La question des dettes souveraines pourrait rapidement redevenir un sujet de préoccupation. Grâce aux mesures extraordinaires d’assouplissement quantitatif de la BCE, les taux d’intérêt se sont resserrés et ont fortement chuté, réduisant ainsi la charge de la dette supportée par les Etats.

Néanmoins, l’inquiétude autour de la soutenabilité de certaines dettes pourrait refaire son apparition dans un contexte d’incertitudes politiques et d’accélération de l’inflation. En effet, la hausse des prix laisse entrevoir la sortie du «Quantitative Easing », engendrant potentiellement des turbulences sur le marché obligataire.

L’instabilité politique dope les primes de risque  

L’instabilité politique que connait l’Europe se traduit sur le marché obligataire par une hausse des taux longs des pays les plus exposés qui voient leur prime de risque s’apprécier. A titre d’exemple, l’écart entre le taux d’emprunt à dix ans français et allemand s’est creusé, culminant à près de 75 points de base début février (plus haut depuis novembre 2012). Ce mouvement reflète en partie l’inquiétude des investisseurs suite au Penelope Gate.

En effet, la tourmente dans laquelle se retrouve François Fillon a facilité une percée des partis populistes en amont des élections présidentielles (1er tour : 23 avril ; 2ème tour : 7 mai). A titre d’illustration, selon les bookmakers, la probabilité que Marine Le Pen remporte les élections frôle les 30%. De même, la capacité d’Emmanuel Macron (actuel favori) à diriger le pays inquiète. En effet, les élections parlementaires (1er tour : 11 juin ; 2ème tour : 18 juin 2017) promettent à ces deux potentiels vainqueurs une difficile, voire improbable, majorité.

Percée des populistes 

Cette paralysie politique risque également de se présenter aux Pays-Bas. Les prochaines élections législatives se tiendront le 15 mars 2017 et devraient déboucher sur la formation d’un nouveau gouvernement. L’extrême-droite, qui a pour chef de file, Geert Wilders, est à la tête des sondages. Les autres partis excluant toute coalition, Geert Wilders n’aurait pas les moyens de gouverner même si son parti l’emportait, sachant que le mode de scrutin proportionnel prévaut dans ce pays.

De la même manière, l’avenir politique en Italie reste opaque d’autant que la question du renflouement des banques n’est toujours pas totalement résolue. En cas de nouveau stress (élections anticipées au mois de juin, faillite d’un établissement bancaire, etc.), la prime de risque associée à l’Italie se réajusterait à la hausse.

Dette allemande à suivre

Ainsi, lorsque l’aversion au risque prend de l’ampleur, les investisseurs se détournent des actifs les plus risqués au profit des actifs de qualité, créant parfois des mouvements brutaux d’écartement des taux des dettes souveraines. En Europe, l’actif sans risque par excellence est le Bund allemand (taux d’emprunt à 10 ans). Néanmoins, le comportement de la dette allemande sera également à suivre en amont des élections fédérales (24 septembre) alors qu’Angela Merkel (CDU) perd du terrain dans les derniers sondages face à Martin Schulz (SPD).

Par ailleurs, le gouvernement britannique semble sur la bonne voie pour activer l’article 50 d’ici la fin mars, amorçant ainsi officiellement les négociations sur les conditions de sortie de l’union européenne. La question de la contribution au budget européen sera centrale, et des difficultés sont à venir.

La hausse de l’inflation met également la pression sur les obligations

L’accélération de la hausse des prix tant pour des raisons exogènes (hausse du prix des matières premières) qu’endogènes (reprise de la croissance et des créations de postes), pèse sur le coût de l’endettement. En Europe, l’inflation a fait un bond en janvier pour atteindre 1.8% en rythme annuel (son plus haut niveau depuis 4 ans), principalement soutenue par l’augmentation du prix des carburants. La hausse des prix des exportations chinoises a également une incidence positive sur les prix. A titre d’exemple, en décembre, l’Allemagne, premier importateur en Europe de produits chinois, a vu ses prix à l’importation bondir de 3,5% en rythme annuel, son plus haut niveau depuis janvier 2012.

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