Le budget de la France en 2018 est, comme les précédents, « insincère » pour reprendre les qualificatifs de la Cour des comptes. Il nous promet un nouveau déluge d’impôts.

N’importe qui peut télécharger[i] le « projet de loi de finance pour 2018 » et constater que le déficit prévisionnel de l’Etat français est en réalité de 40,70%.

En effet, comme la France n’est pas encore un pays marxiste (bien que les étatistes de gauche et de droite s’y emploient depuis quarante-trois ans[ii]), l’Etat ne possède pas la totalité du PIB (il n’en contrôle que 57%). Par conséquent, le déficit doit se calculer par rapport aux recettes de l’Etat.

Le déficit est lui-même la différence entre les dépenses de l’Etat et les recettes de l’Etat.

En page 10 du projet de loi de finance, vous constatez que les dépenses sont chiffrées à 424,7 Mds€. Vous noterez au passage qu’elles sont en augmentation par rapport à 2017 (417,7 Mds€) malgré les belles promesses électorales. Mais ne nous arrêtons pas à ce détail.

En page 14 du même document, figurent les recettes fiscales prévisionnelles qui s’élèvent à 288,8 Mds€ (auxquelles se rajoutent 13,2 Mds€ de recettes non fiscales). Ce qui nous fait des rentrées de 302 Mds€.

Les dépenses non financées, qui représentent le déficit, se montent donc à 123 Mds€ (425 – 302) et non pas 83 Mds€ comme le serinent complaisamment les médias.

Les subtiles nuances entre déficit structurel ou conjoncturel, entre les dépenses du « budget général » ou les « dépenses pilotables », etc. passionnent certainement les inspecteurs des finances et les candidats à l’ENA mais certainement pas le citoyen lambda.

Le véritable déficit est donc de 123 Mds€ rapporté à 302 Mds€ (les recettes) soit 40,7%.

Les gouvernements précédents avaient rarement fait pire…

Il se trouve que cette année 2018 succède à des années de ras-le-bol fiscal et donc augmenter les recettes paraît difficile.

La croissance est mollasse.

La réduction des dépenses se réduit à des simagrées et à des effets comptables du style « planquons la poussière sous le tapis ».

Ce déficit n’est que le chiffrage d’une année supplémentaire de lâcheté politique.

 

Déficit, dette, emprunts et intérêts ? Aucune importance !

Bien entendu, comme chaque année, ce déficit sera financé par l’emprunt et pourquoi se gêner quand on peut emprunter à 10 ans au taux de 0,78%. La charge de la dette (qui représente le cumul des déficits antérieurs) est prévue à 41,2 Mds€.

Evidemment si les taux remontent, c’est la catastrophe. 2 000 Mds€ de dette à taux moyen de 5% (la moyenne historique) cela fait une charge de la dette qui s’élève à 100 Mds€. Plus que la totalité de l’impôt sur le revenu et l’impôt sur les sociétés.

Heureusement, ce bon Mario Draghi de la BCE fait surgir du néant tous les mois 60 Mds€ pour racheter des obligations et faire en sorte que les taux ne montent pas.

Evolution depuis 1986 des taux d’intérêt des emprunts à 10 ans de l’Etat français

Evolution depuis 1986 des taux d’intérêt des emprunts à 10 ans de l’Etat français

Voilà qui met Marianne à l’abri de la faillite et d’ailleurs, elle est « trop grosse pour faire faillite », ce qui explique que Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, la flatte lui disant qu’elle embellit.

“Je crois que la France, qui n’a pas sa place dans cette procédure de déficit budgétaire excessif, sortira de cette situation inconfortable pendant l’exercice 2018 (…)

“Je suis assez admiratif devant le fait que la France, sans aucun doute, réussira à corriger le niveau du déficit budgétaire en deçà de 3% pour l’exercice en cours, ce qui n’est pas chose facile.

“les perspectives pour 2018 pointent dans la bonne direction”.

Les banques centrales disent pouvoir sortir de leurs politiques monétaires non conventionnelles sans casse, avec une douce hausse des taux qu’elles maîtriseraient avec doigté et surtout des taux d’intérêts réels positifs (taux d’intérêt diminué du taux d’inflation sur les prix des biens et services).

Cela c’est le discours convenu.

« Mais en même temps », ces mêmes banques centrales sont redevenues acheteuses d’or depuis 2008.

variation annuelle stocks d'or institutions financières

La bonne nouvelle, dans le cas de la France, c’est que notre pays ayant conservé un important stock d’or (2 435 tonnes représentant 85 Mds€) pourrait, comme le Venezuela, le donner en nantissement pour emprunter.

Ce qui nous permettrait de tenir encore et de continuer à financer ce merveilleux modèle social français que le monde entier nous envie (mais se garde de répliquer) …

Jusqu’au moment où il n’y aura plus d’or.

A ce moment-là, les étatistes de droite et de gauche seront à cours de « l’argent des autres » (celui des contribuables) et nous pourrons recommencer à respirer.

[i] https://www.performance-publique.budget.gouv.fr/sites/performance_publique/files/farandole/ressources/2018/pap/pdf/PLF2018.pdf

[ii] Le dernier budget à l’équilibre remonte en effet à 1974.

 

Simone Wapler

Avatar