La vedette des cryptomonnaies a connu un énième coup de chaud imputable à la menace de Facebook d’interdire (une partie) des publicités en faveur du Bitcoin et consorts, ce qui ravive le spectre de la réglementation qui pourrait enrayer la dynamique de ce marché.

Du Capitole à la roche tarpéienne. Est-ce le destin qui attend le Bitcoin ? Portée aux nues fin décembre 2017 au point de friser les 20 000 dollars, la reine des cryptomonnaies connaît des jours plus difficiles, la faute à plusieurs éléments qui semblent avoir brisé net – du moins pour le moment – son ascension. Sous le seuil symbolique des 10 000 dollars depuis début janvier, le Bitcoin ronge son frein. Et les perspectives ne plaident pas en un retournement prochain. Sur le seul mois de janvier, le Bitcoin a perdu près de 26% de sa valeur soit sa pire performance mensuelle depuis 2015, période durant laquelle la cryptomonnaie n’était réservée qu’à un petit nombre d’initiés. Depuis que sa « démocratisation » a explosé, les plateformes d’échanges sont prises d’assaut. Bitcoin, Ethereum, Bitcoin Cash, Litecoin et autres Ripple ont fait irruption dans le quotidien des Français ces derniers mois. Un afflux que même certaines plateformes peinent à gérer. Soucieux de « reprendre la main », Etats et instances de régulation multiplient les sorties concernant un prochain encadrement et posent les jalons d’une réglementation.

La Corée du Sud – pays au sein duquel les cryptomonnaies sont particulièrement prisées –, après avoir annoncé le mois dernier que l’interdiction pure et simple d’échange de monnaies virtuelles n’était plus un tabou, a rétro pédalé, affirmant via son ministre des Finances n’avoir aucun projet de ce genre. Mais le « pays du matin calme » n’est pas le seul à vouloir « recadrer » le Bitcoin. La France s’est également saisie du problème. Paris, après avoir lancé plusieurs avertissements, notamment par l’intermédiaire du ministre du Budget et des Comptes publics, a annoncé une mesure concrète le lundi 15 janvier : la nomination de l’ancien sous-gouverneur de la Banque de France à la tête d’une « mission de contrôle » sur les cryptomonnaies. « Nous refusons les risques de spéculation et les possibles détournements financiers liés au Bitcoin », a développé Bruno Le Maire. Réelle volonté de protéger les traders en herbe ou mise sous tutelle de ces nouvelles monnaies virtuelles ?

Facebook entre dans la danse

Mais ces jours-ci, ce n’est pas un Etat – même si certains affirment le contraire au regard de sphère d’influence – mais Facebook qui est entré dans la danse, brandissant la menace d’une interdiction sur le réseau social des publicités en faveur des cryptomonnaies. Dans le détail, Facebook a annoncé sur son site internet l’interdiction de toute publicité visant à « promouvoir les produits et services financiers fréquemment associés avec des pratiques promotionnelles trompeuses ou frauduleuses, comme les options binaires, les ‘initial coin offerings’ et les cryptomonnaies ». Le premier réseau social mondial n’a toutefois pas précisé si cette décision concernait l’ensemble des publicités pour les cryptomonnaies. Mais visiblement le groupe de Mark Zuckerberg ne goûte guère les pop-up parfois agressifs qui pullulent sur le réseau.

Mais la multiplication des « informations négatives » fait également partie des éléments qui font tanguer le cours du Bitcoin. Si le piratage de la plateforme japonaise Coincheck – 430 millions d’avoirs en NEMs se sont évaporés dans la nature – n’a pas directement concerné le Bitcoin, ce «  plus grand braquage virtuel » a sévèrement écorné la crédibilité des plateformes. Les investisseurs s’inquiètent aussi des informations sur la décision de la Commodity Futures Trading Commission (CFTC), principale autorité du marché américain des produits dérivés financiers, d’adresser des citations à comparaître aux dirigeants des deux principales plateformes mondiales de transactions en cryptomonnaies, Bitfinex et Tether. « Le sentiment général vis-à-vis des cryptomonnaies tourne à l’aigre avec la multiplication des gros titres négatifs », a parfaitement résumé Fawad Razaqzada, analyste de FOREX.com, cité par Reuters. Et de poursuivre. « La crainte de voir Facebook interdire la publicité et de voir les principaux sites d’échange de cryptomonnaies fermer a déjà douché l’enthousiasme, et certains commencent sans doute à y réfléchir à deux fois avant d’investir des liquidités durement gagnées dans des devises numériques ».

Eclatement de la bulle ?

Pour autant l’explosion du Bitcoin est-elle envisageable ? Alors que beaucoup, tapis dans l’ombre attendent l’éclatement de la bulle, ces nouveaux soubresauts ne semblent pas affecter outre mesure les « initiés » de la première heure, comme Jean-David Bénichou, PDG de via.io et spécialiste des cryptomonnaies qui témoignait dans nos colonnes en octobre dernier, lorsque le Bitcoin faisait (déjà) les montagnes russes.  « C’est un marché au sein duquel il y aura toujours énormément de volatilité. Je détiens, à titre personnel, des Bitcoins depuis 2012 et j’ai connu des mouvements particulièrement brutaux sur l’évolution du cours. En revanche, je ne crois pas du tout que le Bitcoin est voué à disparaître, je pense même qu’il est destiné à remplacer l’or ».  Une voie « royale » en somme. En attendant, le Bitcoin s’ébattait péniblement, ce vendredi matin, autour des 6 400 dollars.