Un an après l’élection de M. Donald Trump, quels premiers enseignements pour la suite peut-on faire en tant qu’investisseur ? Nous n’avions pris à l’époque aucune position, pariant sur les effets négatifs attendus par beaucoup de l’élection de M. Donald Trump l’an passé… fort heureusement d’ailleurs car, sur un strict plan financier, l’investissement en actions américaines sous l’ère Trump a été plutôt profitable.

Après 9 mois de présidence, il est maintenant possible d’analyser les choses en prenant en compte des réalités et non des estimations sur des réactions potentielles à des mesures envisagées pendant une campagne électorale !

Premier constat, l’économie américaine continue sur sa lancée précédente et enchaîne les records de longévité de période de croissance. De la même façon, les créations d’emplois reste dynamiques, avec là aussi un record de 85 mois consécutifs de créations d’emplois. Il n’y a pas eu de rupture en novembre 2016 du fait de l’élection de M. Trump et jusqu’à maintenant aucune mesure prise ne peut prétendre avoir un quelconque effet sur l’activité américaine.

Les doutes qui apparaissent progressivement concernant l’économie américaine auraient de toute façon commencé à poindre en 2017 ou 2018 quel que fût le Président. Les chiffres récents doivent être pris avec précaution et recèlent des perspectives moins positives : la croissance est certes dynamique mais est tirée par la progression des stocks… l’économie américaine crée des emplois mais 40% sont le fait de secteur où les salaires sont particulièrement bas. La demande intérieure montre de plus en plus de signes de ralentissement dans un contexte dans lequel le recours à la dette a été très important depuis plusieurs années aux Etats-Unis. La productivité américaine est aussi un sujet d’inquiétude ; le « made in America » poursuit son recul : la balance du commerce extérieure se dégrade mois après mois.

Aucune des promesses de campagne de M. Trump n’ayant été mise en vigueur pour le moment, il n’y a pas de raison que ces tendances s’inversent à court-moyen terme. D’ailleurs, deux signaux doivent être pris en considération : la courbe des taux et le comportement des obligations dites à haut rendement.

L’allure de la courbe des taux est souvent un signe précurseur pour l’économie : un aplatissement traduit une anticipation de ralentissement. En effet lorsque les obligations à long-terme voient leur rendement se rapprocher du niveau de celles de court-terme, cela indique que la demande de crédit à long-terme ralentit, et donc que les investissements diminuent. C’est particulièrement vrai lorsque, dans le même temps, la Banque Centrale monte ses taux. Ce qui est bien le cas en ce moment aux Etats-Unis. Ce mouvement d’aplatissement est à l’œuvre depuis quelques semaines aux Etats-Unis.

Autre signe précurseur, celui-là beaucoup plus récent : la dégradation du marché des obligations d’entreprises les moins bien notées (obligations dites High Yield). Après des mois de performances excellentes, ce segment a connu un petit trou d’air la semaine passée. Simple correction ou début d’une tendance ? Il est trop tôt pour le dire mais cet indicateur est clé : en effet, c’est un marché qui donne le ton de la tenue de l’économie « réelle ». Les entreprises qui émettent sur ce marché sont les plus sensibles à la reprise ou à une dégradation.

La situation pourrait s’améliorer si M. Trump passait sa réforme fiscale mais pour le moment le flou est total. Les discussions se poursuivent et retardent l’éventuel effet des mesures envisagées.

Sur le plan boursier, l’année 1 de l’ère Trump a été excellente à tel point que certains parlent de « bulle ». La réalité est un peu plus nuancée selon nous. L’effet Dollar relativise la performance du marché. Pour un investisseur en Euro, du fait de la baisse du Dollar, le marché américain ne réalise pas une très bonne année. Il faut en effet retrancher la performance négative du Dollar pour analyser la performance pour les investisseurs étrangers et particulièrement européens. Par ailleurs, et pour la même raison, si on construit deux groupes : d’une part le groupe des entreprises tirant plus de 25% de leur chiffre d’affaires hors des Etats-Unis et de l’autre, celles qui font moins de 25% hors du pays… on constate une sous-performance importante du 2ème groupe. Enfin, si on exclut les 10-15 entreprises de la technologie des indices, la surévaluation du marché américain paraît nettement moins impressionnante.

Finalement, un an après son élection, il est difficile de tirer quelque conclusion que ce soit : l’économie a poursuivi son chemin et devrait connaître, après 10 ans de croissance, une forme de ralentissement sans nécessairement aller jusqu’à une récession marquée. Sur le plan boursier, la faiblesse du Dollar explique plus la performance que les décisions du Président. Par contre, 2018 pourrait porter la marque de D. Trump. Tout l’enjeu va résider dans la réforme fiscale et sa portée réelle à court-terme.