Toutes les grandes compagnies aériennes américaines et la plupart des petits transporteurs aériens ont décidé de s’engager dans un programme de lutte contre le changement climatique, indépendamment de l’Accord de Paris, a annoncé la Federal Aviation Administration (FAA) la semaine dernière.

Pour Dan Williams, spécialiste en protection de l’environnement et chargé de mettre en œuvre le programme pour la FAA : « C’est un grand pas. Cela représente plus de 97 % de la consommation internationale de carburant pour les exploitants, et donc du total des émissions ».


Le programme émane de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI), l’agence spécialisée de l’ONU qui instaure les règles et les normes mondiales pour le transport aérien. Ainsi, plutôt que d’utiliser le nombre de compagnies aériennes prenant part au programme comme taux de participation, la FAA utilise la consommation internationale de carburant comme référence. Nancy Young, vice-présidente aux questions environnementales pour le groupe de travail Airlines for America, considère que grâce à l’influence internationale de l’OACI, de nombreux pays respectent les normes pour les vols nationaux également.

Lors d’un webinaire présenté par le Center for Climate and Energy Solutions, Nancy Young expliquait : « Les règles de l’OACI s’appliquent aux vols internationaux, même si, dans bien des cas, elles sont également appliquées pour les vols nationaux. Tous les exploitants aériens sont concernés, que ce soit des jets d’affaires ou des compagnies aériennes commerciales ».

Dan Williams a déclaré que les compagnies aériennes prenant part au projet (énumérées ici) se sont toutes portées volontaires. « Les 2 % d’exploitants qui ne se sont pas portés volontaires sont en fait des petits exploitants de services d’affrètement, des entreprises qui possèdent des jets privés et qui ne savent peut-être même pas que le programme existe ».

Si le programme fonctionne aujourd’hui sur la base du volontariat, il devrait devenir obligatoire après 2027. Toutefois, les petits exploitants et les petits avions en seront dispensés, tout comme les vols destinés aux urgences médicales, aux interventions en cas de catastrophe et à d’autres fins humanitaires.

Le programme, intitulé CORSIA (Carbon Offsetting and Reduction Scheme for International Aviation), plafonne les émissions aux objectifs de 2020, alors même que le trafic aérien devrait tripler d’ici 2050. Les compagnies aériennes qui s’approcheraient du plafond pourraient se dégager une marge de manœuvre en utilisant des carburants durables ou en achetant des compensations sur un marché de droits d’émission du carbone.

Depuis le 1er janvier, les compagnies aériennes surveillent et rendent compte de leurs émissions. Elles continueront ainsi en 2020, et ces données permettront à l’OACI de définir le plafond de référence.

L’instauration d’un plafond en 2020 ne sera peut-être pas suffisante dans un monde où les émissions devront être nulles d’ici 2050. Mais cela pourrait permettre aux compagnies aériennes de mettre en circulation des avions à haut rendement énergétique, en attendant les carburants neutres en carbone. Ces objectifs sont suffisamment attrayants pour faire embarquer le Environmental Defense Fund à bord du projet.

Kelly Kizzier, du groupe EDF, a déclaré : « Nous soutenons CORSIA. Si le programme fonctionne, il pourrait limiter les émissions du carbone et stimuler ce secteur en pleine croissance ». Selon elle, le programme pourrait donner naissance à un marché du carbone mondial. Celui-ci pourrait fournir un cadre aux seuils d’émission et transférer des fonds des pollueurs aux entreprises novatrices.

Matt Keohane, du groupe EDF également, a annoncé à la COP21 : « En tant que société à vocation environnementale, nous nous intéressons aux marchés de droits d’émission du carbone, car nous estimons qu’ils sont essentiels à la réalisation de nos objectifs à long terme ».

Puisque l’OACI intervient indépendamment de l’Accord de Paris, le programme CORSIA n’est pas concerné par le retrait prévu par le président Trump (malgré son annonce officielle, le retrait des États-Unis ne prendra effet qu’en novembre 2020, peu après les prochaines élections présidentielles américaines). Donald Trump aurait encore plus de mal à faire sortir les États-Unis de l’OACI.

Nancy Young précise que l’OACI établit des normes de sécurité aérienne qui permettent aux compagnies aériennes de circuler dans 191 pays membres sans avoir à se plier à 191 réglementations différentes. C’est pour cette raison que les compagnies aériennes elles-mêmes soutiennent l’OACI et le programme CORSIA.

« Nous sommes ravis que le gouvernement ait autorisé la mise en œuvre de ce programme. C’est une étape importante pour être opérationnel à l’international ».