Pour renforcer la présence des femmes dans les métiers du numérique (où elles sont aujourd’hui moins de 28%), le gouvernement a présenté mardi 31 janvier le plan « mixité numérique ». Trois ministères – de l’éducation, de l’économie et le ministère des familles, de l’enfance et des droits des femmes – se sont unis pour lancer cette initiative. Ce plan suffira-t-il à inverser la tendance ? Catherine Ladousse, présidente du Cercle InterElles et directrice de la communication de Lenovo, nous donne son éclairage.

 

En juin, vous aviez co-signé une tribune dans le journal Les Echos appelant le gouvernement à agir pour renforcer la présence des femmes dans la tech. Le plan mixité numérique adopté répond-il à vos attentes ?

Avant même ce plan, la réponse qui avait été apportée à notre appel était le lancement de la campagne « Sexisme, pas notre genre ! » en septembre. Cela montrait que la désaffection des jeunes filles pour les études ou les emplois scientifiques était liée aux clichés et aux stéréotypes qu’il faut absolument combattre. Cette deuxième réponse du gouvernement est une bonne chose. Le fait que ces trois femmes ministres s’engagent était vraiment un moment fort. C’est bien d’avoir un plan, c’est une satisfaction, mais il faut que les actions soient appliquées et qu’on mesure les résultats. Est-ce que toutes les mesures mises en œuvre renverseront la tendance ?

 

Le plan recense énormément initiatives qui existaient déjà. Qu’apporte-t-il de nouveau ?

Ce qui est nouveau, c’est de voir trois ministres représentant leur ministère assises à une table de travail pour dire : nous allons travailler ensemble à cette problématique. C’est un véritable engagement politique qui va mettre en commun toutes les initiatives pour obtenir des résultats en terme de mixité. Cette association entre les acteurs publics, les acteurs privés et les associations est inédite. Dans ce secteur, c’est la première fois qu’il y a une telle mobilisation de l’ensemble des acteurs. C’est vraiment réconfortant.

 

Quels résultats concrets attendez-vous de ce plan mixité numérique ?

Nous avons deux problématiques. La première, c’est que nous ne progressons pas dans les choix des jeunes filles pour les filières scientifiques et techniques. Nous espérons donc des progrès notamment grâce à des orientations scolaires favorisant ces secteurs, à des référents au niveau universitaire garants de l’égalité femmes-hommes. Mais il ne faut pas oublier que de nombreuses femmes font des carrières formidables dans la technologie sans être ingénieur ou sans avoir un profil technique et scientifique. Le deuxième objectif, c’est de faire en sorte qu’il y ait toute une série de passerelles pour permettre aux jeunes femmes et aux femmes d’intégrer ce secteur. C’est un point essentiel, on le voit avec les initiatives de coding qui permettent à des personnes sans formation scientifique de travailler dans le numérique. A terme, l’objectif est d’atteindre la parité à 50 %, mais si on arrive à dépasser les 30 % c’est un bon début.

 

L’objectif est de renforcer l’équilibre femmes-hommes dans les entreprises numériques, mais aucune mesure contraignante n’est présentée. Les entreprises vont-elles jouer le jeu ?

Dans ce secteur, il y a une vraie bataille de compétitivité. Les entreprises sont toutes en train de se battre pour avoir les meilleurs talents, donc elles ne peuvent pas se priver de 50 % de la population. Nous sommes également tous conscients que la mixité est une source de performance. Aujourd’hui dans les grandes réunions numériques il y a cette prise de conscience que les femmes doivent être plus présentes. Il faut avoir des équipes mixtes en terme de genre, d’âge, de background, d’éducation. Une équipe composée de personnes qui pensent toutes pareil ne peut pas être créative et performante.