L’intervention de Rebecca Sfedj dans le cadre du Global Positive Forum n’est pas passée inaperçue. Avec quelques présentations pas trop formelles, sa spontanéité et sa sincérité ont eu l’effet d’une brise rafraîchissante au cœur de la canicule. Parcours et Interview. 

 

Cette jeune femme de 25 ans compte déjà de nombreuses initiatives à son actif. Après une licence en “Science de Gestion et Economie Internationale” à Paris Dauphine, elle s’attelle à un Master ‘Entrepreneuriat et Projets Innovants’ qu’elle obtient en 2015. Pendant sa scolarité, elle participe à la création du réseau d’associations NOISE, une « école dans les écoles » dédiée à l’innovation sociale et dont elle est responsable du développement. Elle participe en tant que bénévole à la Fédération Cheer Up et à l’association Coexister. Son premier job ? Elle l’obtient chez Ticket for Change, une start-up sociale vouée aux entrepreneurs du changement. Aujourd’hui, elle travaille à ESCP Europe où elle est responsable de l’entrepreneuriat étudiant.

 

Le Global Positive Forum est désormais derrière vous. Quelles leçons en avez-vous tirées ?

Réunir dans un même espace-temps autant d’initiatives internationales avec la possibilité de confronter des avis différents, venant de jeunes aussi bien que de moins jeunes, apporte à mes yeux une véritable valeur ajoutée. Le Global Positive Forum a su fédérer des entreprises, des associations, des politiques, des ONG et des chercheurs, tous réunis autour d’un but commun : contribuer à un monde meilleur. J’ai beaucoup profité de la richesse de ce brassage d’idées et de rencontres pour co-créer de nouveaux projets. Car je suis convaincue que chacun est un trésor qu’on gagne à découvrir. Où va cette diversité d’intervenants réunis autour du « faire ensemble » ? Qu’en sortira-t-il de concret ? Quel en sera l’impact ? Il est surement trop tôt pour le dire avec précision. Les mois à venir permettront de décanter ces échanges. Une chose est sûre, les sources d’inspiration ne manquent pas et les solutions novatrices existent sous toutes les latitudes. A nous de les faire connaître et de nous les approprier. C’est dans la continuité de ce que nous faisons au NOISE, avec l’espoir de changer les choses à notre échelle afin de changer l’échelle à laquelle les choses changent.

 

Lors de votre intervention, vous avez souligné que l’école n’offrait pas toutes les clés pour changer le monde et atteindre notre plein potentiel. Qu’entendez-vous par là ?

La formule peut paraître lapidaire. Mais elle n’en n’est pas moins vraie : les écoles enseignent encore bien trop souvent les outils d’hier pour construire le monde de demain. Certes, nous avons en France la chance d’avoir un système éducatif abordable et de qualité, qu’il faut conserver coûte que coûte. En revanche, le développement de ces deux enjeux ne semble pas faire partie de ses très nombreuses priorités, d’où le manque de sens que ressentent une majorité des étudiants pendant leurs études. On gagnerait à améliorer notre système éducatif en mettant en œuvre tout ce qui peut aider au développement et à l’épanouissement de l’étudiant. Parmi les pistes d’amélioration possibles, la transformation sociale en est une essentielle qui peut être facilement mise en œuvre. J’ai beaucoup appris sur moi-même et sur le monde par la transformation sociale qui est, in fine, un outil de transformation de soi. Comme disait le Mahatma Gandhi, « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde ». Ou comme on dit chez nous au Noise, « Change (it) Yourself ». C’est ainsi que chacun peut trouver la voie d’acteur de changement qui lui convient. J’ai la profonde conviction que si chacun était au clair avec ses propres aspirations et ses propres différences. Nous trouverions plus facilement des solutions innovantes et durables aux problèmes de notre société. Le monde en serait alors plus convivial.

 

Réussir sa vie passe-t-il selon vous par le travail ?

Qu’est-ce que la réussite ? Qu’est-ce que le travail ? Ce sont des questions majeures et j’invite chacun à se les poser pour soi. Aujourd’hui, nous voyons encore trop de gens perdre leur vie à la gagner alors que pour moi, réussir ma vie c’est à la fois réussir dans mon travail, mais aussi dans ma vie de famille, de couple, avec mes amis, ma santé et mes loisirs. Reste bien sûr à chacun de définir les indicateurs de sa réussite pour ne pas suivre une route toute tracée qui ne soit pas la sienne. Un récent sondage Ipsos montrait que 50% des français passaient à côté de leur vie car ils n’avaient aucune idée de leur vocation, un handicap qui prive leur vie de tout son sens. Seulement 3% des gens font ce qu’il faut pour poursuivre leurs rêves, être eux-mêmes et atteindre leurs objectifs. C’est pourquoi je crée un nouvel incubateur de talents pour aider chacun à se réaliser à sa façon en s’engageant dans des projets sociétaux. En outre, je suis convaincue qu’il faut être une seule et même personne dans sa vie professionnelle et dans sa vie personnelle, car cela est source d’alignement et de créativité. C’est ce qui me permet de tisser des liens entre mes différents projets et de les enrichir. Que ce soit entre mon association et mon entreprise ou avec mes loisirs, il m’est par exemple arrivée d’enseigner une danse à mes étudiants pour renforcer la cohésion du groupe.

 

Rebecca Sfedj et le NOLISE au Global Positive Forum (Crédit Global Positive Forum)

 

Le changement intérieur semble tenir une place importante dans votre vie. Est-ce exact ?

Tout à fait. Le slogan « change (it) yourself » que j’utilise souvent signifie que pour changer le monde, il est sage de se changer soi-même, de s’aimer, de s’accepter, autant de points importants pour le vivre ensemble. C’est un travail de connaissance de soi qui permet de développer nos qualités humaines et nos talents, mais aussi d’être conscients de nos défauts afin de devenir responsables de notre propre bonheur. Dans cette optique, j’ai suivi de nombreuses voies en commençant par une initiation à la communication non violente avec les Architectures Invisibles. J’ai fait également un bilan de compétences nouvelle génération à l’Académie des Talents et chez SoManyWays. J’ai suivi un coaching en intelligence collective lorsque je travaillais chez Ticket for Change. Aujourd’hui, à ESCP Europe, je suis responsable de l’entrepreneuriat étudiant et je m’intéresse de près au coaching basé sur les neurosciences. Tout cela m’a profondément transformée en m’apportant des réponses à des questions existentielles, voire spirituelles, et qui donnent beaucoup de sens à ma vie.

Pierre Gattaz, président du Medef a fait récemment des propositions pour améliorer l’entreprise. Il préconise notamment aux salariés de méditer. Qu’en pensez-vous ?

C’est une piste à explorer et à expérimenter. Je travaille moi-même sur cette dimension avec la pratique de la cohérence cardiaque [1], un outil qui permet de réduire le stress et de créer la paix en soi. Beaucoup m’ont recommandé la pratique de la méditation de pleine conscience. Je viendrai surement un jour ou l’autre à la méditation, car j’ai l’intuition que de tels outils permettent de prendre du recul nécessaire afin d’affiner sa posture singulière et de coexister sereinement avec les autres.

[1] La cohérence cardiaque est une technique respiratoire inspirée des techniques du Pranayama propres au Yoga. Pratiquée trois fois pendant cinq minutes, cette technique diminue le taux de cortisol dans le sang d’environ 15 à 20%. Elle connaît un certain succès dans les milieux médicaux.