Depuis quelques semaines l’ambiance a bien changé sur les marchés obligataires mondiaux. Rappelez-vous il y a quelques mois, beaucoup d’observateurs et d’investisseurs évoquaient, avec inquiétude, des perspectives de « déflation mondiale ».

Les banques centrales ont, durant des années, mis en œuvre des politiques non conventionnelles de soutien à l’économie. Ces politiques, dites de Quantitative Easing, ont contribué à une très forte baisse des taux dans le monde entier. A tel point que l’on a vu apparaître un peu partout dans le monde des taux NEGATIFS ! Des investisseurs étaient prêts à payer pour prêter de l’argent ! L’ampleur était inconnue dans l’histoire économique. Les critiques étaient nombreuses et la question était même de se demander comment il était possible de sortir d’une politique que certains assimilaient à une fuite en avant sans fin.

 

La Réserve Fédérale Américaine (FED), le rebond du pétrole, une reprise économique qui s’installe progressivement, l’élection de Trump et son programme d’expansion ont fait changer le ton depuis l’été. On aurait pu penser que l’Europe aurait été moins concernée que les Etats-Unis. En effet, Mario Draghi a été clair ces derniers temps : les politiques non-conventionnelles vont continuer en Europe. Pourtant, même le Bund, l’emprunt d’état allemand à 10 ans, la référence des marchés, a vu ses taux nettement augmenter ! Bien sûr, l’écart de rendement entre les taux allemands (encore très bas en absolu) et les taux américains se situe à des niveaux historiquement élevés, cela traduit simplement le fait que la FED va commencer à monter ses taux alors que la Banque Centrale Européenne (BCE) va les maintenir bas encore au moins jusqu’en 2018.

 

Le problème pour la France est que le regard des investisseurs sur sa dette a changé. Comment le voit-on ? Le critère clé est l’écart de rendement. Concrètement, si la référence du marché en Europe, l’Allemagne, est à 0.2%, une signature moins bonne paiera plus cher pour émettre de la dette. L’écart de taux entre la France et l’Allemagne était de 0.15% il y a quelques mois, il est maintenant de près de 0.6%. Les questions récurrentes sur le système bancaire italien ces derniers mois ont fait que l’écart de taux entre l’Allemagne et l’Italie s’est lui aussi nettement creusé.

 

Il n’y a rien de dramatique pour le moment, nous sommes loin des niveaux atteints pendant la crise de 2011. Mais, d’ores et déjà, les coûts d’endettement de la France ont augmenté.

Un doute s’est installé et ce, pour plusieurs raisons. Que les taux montent un peu partout après une période de niveaux anormaux était assez logique pour les raisons évoquées plus haut. Mais les taux français ont monté un peu plus pour deux raisons. Une raison « mécanique » : la France va devoir emprunter 210Mads€ cette année. Du fait des taux historiquement bas, malgré la hausse récente, l’Etat français « gère » son endettement et profite de cette situation pour émettre sur des durées plus longues… Les investisseurs en dette française demandent une rémunération supérieure pour prêter à la France. La deuxième raison est plus politique : les élections présidentielles suscitent beaucoup de questions. Les programmes de certains candidats sont parfois mal perçus : certains candidats évoquent des défauts partiels, d’autres des sorties de l’Euro et d’autres, enfin, soulignent qu’ils vont s’exonérer des règles européennes sur le plan budgétaire et qu’ils laisseront filer les déficits. Ceci explique largement que les investisseurs étrangers sont perplexes devant cette situation.

L’année 2017 va donc être charnière pour la France. Un risque certain existe que les taux montent, comme partout dans le monde, mais aussi que la France subisse une hausse spécifique des taux, à cause des incertitudes liées aux élections d’une part, et à cause de son stock de dettes très élevé d’autre part. Les enjeux financiers sont importants pour le budget français, il faut donc suivre de près l’écart de taux entre la France et l’Allemagne.