Lundi 20 août restera un jour historique pour la Grèce. Le pays s’émancipe de la tutelle financière imposée par Bruxelles, la BCE et le FMI depuis début 2010. « Un nouvel horizon se profile », a déclaré le gouvernement dont le pays s’est vu injecter 289 milliards d’euros au cours de trois plans de sauvetage en 2010, 2012 et 2015. Mais la Grèce mettra encore longtemps à se relever. Quant au reste de l’Europe, les regards se tournent vers la situation préoccupante de l’Italie.

« Pour la Grèce, pour la zone euro, c’est une journée importante, historique. Après 8 ans d’assistance financière, le pays peut enfin se tenir sur ses deux pieds » indiquait ce lundi matin dans un tweet  Pierre Moscovici, commissaire européen aux affaires économiques et financières. Même image dans un communiqué de Mario Centeno, président du Conseil des gouverneurs de Mécanisme européen de stabilité (MES) : « pour la première fois depuis début 2010 la Grèce se tient debout sur ses deux pieds. »


Car depuis 2010, le pays marchait grâce à des béquilles. Et ce Lundi 20 août 2018, la Grèce sort officiellement de la tutelle des créanciers internationaux. Au total, 289 milliards d’euros ont été injectés au cours de trois plans de sauvetage en 2010, 2012 et 2015. « Un nouvel horizon se profile », a déclaré le gouvernement grec après le versement d’une dernière tranche de 15 milliards d’euros.  

Chute du PIB, explosion du chômage

Petit retour en arrière. En 1981, la Grèce intègre la CEE. En 2002, elle adopte la monnaie unique européenne et abandonne le drachme. Moins de dix ans plus tard, c’est la chute. Le pays a masqué l’ampleur des déficits et doit demander l’aide de l’Europe. Dès 2010, pas moins de 110 milliards d’euros sont versés au pays en échange d’une cure d’austérité. En 2012, ce plan d’austérité est accentué par le trio UE, BCE et FMI et la tentative d’assouplissement espérée par Alexis Tsipras en 2015 échouera sous la menace d’un « Gexit ».

En huit ans, le PIB a chuté de 25% et le chômage a explosé, avec un sommet à 27,3% atteint en 2013 (aujourd’hui retombé à 20%). Le plan d’austérité imposé par Bruxelles, la BCE e le FMI a conduit le Parlement grec à baisser les salaires des fonctionnaires (- 40%) et les pensions de retraites (- 50%). Résultat, plus de 500 000 jeunes ont quitté leur pays à la recherche d’une formation et d’un emploi.

Surveillance renforcée

L’économie grecque commence à montrer des signes d’amélioration avec une croissance de 2,3% au premier trimestre 2018 et un chômage qui est passé sous la barre des 20%, une première depuis plus de sept ans. Autre signe encourageant, l’agence de notation Fitch vient de relever la note de la dette grecque à ‘’BB-‘’.  

Mais parler de fin de tutelle ou de sortie de crise serait prématuré. En effet, la Grèce restera sous « surveillance renforcée » jusqu’en 2022. Et la dette représente toujours 180% du PIB, une somme colossale à rembourser dès 2032. Dans ce contexte, le gouvernement prévoit de nouvelles restrictions en 2019 et 2020, avec notamment une nouvelle baisse des retraites. De quoi inquiéter la population qui ne perçoit pas dans son quotidien les résultats de l’amélioration de la situation économique de son pays.

Et maintenant, l’Italie ?

La Grèce n’est pas le seul pays en Europe à être confronté à une dette insoutenable. Pour France Inter, Anne-Laure Delatte, directrice adjointe du Centre d’études prospectives et d’informations internationales (Cepii) met en garde face : « On n’a pas du tout résolu le problème de la dette publique, qui reste importante en Italie, en Grèce ou au Portugal, malgré leurs efforts. » En effet, si la Grèce caracole à plus de 180%, l’Italie inquiète avec 133,4% de dette publique, ainsi que le Portugal à plus de 126%. Quant à la France, elle affiche une dette publique de 97,7% en augmentation de 0,9 points.

Si les regards se tournent aujourd’hui vers l’Italie, c’est à cause de sa dette, mais aussi de la fragilité de ses banques et d’un gouvernement populiste arrivé au pouvoir après deux mois de crise et un programme économique encore flou.