux américains devenant plus rémunérateurs. Alors que certains bénéficieront de la baisse de la devise locale pour booster leurs exportations, d’autres pourraient relever leurs taux pour juguler les fuites de capitaux et contrer les pressions inflationnistes. Le degré de dépendance d’une nation vis-à-vis de l’étranger ainsi que la hausse de l’aversion au risque peuvent ainsi précipiter une économie dans une situation très compliquée. 

Le défi de la démonétisation

Dans un contexte de fortes incertitudes géopolitiques, la Turquie, dont la balance des transactions courantes est largement négative (~-4.5%), est par exemple vulnérable. Alors que la lire turque flirte avec un plus bas historique face au dollar, la banque centrale pourrait choisir de remonter ses taux au moment même où la croissance montre des signes de faiblesse en raison de l’effondrement de l’activité touristique (~-30% sur la période janvier-novembre 2016). En parallèle, l’Inde, dont la balance courante est toujours négative (~-1%), n’est pas en reste face au défi de la démonétisation. Le retrait de la circulation des billets de 500 et de 1000 roupies reste au centre des discussions en raison des effets néfastes qui sont susceptibles de peser sur la croissance au moins jusqu’au T1 2017. Avec une inflation maîtrisée, la banque centrale indienne pourrait donc être tentée de réduire ses taux pour stimuler l’activité économique, ce qui accentuerait malheureusement les fuites de capitaux à court terme. 

Par ailleurs, les états dont la monnaie est indexée sur le dollar subissent également la normalisation des taux américains. Les pays du Golfe, et notamment l’Arabie Saoudite, ont déjà été contraints de vendre une part significative de leurs réserves de changes afin de défendre leur parité. Ainsi les réserves saoudiennes ont-elles fondu de près de 25% en deux ans en raison de la baisse de l’or noir et des rentrées fiscales. Cette détérioration des comptes publics explique en partie pourquoi l’Arabie Saoudite a changé de stratégie concernant la production de pétrole. La hausse du billet vert pèse également sur la demande de pétrole dont de nombreux émergents sont dépendants (Moyen-Orient, Amérique Latine, Russie, etc.). Il va sans dire que l’appréciation du dollar continuera de mettre la pression sur les autorités monétaires de ces pays. 

Fuites de capitaux

Enfin, la Chine, dont le Yuan flotte maintenant face à un panier de devises, est moins sensible que d’autres aux mouvements de la Fed. A compter du 1er janvier 2017, 11 nouvelles monnaies seront incorporées dans l’indice cible, tandis que le poids du dollar sera réduit à 22,4% contre 26,4% au préalable. Néanmoins, l’empire du milieu doit faire face à des fuites de capitaux qui affaiblissent le Yuan en raison du ralentissement de l’économie et, plus précisément, du fléchissement du marché immobilier. De même, la potentielle politique protectionniste de Donald Trump (au moins pour certains secteurs) risque de freiner les exportations.