La start-up Plume, lancée par une prof de Français, propose aux enfants de 8 à 11 ans de recevoir chaque jour un petit bout d’histoire à compléter. Des histoires qui deviennent participatives et sur mesure avec à la clef, la possibilité de recevoir le livre coécrit par l’enfant.

Une startuppeuse prof, on a rarement vu ça. C’est avec cette phrase accrocheuse qu’Aude Guéneau, prof de Français et fondatrice de Plume, résume sa rencontre, en juillet dernier, avec Alice Zagury, CEO de The Family. Une bonne idée, un profil atypique, une chouette énergie, il n’en fallait pas plus pour convaincre la cofondatrice de cet accélérateur/investisseur de jeunes pousses. Et voilà une nouvelle start-up sur les rails. Pourtant, tout a commencé bien loin de l’écosystème.


Plume, c’est un site internet (et bientôt une application mobile) qui permet aux enfants de 8 à 11 ans de recevoir au quotidien le début d’un nouveau chapitre. Quelques lignes pour l’inciter à compléter l’aventure avec ses mots, son imagination. Une correction est envoyée pour permettre à l’écrivain en herbe de progresser. A la clef, le livre broché coécrit par l’enfant.  

En ce début janvier, Aude Guéneau reçoit dans la pénombre des locaux atypiques de la rue du Petit Musc où elle est hébergée depuis cet été par The Family. Comme si elle avançait encore à pas feutrés dans le monde de l’entrepreneuriat.

« J’ai un parcours très classique : hypokhâgne, khâgne, maîtrise de lettres, Capes, Agrégation », raconte la néo entrepreneure. Formée à l’IUFM, elle enseigne onze ans le Français en collège et lycée. « En août 2017, on m’a proposé de devenir enseignante pédagogique, une sorte de prof de prof. » C’est le déclic, elle s’interroge sur la manière dont l’écriture permet aux enfants de progresser et quels seraient les méthodes ou exercices qui les accompagneraient au mieux.

A la naissance de sa fille, « pour comprendre les rythmes de l’enfant », Aude Guéneau se relance dans les études et obtient un Master de psychologie clinique à distance. « J’y découvre la pédagogie de Maria Montessori qui explique qu’entre 8 et 11 ans, les enfants connaissent une période sensible idéale pour stimuler chez eux le plaisir d’écrire et de lire. » Alors qu’elle enseigne toujours, notamment au collège, elle constate chez ses élèves une « peur d’écrire » et des différences sociales entre les enfants stimulés très jeunes avec un vocabulaire riche, une habitude des livres, et les autres.

En novembre 2017, elle commence à proposer sur Facebook des power point de petites histoires à compléter qu’elle rédige elle-même. Rapidement, elle est contactée par d’autres enseignants intéressés par ce nouveau matériel pédagogique. Puis vient un petit site avec ses bouts d’histoires et les illustrations d’une amie. Au fur et à mesure, en fonction des demandes des utilisateurs, le développeur ajoute des fonctionnalités. « Je ne me suis rendue compte que par la suite qu’il s’agissait de test and learn, de lean management ! » Et en six mois, 1 500 enfants ont déjà pris la plume grâce à son concept.

Tout bascule fin juin 2018. Son projet remporte un concours de La Fabrique Aviva et empoche 15 000 euros. Elle commence à se dire que l’intuition et l’expérimentation ont transformé l’essai et se rend à une soirée chez The Family. Elle y rencontre Alice Zagury. Depuis, la prof de Français s’est mise en disponibilité de l’éducation nationale pour se consacrer entièrement à Plume.

Une nouvelle vie, mais toujours proche de ses deux passions : l’apprentissage et le Français. « Le monde de l’entrepreneuriat est stimulant ! Comme les profs, les entrepreneurs sont à la recherche de nouveaux apprentissages, ils créent, ils testent, ils s’adaptent à un public », analyse-t-elle. Depuis son arrivée chez The Family, Plume s’est structurée avec désormais trois développeurs qui travaillent à améliorer l’expérience utilisateur. L’offre aussi s’est professionnalisée en devenant payante, avec plusieurs formules permettant d’acheter des « plumes » pour recevoir des histoires. Une offre payante qui s’éloigne un peu de l’objectif initial de démocratisation de l’écriture. Mais l’entrepreneure n’oublie pas l’enseignement en proposant des formules spéciales pour les profs, en discutant avec l’éducation nationale ou encore avec des associations comme l’AEFE ou l’association Coup de pouce.

Quant à l’omniprésence, souvent qualifiée de néfaste, des écrans dans la vie de nos bambins, Aude Guéneau y voit au contraire une opportunité. « En classe, à la différence des livres à compléter, le numérique permet l’interaction et surtout de proposer aux enfants un enseignement adapté en fonction de leur vocabulaire, de leur goût pour l’écriture et de leurs problèmes comme la dyslexie par exemple. »


Avec 2 000 nouveaux utilisateurs depuis juillet, la fondatrice compte sur 2019 pour structurer son offre. « Dans l’entrepreneuriat, rien n’est écrit ! »