Après le départ de Janet Yellen, et son remplacement par Jerome Powell à la tête de la Réserve fédérale américaine, c’est maintenant au tour de la Banque centrale européenne de remodeler son état-major. Si le poste de vice-président échoit à Luis de Guindos, la bataille pour la présidence de la BCE ne fait que commencer.

A Francfort, les couteaux s’aiguisent dans l’arrière-cuisine de la Banque centrale européenne concernant la refonte de la gouvernance de la BCE à venir. Si la semaine dernière, Luis de Guindos a finalement accédé à la vice-présidence après le renoncement du candidat irlandais,  la présidence de l’institution attise également toute les convoitises. En premier lieu celle de l’aAllemand Jens Weidman, ancien président de la Bundesbank. Car, en effet, la tension monte autour des différents postes à pourvoir, en l’occurrence la présidence de la BCE, le titre d’économiste en chef de la BCE et un mandat de membre du directoire de la BCE. Sans oublier le poste de président de la Commission Européenne. Plusieurs points de crispation se font ressentir, notamment en ce qui concerne plus particulièrement le fameux équilibre « Nord/Sud ». Et à ce petit jeu l’Allemagne place déjà ses pions. En encourageant la candidature du vice-président espagnol, elle envoie un message fort aux pays du Sud, leur laissant le champ libre sur un mandat. En espérant un renvoi d’ascenseur au moment de la désignation du futur président de la BCE.


Car celui qui envisage de succéder à Mario Draghi à la tête la BCE coche presque toutes les cases. Économiste de formation, il se veut néanmoins le chantre d’une politique d’austérité à l’opposé de celle menée par l’actuel président. Ces dernières années, Mario Draghi a donné quelques sueurs froides à l’Allemagne en menant une politique ultra accommodante. Au-delà d’un simple réagencement, c’est toute la ligne directrice de la politique économique européenne qui est en jeu. D’autant plus que Berlin a déjà la main trois postes ô combien stratégiques. Ainsi Klaus Regling  préside aux destinées du Mécanisme européen de stabilité, Werner Hoyer, dirige la Banque Européenne d’Investissement et Werner Hoyer n’est autre que le président du Conseil de résolution unique, tous sont de nationalité germanique.

Moins d’alliés qu’escompté

Mais la personnalité clivante de Jens Weidmann pourrait avoir raison de ses ambitions, l’institution de Francfort brillant par son consensus. En effet, sa volonté de mener une politique empreinte d’austérité pourrait aller à l’encontre de la volonté de plusieurs pays. Certains ont déjà fait les frais de ses prises de position tranchée. Par exemple, l’Italie n’est que très peu favorable à sa candidature, en raison des commentaires que Jens Weidmann avait formulé, critiquant notamment la lenteur de la politique de réduction de l’endettement menée par Rome.  Si la moyenne d’âge de ses trois prédécesseurs au moment de leur « prise de pouvoir » oscillait autour  de 62 ans, Jens Weidmann, « seulement » âgé de 50 ans apporterait un souffle nouveau sur la Banque centrale européenne. Surnommé “Monsieur Non” ou encore “l’anti-Mario Draghi”, le poste de président lui a échappé de peu en 2011 lorsque Angela Merke l’avait choisi pour diriger la Bundesbank. Fin connaisseur des arcanes et des dossiers européens, il participe en 2007 au G7 ainsi qu’au G8 en tant que négociateur en chef de son pays. En outre, il a été affecté en 2007 sur plusieurs dossiers brûlants, comme la recapitalisation des banques grecques ou encore le dossier Opel.

Autres postes à pourvoir

Hormis la BCE, la commission Européenne devra également trouver un nouveau président, l’actuel « titulaire du poste » Jean-Claude Juncker, président de la commission Européenne voyant son mandat arriver à échéance à la fin de l’année 2019. Le nom de Michel Barnier, négociateur du Brexit, circule avec insistance pour la succession du Luxemburgeois. D’autres postes, moins visibles du grand public mais tout aussi important, seront également à pourvoir. Le mandat de Peter Praet, économiste en chef, prendra fin en 2019. Philip Lane, l’économiste irlandais et candidat malheureux face à Luis de Guindos est pressenti pour lui succéder. « Mais c’est une partie d’échecs et nous n’en connaissons pas encore tous les joueurs. Lane serait bien placé pour ce poste », soulignent plusieurs sources proches du dossier citées par Reuters. Les grandes manœuvres ne font que commencer.

 

 

Encadré : l’inconnu Luis de Guindos 

La vice-présidence de la BCE a un nouvel occupant. Luis de Giondos, inconnu du grand public, a notamment dirigé AB Asesores, une société de bourse indépendante. Il a également officié au sein du gouvernement de son pays puisqu’il était secrétaire d’Etat à l’Economie et à la Planification de 2002 à 2004.  Il devient ensuite président exécutif de la banque d’affaires américaine Lehman Brothers pour la zone Espagne et Portugal au sein de la banque Lehman Brothers. Nommé le 19 février, sans avoir eu à se livrer à un duel acharné, son « challenger » irlandais, Philip Lane, s’étant retiré lui-même de la compétition.