Depuis 2015, au sein du fonds d’investissement ISAI, Mounia Rkha accompagne les start-up dans leur stratégie d’amorçage. Cette marocaine passée par une classe préparatoire « maths sup » et Supélec a découvert le capital risque dès la fin de ses études. Après plusieurs postes dans le secteur, et même une aventure entrepreneuriale au Maroc, elle déniche les futures pépites du web et les aide à faire leurs premiers pas. Rencontre.

« J’ai eu un coup de foudre pour ce métier ! » C’était en 2008 et elle en parle encore avec le pétillement des premiers jours, comme surprise, presque dix ans après, que ce coup de cœur n’ai pas perdu en intensité. Après un Baccalauréat obtenu à Marrakech, Mounia Rkha s’envole pour Paris. Après « maths sup » et Supélec, la jeune marocaine « tombe » sur une offre de stage dans le capital risque à la SGAM (aujourd’hui Amundi). « Je ne connaissais pas, mais je me disais que ça pourrait être marrant. » Elle s’amuse encore d’être allée voir à l’époque « capital risque » sur Wikipédia. Une branche encore peu connue en 2008, et qui attire désormais des étudiants sur-diplômés et sur-préparés. Coup de cœur et coup de bol, elle trouve sa voie et un emploi chez Ventech, dès la fin de ses études.


« Secteur anti-dépresseur »

En 2015, elle rejoint ISAI pour lancer l’activité d’amorçage. Le fonds d’investissement qui se présente comme un collectif d’entrepreneurs d’internet, était jusque-là focalisé sur les petites séries A, des levées de fonds comprises entre 1 et 3 millions d’euros. « ISAI recevait de nombreux dossiers de start-up à fort potentiel », mais trop en amont de la phase de post amorçage. Le Seed Club d’ISAI permet donc à leurs investisseurs, parfois business angels, de soutenir un jeune projet aux côtés du fonds. Un premier ticket de 100 à 250 000 euros qui donne un coup de pouce à la start-up et lui permet surtout de se structurer grâce à l’accompagnement d’ISAI.     

« C’est un métier excitant », indique avec entrain Mounia Rkha qui parfois résume son activité avec cette phrase : « mon métier consiste à boire des cafés avec des gens sympa, intellectuellement intéressants, passionnés par ce qu’ils font. C’est un secteur anti-dépresseur ! » Voilà pour la petite phrase, car en amont des rencontres d’entrepreneurs, il y a un énorme travail de sélection ; et en aval, un accompagnement pas à pas, avec, dans certaines phases, « trois appels par jours » avec les startuppers.  

Mounia Rkha sait trancher. Elle ne reçoit qu’à peine 30% des entreprises dont le dossier (souvent recommandé par un tiers de confiance) est passé entre ses mains. A l’issu du premier rendez-vous, 99% n’iront pas plus loin. « Marché trop petit, concurrence trop féroce, entreprise peu convaincante, produit peu intéressant… » Les raisons pour lesquelles un dossier est rejeté sont multiples. Mais un élément est essentiel pour la jeune venture capitalist (VC) : « la qualité de l’équipe et l’adéquation avec le projet. » Elle en est persuadée, la réussite tient à une mayonnaise qui prend dans l’équipe. « Un cofondateur qui coupe la parole à son associé devant moi, c’est très mauvais signe. »

Clone de Groupon au Maroc

Pour elle, le capital risque est un métier dans lequel « on transforme l’expérience en feeling », ajoute-t-elle. Et de l’expérience Mounia Rkha en a. Après avoir travaillé trois ans chez Ventech, elle retourne au Maroc en 2011 et lance « un clone de Groupon ». « J’avais 25 ans, j’ai beaucoup appris. » Et a notamment su ajouter plusieurs fonctionnalités à la plate-forme, comme de la billetterie ou de la réservation de voyages. En 2013, elle laisse les manettes à son numéro deux et revient en France où elle intègre une entreprise de corporate venture. « Je ne suis pas faite pour travailler en grand groupe », a-t-elle compris avant de revenir à ses premières amours, en 2015, dans capital risque.

« Ce qui nous plaît chez ISAI, c’est l’ambition graduée », explique Mounia Rkha qui aime manier les métaphores pour expliquer son propos. « J’aime quand un entrepreneur me dit qu’il veut gravir l’Everest, mais j’aime encore plus quand il me dit qu’avant cela il veut s’acheter du matériel, s’entraîner, atteindre le premier camp de base… Cela nous permet de financer la première étape, et de voir ensuite. »

Les critères pour être repéré par Mounia Rkha ? En plus de cette ambition graduée et d’une bonne mayonnaise, la jeune femme met l’accent sur le moment. « Souvent, quand un entrepreneur tape à la porte d’un fonds d’investissement, on lui répond qu’il est trop jeune. » Pour Mounia Rkha, il est indispensable de nuancer : « nous allons financer des entreprises en bêta, qui n’ont que quelques mois et pas de chiffre d’affaires, mais dont l’équipe est aguerrie, le produit bien pensée. Quand c’est trop tôt, c’est souvent trop tôt par rapport au projet », précise-t-elle.

Car attention, la levée de fonds n’est « pas un cadeau ! cela se fait au prix de la dilution de la start-up. » Mounia Rkha est inquiète quant à la mode actuelle de lever beaucoup d’argent dès le début. Pour elle, c’est un problème car lever beaucoup signifie être attendu au tournant. Et c’est l’avantage du seed club qui soutient deux à quatre deals par an : « apprendre à nager dans le petit bassin avec de se jeter dans le grand ».