Visiter la loge d’une danseuse étoile, c’est donner vie à un rêve de fillette en tutu et demi-pointes. Du grand miroir aux photographies en noir et blanc en passant par les tiroirs emplis de pointes beiges… un univers à part à l’Opéra national de Paris. D’ailleurs, Ludmila Pagliero a gardé son élan de petite fille qui chaussait ses premiers chaussons. Nommée danseuse étoile à l’Opéra national de Paris en 2012, elle nous conte sa trajectoire et ce qui l’anime.

Ludmila Pagliero dans “Carmen” de Roland Petit ©Julien Benhamou

En dansant, on cherche un sentiment de pureté. On travaille, on se prépare, on analyse, on comprend le pourquoi du comment des choses

Que signifie pour vous danser en tant qu’Etoile en Europe ?

Ludmila Pagliero : Un nouveau départ ! Je venais du Chili ; je quittais l’Amérique latine pour l’Europe dans une compagnie où on ne me connaissait pas. Il me fallait faire mes preuves. L’Europe m’attirait ainsi que ses créations associant différents styles de danse avec du classique.

Sur scène, avec vos chaussons, vous retrouvez la fillette de Buenos Aires que vous étiez ?

L. P. : Assez souvent, cette petite fille revient et me rappelle le pourquoi je fais tout cela. Elle m’apporte un peu d’insouciance qui permet de me délivrer d’un côté adulte où tout est programmé et réfléchi. Cette petite fille est celle qui est la plus proche de mes émotions. C’est elle qui me pousse à vivre et à ressentir les émotions qu’on recherche dans l’art. C’est là ou l’art devient vivant.

Quelles émotions recherchez-vous ?

L. P. : En dansant, on cherche un sentiment de pureté. On travaille, on se prépare, on analyse, on comprend le pourquoi du comment des choses. Il faut faire naitre l’émotion de l’intérieur. Il y a toute une variété d’émotions comme dans la vie. Cela peut toucher n’importe qui. On parle des choses qu’on a tous vécue à un moment ou à un autre.

Ludmila Pagliero, Opéra de Paris ©Matthew Brooks

 


Il faut beaucoup d’audace dans la vie. Dans la danse, cette recherche est constante.

Quels sont les moments fondateurs de votre parcours où vous vous êtes autorisée à vivre ?

L. P. : Après mes spectacles ; quand j’ai vécu un instant où tout le reste a perdu sens. Je suis entière. Je suis passée dans une autre dimension ; j’étais alors dans le moment présent. J’ai pu m’épanouir émotionnellement et artistiquement. La joie et le plaisir vécus sont tellement intenses qu’ils donnent du sens à tout. Le lendemain, on travaille à nouveau.

Comment audace et danse se conjuguent-t-elle ?

L. P. : Il faut beaucoup d’audace dans la vie. Dans la danse, cette recherche est constante. Rien n’est complètement acquis. Cela part très vite ; une semaine sans travailler et voici des manques. On travaille beaucoup avec notre part émotionnelle. On nous demande d’être sensible, authentique et nous-mêmes. Parce qu’il y a un tel changement émotionnel, la recherche de l’audace revient constamment. C’est se dire ; j’y vais, je tombe, je me relève. Je n’ai jamais eu la sensation d’avoir acquis quelque chose.

Votre air préféré pour vous révéler ?

L. P. : Le dernier « Pas de deux » d’Eugène Onengin. C’est un moment très fort et marquant. Lorsque je l’écoute, je ressens jusqu’à la chair tout ce que j’ai vécu. Je pourrai me remémorer complétement l’instant. On prend conscience de la mémoire du corps. La chair et les corps ont cette mémoire. Ils peuvent, sans réfléchir, commencer à bouger.

Ce que la danse vous a appris ?

L. P. : La danse est un métier qui demande beaucoup d’investissement individuel. Enfant, on se prend en charge tout seul. On entre en communication avec soi-même avec son mental, son émotion et son âme. Je pense que la danse m’a appris à être très vite indépendante et à me remettre en question quotidiennement et à dépasser obstacles et douleurs.

Ludmila Pagliero dans “In the night” de Jerome Robbins ©Julien Benhamou

 

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