Après avoir fait couler beaucoup d’encre en 2016, le Brexit devrait, cette année aussi, générer beaucoup d’agitation. Si on résume les épisodes précédents depuis le 23 juin, date du vote des britanniques en faveur de la sortie de l’Union Européenne, les points clés sont : nomination de Thérésa May, baisse de la Livre, poursuite de la croissance créatrice d’emploi, baisse contenue de l’immobilier, légère augmentation de l’inflation importée en fin de période, très forte reprise du crédit par les ménages.

 

Beaucoup, parfois pour des raisons politiques, ont souligné que malgré le Brexit, l’économie britannique n’a pas connu l’effondrement que promettaient certains économistes pendant la campagne du référendum. Sans vouloir polémiquer, il faut juste rappeler que, de fait, le Brexit n’a pas commencé. A contrario, les promesses des tenants du Brexit n’ont pas non plus été vérifiées de quelques manières que ce soit … d’ailleurs, aucun des leaders pro-Brexit n’a eu le courage de s’atteler à la tâche immense qui s’annonce.

Depuis le 23 juin, Mme May a pris le dossier en charge. Cette semaine, les masques ont commencé à tomber : après 6 mois d’atermoiement, elle a dressé les grandes lignes de la politique qu’elle compte mettre en œuvre pour respecter le résultat du référendum.

Mme May a enfin été explicite sur un point : le Royaume-Uni renonce au marché unique, à l’union douanière et la Cour de Justice Européenne. La rupture est donc totale et claire. Elle a ainsi affirmé que son pays privilégiait sa souveraineté à toute considération économique. Dans le cours de son discours, Mme May a aussi indiqué qu’elle visait un Brexit en douceur et ordonné. Son objectif est de limiter l’impact des discussions sur les économies concernées. L’idée est de donner un temps suffisant aux entreprises pour planifier et se préparer aux nouvelles conditions.

L’espoir de T. May est de pouvoir négocier de nouveaux accords de libre-échange. L’idée est sympathique, mais va se heurter à d’innombrables obstacles pratiques. Concrètement, la Grande-Bretagne va devoir négocier secteur par secteur, se trouver face à des situations spécifiques au cas par cas. Sa capacité de négociation sera limitée : comme le disent les Italiens, les Britanniques peuvent s’opposer à la vente d’un produit italien en Grande-Bretagne mais les Européens eux, en bloc, peuvent refuser la vente d’un produit britannique dans 27 pays. L’Union Européenne représente 55% des exports de la Grande-Bretagne alors que la Grande-Bretagne ne représente que 7% des exports de l’Union Européenne…

Par ailleurs, les pays européens ont une manne immense à se partager : les services financiers actuellement prépondérants pour les Britanniques. Il est clair que les Européens vont s’opposer au fait que les Britanniques conservent le passeport « européen » qui leur permet de vendre des produits et services financiers dans toute l’Europe. De la même façon, il est impensable que les Britanniques conservent la « compensation » des opérations en Euro. La souveraineté de la Zone Euro sur ses opérations ne peut pas être déléguée à un pays qui ne serait tenu par aucune règle de la Zone Euro.

L’impact de tout cela en termes de PIB et d’emplois est potentiellement très important pour le Royaume-Uni. Certaines banques comme HSBC ont déjà annoncé qu’elles allaient transférer des pans entiers de leur activité sur le continent. Ça commence mal…

Le problème majeur de Mme May réside dans le fait qu’elle est sous pression du calendrier. Elle déclare qu’elle préférera qu’il n’y ait pas d’accord à un mauvais accord, et qu’elle soumettra l’accord aux deux chambres de son parlement… mais toutes les négociations devront se tenir en 2 ans à compter de l’activation de l’article 50 enclenchant le début du processus de sortie. Connaissant la complexité des arcanes de l’Union Européenne, ce calendrier s’annonce difficile à tenir. Mme May, pour inverser la pression et la mettre sur les Européens, a deux atouts dans sa manche, au moins sur le papier : Trump et l’instauration d’un paradis fiscal aux portes de l’Europe.

Ces deux atouts sont totalement surfaits : Trump a déclaré être favorable au Brexit et être prêt à un accord commercial avec la Grande-Bretagne… hélas les faits sont cruels. La balance commerciale des Etats-Unis avec la Grande-Bretagne est déficitaire. On imagine mal les Américains aller plus loin uniquement pour faire plaisir aux Anglais, le discours d’investiture de Donald Trump et le « America First » laisse peu d’espoir dans un sens d’assouplissement spectaculaire… Créer un paradis fiscal aux portes de l’Europe est vain : tout écart budgétaire se paiera à terme ou sur les taux ou sur la devise… mais surtout empêchera, à terme, d’améliorer les services publics en Grande-Bretagne. Ces deux éléments ne sont pas des armes de négociation…

 
De plus, l’Ecosse et l’Irlande du Nord voient arriver avec angoisse ces négociations. Les éléments économiques et politiques rendent très probables des épisodes de tensions. Cette tension se reflètera sur la parité de la Livre et à un moment ou à un autre sur les taux. La prudence dans l’investissement doit toujours être dans les esprits tant que les choses ne s’éclaircissent pas…