2018 a été une année record pour les investissements dans les start-up. 2019 s’annonce comme un cru différent, avec des évolutions du contexte, auxquelles s’ajoutent quelques incertitudes de marché. Plus de 10 000 particuliers français “business angels” se sont investis en 2018 dans ce secteur attractif, qui permet aussi de soutenir de belles équipes.

Voici quelques années que l’on craint une crise comme celle de 2009 et qu’elle ne vient pas. Les arbres ne montent certes pas jusqu’au ciel mais ils ont encore bien poussé en 2018. Les chiffres définitifs seront bientôt connus mais on sait d’ores et déjà que le seuil des $100Md de fonds levés sera dépassé aux US, soit au moins +15% par rapport à 2017. En France, ce sera une hausse des volumes plus intense encore, près de 800 deals, avec une forte hausse des levées de plus de 20 M€. Si nous sommes plutôt en fin de cycle dans certains secteurs, les bons fondamentaux d’une économie en pleine transformation révèlent encore de très belles opportunités, les fonds d’investissement qui ont levé dans les deux dernières années vont continuer à investir fortement en 2019, avec une compétition qui fait monter les valorisations sur les start-up les plus convoitées, pour atteindre parfois des ratios qui rendront compliqué le retour sur investissement.


Côté investisseurs particuliers, appelés “business angels”, la disparition en 2018 de l’avantage ISF / IFI a fait se tasser le volume des investissements, nous saurons d’ici quelques semaines dans quelle mesure à la publication des chiffres. Un décret du 28 décembre 2018 porte néanmoins de 18% à 25% le montant de l’investissement dans les start-up que vous pouvez réduire de votre impôt sur le revenu, sous certaines conditions. Lorsque l’on investit 10 000 euros dans une start-up, on peut donc réduire de 2 500 euros son impôt sur le revenu ; alors que l’avantage fiscal des business angels britanniques, bien plus nombreux, atteint 50% avec l’EIS (Enterprise Investment Scheme). La réduction d’impôt est certes une incitation à investir ou à investir plus, mais ne doit pas être le principal moteur de la décision. Comme tout investissement en “Private Equity“, c’est un placement relativement long, ce qui a l’avantage de décorréler le retour sur investissement des aléas des marchés. 

 

Les clés pour investir dans des start-up sont inchangées

  • Vous investissez avant tout sur une équipe, il faut qu’elle vous impressionne par sa compétence, par sa cohérence, par son ambition, par son énergie. Elle doit vous inspirer confiance aussi car votre investissement ne sera pas liquide et vous resterez probablement actionnaire plus de 5 ans. Vous devez aussi avoir confiance dans leur capacité à écouter et apprendre car elles devront le faire beaucoup.
  • N’investissez que dans des marchés suffisamment larges, que vous comprenez. Vous devrez en comprendre ensuite les évolutions. Dans certains cas, votre connaissance sectorielle pourra servir à la société, mais il faut envisager cette perspective avec du recul. La société doit être “scalable”, c’est-à-dire qu’elle doit pouvoir décupler rapidement son volume d’affaires, et plus, sans décupler ses coûts.
  • Diversifiez vos investissements : il vaut mieux investir 2 fois 5 000 euros qu’une fois 10 000, les statistiques le prouvent dans le “Private Equity” de la même façon que dans la gestion de portefeuille boursier.
  • Pensez à la suite : si vous participez à un tour de 500 000 euros, il faut comprendre quels seront les futurs besoins de cash prévisibles et comment la start-up envisage d’y subvenir. Si un “tour de business angels” doit permettre à la société d’arriver à une réalisation qui permet d’intéresser le venture capital (VC), il faut d’une part vérifier en amont de votre investissement que l’activité intéresse bien le VC, d’autre part prévoir que cela met souvent plus de 6 mois pour lever de l’argent et intégrer ce délai dans le business plan.
  • Les propositions qui vous seront faites seront notamment dans des sociétés qui ne sont pas assez mûres pour intéresser le VC. Ce secteur, le “seed”, est le plus risqué. Il faut comprendre les risques de chaque dossier et il faut que le prix auquel vous investissez dans la société permette de le rémunérer.
  • Pour vos premiers investissements, il est préférable de le faire aux côtés d’investisseurs que vous connaissez (ou un club de business angels) ou sur une plate-forme de financement participatif qui aura sélectionné et négocié l’accord en amont. Cela permettra de mieux comprendre les mécanismes et mieux défendre vos intérêts, notamment dans un pacte d’actionnaires.

 

Les spécificités de 2019 pour les investisseurs particuliers

  • Il y a eu beaucoup d’argent investi récemment, ce qui a fait croître les valorisations des sociétés mûres, avec des effets de contagion sur les autres. Sur le segment “seed” il n’est pas rare que des sociétés qui ne font pas encore de chiffre d’affaires significatif demandent plus de 5M€ de valorisation “premoney”, et il faut savoir refuser.
  • Beaucoup de coûts ont été réduits pour développer une start-up, que ce soit les coûts techniques ou le recours facilité à des freelances. Préférez des investissements dans des entreprises où l’équipe saura très bien gérer, car cette discipline est gage de longévité et de résilience. Une crise arrivera un jour, le plus tard sera le mieux; ce sera une opportunité de gagner des parts de marché, mais elle sera plus facile à traverser pour les équipes qui sauront serrer les coûts et les coudes.
  • Certains secteurs comme l’e-commerce ont été très largement plébiscités par les entrepreneurs et les investisseurs, le chemin y sera très difficile. Il est important de se renseigner sur l’intensité concurrentielle des secteurs visés. Le scope des grands acteurs de l’Internet s’est considérablement accru, il est sage d’éviter les domaines qui sont dans leur (vaste) secteur de concurrence.
  • La compétition entre start-up devient féroce. Il faut miser sur ce que les anglo-saxons appellent des “unfair advantages” : un partenariat, une expertise rare dans l’équipe, une technologie unique. Ils seront des barrières face aux futurs compétiteurs.
  • Une étude récente montre que les start-up qui marchent le mieux sont dirigées par des CEO de 45 ans. En tout cas, les équipes qui ont appris un secteur pendant quelques années ont plus de chances d’y réussir aujourd’hui car tous les secteurs ont déjà été largement investigués.
  • Préférer des start-up qui peuvent démontrer une “traction”, c’est-à-dire prouver que leur produit intéresse de plus en plus leur cible, qu’il soit gratuit ou payant. Et s’il est gratuit, il est important que le chemin des revenus soit connu.
  • Préférer des start-up qui, si elles réussissent, vont créer une position stratégique et difficilement réplicable par les grandes sociétés, qui seront ainsi des acheteurs potentiels. A la fin, vous souhaitez valoriser votre investissement, la meilleure chance que cela se produise est une acquisition par une entreprise du secteur. Plus elles seront nombreuses à vouloir acheter, plus la valorisation sera simple.
  • Concernant les start-up qui sont sur des secteurs qui vont nécessiter des investissements lourds (manufacturing, équipes nécessairement très nombreuses…), il est important que le chemin de ces gros investissements inévitables soit très bien balisé.

En bref, si l’investissement dans les start-up reste un secteur attractif en 2019, il devient plus sophistiqué qu’auparavant. Les sociétés de financement participatif et les clubs d’investissement permettent de faire un premier tri dans les opportunités, d’agréger les expertises et les capacités de réinvestissement pour les prochains tours. Tout seul on va plus vite, ensemble on va plus loin, et plus longtemps aussi.

Jean-François Caillard est COO de la plateforme d’investissement Anaxago et co-auteur de “La Fabrique des Start-up” (Pearson, décembre 2018).